632.15 - Le vieil homme travaille autour de ses légumes et il monologue:

“Toutes ces richesses que j’ai pour Lui. Et Lui n’y goûtera jamais plus. J’ai travaillé inutilement. Je crois que Lui était le Fils de Dieu, qui est mort et ressuscité. Mais ce n’est plus le Maître qui s’assoit à la table du pauvre ou du riche et partage avec un même amour, peut-être, certainement, même, avec plus d’amour la nourriture avec le pauvre qu’avec le riche. Maintenant c’est le Seigneur Ressuscité. Il est ressuscité pour confirmer dans la foi, nous, ses fidèles. Et eux disent que ce n’est pas vrai. Que personne n’est jamais ressuscité par lui-même. Personne. Non. Aucun homme. Mais Lui, si. Parce que Lui est Dieu.”

Il bat des mains pour chasser ses colombes qui descendent pour enlever des semences dans la terre fraîchement bêchée et ensemencée et il dit:

“Inutile désormais que vous ayez des petits! Lui n’y goûtera plus! Et vous, abeilles inutiles? Pour qui faites-vous le miel?

J’avais espéré l’avoir au moins une fois avec moi, maintenant que je suis moins misérable. Tout a prospéré ici, depuis qu’il est venu… Ah! mais avec ces deniers auxquels je n’ai jamais touché, je veux aller à Nazareth, chez sa Mère, lui dire: “Prends-moi comme serviteur, mais laisse-moi où tu es, car tu es encore Lui” Il essuie une larme avec le revers de la main…

632.16 - “Matthias, as-tu un pain pour un pèlerin?”

Matthias lève la tête, mais à genoux comme il l’est, il ne voit pas celui qui parle derrière la haie élevée qui entoure sa petite propriété perdue dans cette solitude verte qu’est cet endroit d’au-delà du Jourdain. Mais il répond:

“Qui tu sois, viens, au nom du Seigneur Jésus.”

Et il se redresse pour ouvrir la grille.

Il se trouve en face de Jésus, et il reste la main sur le verrou ne pouvant plus faire un geste.

“Tu ne veux pas de Moi comme hôte, Matthias? Tu l’as fait une fois En EMV 359. . Tu te plaignais de ne pouvoir plus le faire. Je suis ici et tu ne m’ouvres pas?” dit Jésus en souriant.

“Oh! Seigneur… moi.., moi.., je ne suis pas digne que mon Seigneur entre ici… Moi…”

Jésus passe la main par-dessus la grille et pousse le verrou en disant:

“Le Seigneur entre où il veut, Mathias.”

Il entre, pénètre dans l’humble jardin, il va à la maison, sur le seuil il dit:

“Sacrifie donc les petits de tes colombes. Enlève de la terre tes légumes, et du miel à tes abeilles. Nous partagerons le pain ensemble et ton travail n’aura pas été inutile, ni vain ton désir. Et cet endroit te sera cher sans que tu ailles là où bientôt il y aura silence et abandon. Je suis partout, Matthias. Celui qui m’aime est avec Moi, toujours. Mes disciples seront à Jérusalem. C’est là que naîtra mon Église. Fais en sorte d’y être pour la Pâque supplémentaire.”

“Pardonne-moi, Seigneur. Mais je n’ai pas su rester dans ce lieu et je me suis enfui. J’y étais arrivé à none de la veille de la Parascève, et le jour suivant… Oh! j’ai fui pour ne pas te voir mourir. Pour cela seulement, Seigneur.”

“Je le sais. Et je sais que tu es revenu, un des premiers, pour pleurer sur mon tombeau. Mais je n’y étais déjà plus. Je sais tout. Voilà, je m’assois ici et me repose. Je me suis toujours reposé ici… Et les anges le savent.”

632.17 - L’homme se met à travailler, mais semble se mouvoir dans une église tant ses gestes sont respectueux. De temps en temps il essuie une larme qui veut se mêler à son sourire, pendant qu’il va et vient pour prendre les petites colombes, les tuer, les préparer, et attiser le feu, cueillir et laver les légumes et mettre sur un plat les figues précoces, et dresser la pauvre table avec la meilleure vaisselle.

Mais quand tout est prêt comment peut-il s’asseoir et manger? Il veut servir et cela lui paraît déjà beaucoup et ne veut rien de plus. Mais Jésus, qui a offert et béni, lui offre une moitié du pigeon qu’il a découpé en mettant la viande sur un morceau de fouace qu’il a trempé dans la sauce.

“Oh! comme à un préféré!” dit l’homme.

Et il mange en pleurant de joie et d’émotion sans quitter des yeux Jésus qui mange… qui boit, qui goûte les légumes, les fruits, le miel, qui lui offre sa coupe après avoir absorbé une gorgée de vin. Avant il avait toujours bu de l’eau.

Le repas est fini.

“Je suis bien vivant. Tu le vois, et tu es bienheureux. Rappelle-toi qu’il y a douze jours je suis mort par la volonté des hommes, mais que nulle est la volonté des hommes quand elle n’est pas d’accord avec la volonté de Dieu. Et même: la volonté contraire des hommes devient l’instrument servile de la Volonté éternelle. Adieu, Matthias. Puisque j’ai dit que sera avec Moi celui qui m’a donné à boire quand j’étais le Pèlerin sur lequel il était encore permis d’avoir des doutes, ainsi je te dis: tu auras part à mon Royaume céleste.”

“Mais maintenant, je te perds, ô Seigneur!”

“Vois-moi dans tout pèlerin; dans tout mendiant, Moi; dans tout infirme, Moi; dans tous ceux qui ont besoin de pain, d’eau et de vêtements, Moi. Je suis dans tout homme qui souffre, et ce qui est fait à celui qui souffre, c’est à Moi que cela est fait.”

Il ouvre les bras pour bénir et il disparaît.