VII. Chez Abraham d’Engaddi, qui meurt dans ses bras.
632.18 - La place d’Engaddi: un temple hypostyle de palmiers bruissants. La fontaine: miroir du ciel d’avril. Les colombes: murmure bas d’un orgue.
Le vieil Abraham la traverse avec ses outils de travail sur les épaules. Encore plus âgé, mais serein comme quelqu’un qui a trouvé le calme après une grande tempête. Il traverse aussi le reste de la ville, va aux vignes près des sources. Les belles vignes fertiles, déjà pleines des promesses d’une récolte abondante. Il y entre, se met à sarcler, à tailler, à attacher. De temps à autre il se relève, s’appuie sur sa pioche, réfléchit. Il lisse sa barbe patriarcale, soupire, secoue la tête, en un discours intérieur.
Un homme tout enveloppé dans son manteau monte la route vers les sources et les vignes. Je dis: un homme. Mais c’est Jésus, car c’est son vêtement et sa démarche. Mais pour le vieillard c’est un homme. Et l’homme interpelle Abraham en disant:
“Puis-je m’arrêter ici?”
“L’hospitalité est sacrée. Je ne l’ai jamais refusée à personne. Viens. Entre. Que te soit doux le repos à l’ombre de mes vignes. Veux-tu du lait? Du pain? Je te donnerai ce que je possède ici.”
“Et Moi, que puis-je te donner? Je n’ai rien.”
“Celui qui est le Messie m’a tout donné, pour tous les hommes. Et quelque chose que je donne, ce n’est rien par rapport à ce que Lui m’a donné.”
“Sais-tu qu’ils l’ont crucifié?”
“Je sais qu’il est ressuscité. Es-tu de ceux qui l’ont crucifié? Je ne puis te haïr parce que Lui ne veut pas de haine. Mais si je le pouvais je te haïrais si tu l’étais.”
“Je ne suis pas de ceux qui l’ont crucifié. Sois en paix. Tu sais donc tout de Lui.”
“Tout. Et Élisée… C’est mon fils, tu sais? Élisée n’est plus revenu de Jérusalem. Il m’avait dit: “Permets-moi de partir, père, car je quitte tout bien pour prêcher le Seigneur. J’irai à Capharnaüm à la recherche de Jean, et je m’unirai aux disciples fidèles”.
“Ton fils t’a donc quitté? Si vieux et seul?”
“C’est ma joie rêvée ce que tu appelles abandon. La lèpre ne m’avait-elle pas privé de lui? Et qui me l’a rendu? Le Messie. Et est-ce que je le perds, peut-être, parce que lui prêche le Seigneur? Mais non! Je le retrouve aussi dans la vie éternelle.
632.19 - Mais tu parles d’une façon qui me donne des soupçons. Es-tu un émissaire du Temple? Viens-tu pour persécuter ceux qui croient au Ressuscité? Frappe! Je ne fuis pas. Je n’imite pas les trois sages d’autrefois Rappelés par lui-même en EMV 390.6. . Je reste. Car si je tombe pour Lui, je le rejoins au Ciel et s’accomplit ma prière de l’année dernière En EMV 390.4. .”
“C’est vrai. Tu as dit alors:
“J’ai attendu anxieusement le Seigneur et Lui s’est tourné vers moi”.
“Comment le sais-tu? Es-tu un de ses disciples? Étais-tu avec Lui quand je l’ai prié? Oh! s’il en est ainsi, aide-moi à Lui faire arriver mon cri pour qu’il s’en souvienne.”
Il se prosterne, croyant parler à un apôtre.
“C’est Moi, Abraham d’Engaddi, et je te dis: Viens.”
Jésus lui ouvre ses bras en se manifestant ainsi et l’invite à s’y précipiter et à s’abandonner sur son Cœur.
À ce moment entre dans la vigne un enfant, suivi d’un jeune homme, en criant:
“Père! Père! Nous voici pour t’aider.”
Mais le cri de l’enfant est couvert par le cri puissant du vieillard, un vrai cri de délivrance:
“Voilà! Je viens!”
Et Abraham se jette dans les bras de Jésus, en criant encore:
“Jésus, Messie Saint! Entre tes mains je remets mon esprit!”
Mort bienheureuse! Mort que j’envie! Sur le Cœur du Christ, dans la paix sereine de la campagne fleurie d’avril…
632.20 - Jésus dépose avec calme le vieillard sur l’herbe fleurie qui ondule à la brise, au pied d’une rangée de vignes, et il dit aux enfants restés étonnés et effrayés, tout près de pleurer:
“Ne pleurez pas. Il est mort dans le Seigneur. Bienheureux ceux qui meurent en Lui! Allez, enfants, prévenir ceux d’Engaddi que le chef de la synagogue a vu le Ressuscité et qu’il a vu sa prière exaucée par Lui. Ne pleurez pas! Ne pleurez pas!”
Il les caresse en les conduisant à la sortie. Puis il revient près du défunt et lui remet en ordre la barbe et les cheveux, lui abaisse les paupières restées à moitié closes, met en place ses membres et étend sur lui le manteau qu’Abraham avait enlevé pour travailler.
Il reste jusqu’au moment où il entend des voix sur la route. Alors il se redresse. Splendide… Ceux qui accourent le voient. Ils crient. Ils vont plus vite pour rejoindre Jésus. Mais Lui se dérobe à leurs regards dans l’éclat d’un rayon plus vif du soleil.