VIII. Élie, l’essénien du Kérith.

632.21 - L’âpre solitude de l’âpre montagne au fond de laquelle coule le Kérith (Carit). Élie, en prière, encore plus décharné et plus barbu, vêtu d’un habit de laine rêche, ni gris ni marron, qui le rend semblable aux rochers qui l’entourent.

Il perçoit un son comme si c’était le vent ou le tonnerre. Il lève la tête. Jésus est apparu sur un rocher suspendu en équilibre au-dessus d’un précipice au fond duquel court le torrent.

“Le Maître!”

Il se jette par terre, le visage contre le sol.

“C’est Moi, Élie. Tu n’as pas senti le tremblement de terre de la Parascève Le tremblement de terre que Jésus lui avait prédit en EMV 381.10. ?”

“Je l’ai senti et je suis descendu à Jéricho et chez Nikê. Je n’ai trouvé personne de ceux qui t’aiment. J’ai demandé de tes nouvelles. Ils m’ont frappé. Puis j’ai senti une autre fois la terre qui tremblait, mais plus légèrement et je suis revenu ici, pour faire pénitence, en pensant que s’est ouverte la digue de la colère céleste.”

“C’étaient celles de la Miséricorde Divine. Je suis mort et ressuscité. Regarde mes plaies. Rejoins sur le Thabor les serviteurs du Seigneur et dis-leur que je t’ai envoyé.”

Il le bénit et disparaît.

IX. À Dorca et à son enfant, au château de Césarée de Philippe.

632.22 - L’enfant de Dorca, soutenu par sa mère, fait ses premiers pas sur le bastion de la forteresse. Et Dorca, penchée comme elle l’est, ne voit pas apparaître le Seigneur. Mais quand, ayant laissé le petit un peu libre, elle le voit qui se met à marcher avec assurance et rapidité vers le coin du bastion, elle se redresse pour courir afin de l’empêcher de tomber et peut-être de périr en passant à travers les mâchicoulis ou passages faits exprès pour les armes offensives. Et en le faisant, elle voit Jésus qui prend l’enfant sur son cœur et le baise. La femme n’ose pas faire un geste, mais elle pousse un cri. Un cri qui fait lever la tête à ceux des cours et attire les visages aux fenêtres:

“Le Seigneur! Le Seigneur! Le Messie est ici! Il est vraiment ressuscité.”

Mais avant que les gens puissent accourir, Jésus est déjà disparu.

“Tu es folle! Tu rêves! Un jeu de lumière t’a fait voir un fantôme.”

“Oh! Il était bien vivant! Regardez mon fils comme il regarde là et comme il a dans ses mains une pomme belle comme son petit visage. Il la ronge avec ses petites dents et il rit. Moi je n’ai pas de pommes…”

“Personne n’a des pommes mûres de ces jours-ci, et si fraîches…” disent-ils en restant émus.

632.23 - “Interrogeons Tobie” disent quelques femmes.

“Et que voulez-vous faire? Il sait à peine appeler: maman!”

Des hommes se moquent d’elles. Mais les femmes se penchent sur le petit et elles disent:

“Qui t’a donné la pomme?”

Et la bouche, qui sait à peine dire les paroles les plus élémentaires, dit avec assurance, tout entière dans un rire de ses petites dents et de ses gencives encore vides:

“Jésus.”

“Oh!”

“Hé! vous l’appelez Yésaï! Il sait dire son nom.”

“Jésus, toi, ou Jésus le Seigneur? Quel Seigneur? Où l’as-tu vu?”