“Et que veux-tu qu’ils fassent? Si Lui était encore là!… Mais eux? Eux ne sont pas saints! Mon mari était à Jérusalem ce jour-là. Et il sait… Oh! non! Il savait! Il ne sait plus rien! Il est mort!”
“Que faisait ton mari ce jour-là?”
“Quand la clameur de la rue le réveilla, il courut sur la terrasse de la maison où il était avec ses frères, et il vit passer le Rabbi que l’on conduisait au Prétoire, et avec les autres galiléens il le suivit jusqu’à ce qu’il fût mort. On lui jeta des pierres, à lui et aux autres, quand on découvrit qu’il était galiléen, là-haut sur la montagne, et on les repoussa plus bas. Mais ils furent là jusqu’à ce que tout fût accompli. Puis… ils s’éloignèrent… Et maintenant lui est mort. Oh! si au moins je savais qu’à cause de sa pitié pour le Rabbi, il est en paix!”
Jésus ne répond pas à ce désir, mais il dit:
“Alors il aura vu qu’il y avait des disciples sur le Golgotha. Peut-être que tous les galiléens furent comme ton mari?”
“Oh! non. Beaucoup, et même de Nazareth, l’injurièrent. On le sait. Quelle honte!”
“Et alors si beaucoup de gens même à Nazareth n’ont pas eu l’amour pour leur Jésus, et pourtant Lui leur a pardonné, et beaucoup se sanctifieront dans l’avenir, pourquoi veux-tu juger de la même manière les disciples du Christ? Veux-tu être, toi, plus sévère que Dieu? Dieu accorde beaucoup à celui qui pardonne…”
“Il n’est plus là le bon Rabbi! Il n’y est plus! Et mon mari est mort.”
“Le Rabbi a donné à ses disciples le pouvoir de faire ce que Lui faisait.”
“Je veux le croire. Mais il n’y avait que Lui pour vaincre la mort. Lui seulement!”
“Et ne lit-on pas qu’Élie rendit l’esprit au fils de la veuve de Sarepta? Cf. 1 Rois 17,8 et suivants. En vérité je te dis qu’Élie était un grand prophète, mais que les serviteurs du Sauveur qui est mort et ressuscité parce qu’il était le Fils du vrai Dieu incarné pour racheter les hommes, ont un pouvoir encore plus grand parce que Lui sur la croix leur a pardonné leurs péchés à eux d’abord, connaissant par sa divine sagesse la véritable douleur de leurs esprits contrits, il les a sanctifiés après sa Résurrection par un nouveau pardon et leur a infusé l’Esprit Saint pour qu’ils puissent me représenter dignement à la fois par la parole et les actions, afin que le monde ne reste pas désolé après mon départ.”
632.45 - La femme recule vivement, stupéfaite. Elle rejette son voile en arrière pour bien voir son compagnon. Elle ne le reconnaît pas pourtant. Elle croit avoir mal compris. Pourtant elle n’ose plus parler…
“As-tu peur de Moi? Tu m’as cru d’abord un voleur prêt à te prendre l’argent que tu as dans ton sein, destiné à acheter ce qui est nécessaire pour la sépulture. Et tu as eu peur. Maintenant tu as peur de savoir que je suis Jésus? Et Jésus n’est-il pas Celui qui donne et ne prend pas? Celui qui sauve et ne ruine pas? Reviens en arrière, femme. Je suis la Résurrection et la Vie. Ils ne sont pas nécessaires le linceul et les aromates pour celui qui n’est pas mort, qui n’est plus mort, car je suis Celui qui vainc la mort et récompense celui qui a foi. Va! Va à ta maison! Ton mari est vivant. Aucune foi en Moi ne reste sans récompense.”
Il fait le geste de la bénir et de s’en aller.
La femme sort de sa pétrification. Elle ne demande pas, elle ne doute pas… Non. Elle tombe à genoux pour adorer. Puis, finalement, elle ouvre la bouche et fouillant dans son sein, en tire une bourse, petite, une pauvre bourse de pauvres gens auxquels la misère interdit des honneurs solennels pour leurs morts, et elle dit en offrant la bourse:
“Je n’ai pas autre chose… Rien d’autre pour te dire ma reconnaissance, pour t’honorer, pour…”
“Je n’ai pas besoin d’argent, femme. Tu le porteras à mes apôtres.”
“Oh! oui. J’irai avec mon mari… Mais que te donner alors, mon Seigneur? Quoi? Toi, qui m’es apparu… ce miracle.., et moi, qui ne t’ai pas reconnu… et moi, si fâchée… oui, si injuste jusqu’avec les choses…”
“Oui. Et tu ne pensais pas qu’elles sont parce que Moi je suis, et que tout est bon de ce que Dieu a fait. S’il n’y avait pas eu le soleil, s’il n’y avait pas eu les grains, tu n’aurais pas eu cette grâce que tu viens d’avoir.”
“Mais quelle douleur, pourtant!…”
La femme pleure en y pensant.
Jésus sourit et lui montre ses mains en disant:
“Ceci est une minime partie de ma douleur. Et je l’ai consumée toute entière sans me plaindre, pour votre bien.”
La femme se baisse jusqu’au sol pour reconnaître:
“C’est vrai. Pardonne ma plainte.”