XIX. Chez les paysans de Yokhanan (Giocana).

632.37 - Les champs de Yokhanan sous le baiser de la lune. Silence absolu. Les pauvres demeures des paysans dans une nuit étouffante qui oblige à garder ouverte au moins une porte pour ne pas mourir de chaleur dans les pièces basses où sont entassés trop de corps pour ce qu’elles peuvent contenir.

Jésus entre dans une pièce. Il semble que ce soit la lune elle-même qui allonge son rayonnement pour Lui faire un tapis royal sur le sol de terre battue. Il se penche sur un dormeur qui se tient à plat ventre dans le lourd sommeil de la fatigue. Il l’appelle. Il passe à un autre, et à un autre. Il les appelle tous, ses fidèles et pauvres amis. Il passe léger et rapide comme un ange qui vole. Il entre dans d’autres tanières… Puis il va les attendre dehors, près d’un bouquet d’arbres. Les paysans, à moitié endormis, sortent de leurs taudis. Deux, trois, un seul, cinq ensemble, quelques femmes. Ils sont stupéfaits d’avoir été tous appelés ainsi par une voix connue qui a dit à tous les mêmes paroles:

“Venez à la pommeraie.”

Ils y vont, les hommes en finissant d’enfiler leurs pauvres vêtements, et les femmes d’arranger leurs tresses, et ils parlent doucement.

“Il m’a semblé que c’était la voix de Jésus de Nazareth.”

“Peut-être son esprit. Ils l’ont tué. L’avez-vous entendu dire?”

“Moi, je ne puis le croire. Il était Dieu.”

“Et pourtant Joël l’a vu aussi passer sous la croix…”

“À moi ils ont dit hier, pendant que j’attendais que le régisseur traite ses affaires, que les disciples sont passés par Jezréel et qu’ils ont dit qu’il était vraiment ressuscité.”

“Tais-toi! Tu sais ce qu’a dit le maître. C’est la flagellation pour qui dit cela.”

“La mort, peut-être. Mais ne serait-ce pas mieux plutôt que de souffrir ainsi?”

“Et maintenant Lui n’y est plus!”

“Ils sont encore plus mauvais, maintenant qu’ils ont réussi à le tuer.”

“Ils sont mauvais parce qu’il est ressuscité.”

Ils parlent doucement en allant vers le point qui leur a été indiqué.

632.38 - “Le Seigneur!” crie une femme en tombant la première à genoux.

“Son fantôme!” crient d’autres.

Certains prennent peur.

“C’est Moi. Ne craignez pas. Ne criez pas. Avancez. C’est vraiment Moi. Je suis venu pour confirmer votre foi que je sais attaquée par d’autres. Vous voyez? Mon Corps fait de l’ombre parce que c’est un vrai corps. Vous ne rêvez pas, non. C’est bien ma vraie voix. Je suis le même Jésus qui rompait le pain avec vous et vous donnait son amour. Maintenant aussi je vous donne mon amour. Je vous enverrai mes disciples. Et ce sera encore Moi, Car eux vous donneront ce que je vous donnais et ce que je leur ai donné pour pouvoir me communiquer à ceux qui croient en Moi.

Portez votre croix comme Moi j’ai porté la mienne. Soyez patients. Pardonnez. Ils vous diront comment je suis mort. Imitez-moi.

Le chemin de la douleur est le chemin du Ciel. Suivez-le avec paix et vous aurez mon Royaume. Il n’y a pas d’autre chemin que celui de la résignation à la volonté de Dieu, de la générosité, de la charité envers tous. S’il y en avait eu un autre, je vous l’aurais indiqué. Moi, je suis passé par lui, car c’est le juste chemin. Soyez fidèles à la Loi du Sinaï qui est immuable en ses dix commandements, et à ma Doctrine. Il en viendra qui vous instruiront pour que vous ne soyez pas abandonnés aux menées des mauvais. Je vous bénis. Rappelez-vous toujours que je vous ai aimés et que je suis venu parmi vous avant et après ma glorification. En vérité je vous dis que beaucoup auraient désiré me voir maintenant, et ne me verront pas. Beaucoup de grands. Je me montre à ceux que j’aime et qui m’aiment.”

Un homme ose dire:

“Alors… le Royaume des Cieux existe vraiment? Tu étais vraiment le Messie? Eux nous influencent…”

“N’écoutez pas leurs paroles. Rappelez-vous les miennes, et accueillez celles de mes disciples que vous connaissez. Ce sont des paroles de vérité. Et ceux qui les accueillent et les mettent en pratique, même s’ils sont serviteurs ou esclaves, seront des habitants et des cohéritiers de mon Royaume.” Il les bénit en ouvrant les bras et disparaît.