Jésus, un voyageur couvert d’un manteau, se met à côté d’elle. La femme ne le regarde pas. Elle avance, absorbée dans sa douleur. Jésus lui demande:

“Pourquoi pleures-tu, femme? D’où viens-tu? Et où vas-tu ainsi toute seule?”

“Je viens de Jérusalem et je retourne chez moi.”

“C’est loin?”

“À mi-chemin entre Joppé et Césarée.”

“À pied?”

“Dans la vallée avant Modin des voleurs ont pris mon âne et ce qu’il portait.”

“Tu as été imprudente d’aller seule. Ce n’est pas l’habitude d’aller seul pour la Pâque.”

“Je n’étais pas venue pour la Pâque. J’étais restée à la maison, car j’ai, j’espère l’avoir encore, un enfant malade. Mon mari était allé avec les autres. Je l’ai laissé aller en avant et, quatre jours après, je suis partie. Car j’ai dit: “Certainement Lui est à Jérusalem pour la Pâque. Je le chercherai”. J’avais un peu peur, mais j’ai dit: “Je ne fais rien de mal. Dieu voit. Je crois et je sais qu’Il est bon. Il ne me repoussera pas parce que…”

Elle s’arrête comme apeurée et jette un coup d’œil rapide sur l’homme qui marche près d’elle, si bien couvert qu’on voit à peine ses yeux, les yeux uniques de Jésus.

632.33 - “Pourquoi te tais-tu? Tu as peur de Moi. Crois-tu que je sois un ennemi de celui que tu cherchais? Car tu cherchais le Maître de Nazareth pour Lui demander de venir à ta maison pour guérir l’enfant, pendant que ton mari était absent…”

“Je vois que tu es un prophète. C’est cela. Mais quand je suis arrivée dans la ville le Maître était mort.”

Les pleurs l’étouffent…

“Il est ressuscité. Ne le crois-tu pas?”

“Je le sais. Je le crois. Mais moi… Mais moi… Pendant quelques jours j’ai espéré le voir moi aussi… On dit qu’il s’est montré à certains. Et j’ai tardé de partir… chaque jour, c’était pour moi une douleur car… il est si malade mon enfant… Mon cœur était divisé… Aller pour consoler sa mort… Rester pour chercher le Maître… Je ne prétendais pas qu’il vînt à ma maison, mais qu’il me promît la guérison.”

“Et tu aurais cru? Tu penses que de loin?…”

“Je crois. Oh! s’il m’avait dit: “Va en paix. Ton fils guérira”, je n’aurais pas douté. Mais je ne le mérite pas parce que…” elle pleure, en pressant son voile sur sa bouche comme pour s’empêcher de parler.

“Parce que ton mari est un des accusateurs et des bourreaux de Jésus-Christ. Mais Jésus-Christ est le Messie. Il est Dieu. Et Dieu est juste, femme. Il ne punit pas un innocent à cause d’un coupable. Il ne torture pas une mère parce que le père est pécheur. Jésus-Christ est la Miséricorde vivante…”

“Oh! Tu es peut-être un de ses apôtres? Tu sais peut-être où il est? Toi… Peut-être Lui t’a envoyé pour me dire cela. Il a senti, il a vu ma douleur, ma foi, et il t’envoie à moi comme le Très-Haut envoya l’archange Raphaël à Tobie. Dis-le-moi s’il en est ainsi, et moi, bien que lasse jusqu’à en être fiévreuse, je retournerai en arrière pour chercher le Seigneur.”

“Je ne suis pas un apôtre. Mais les apôtres sont encore restés pour plusieurs jours à Jérusalem après sa Résurrection…”

“C’est vrai. Je pouvais le demander à eux.”

“Certainement. Eux continuent le Maître.”

“Je ne croyais pas qu’ils puissent faire des miracles.”

“Ils en ont fait encore…”

“Mais maintenant… On m’a dit qu’un seul est resté fidèle et je ne croyais pas…”

“Si. Ton mari t’a parlé ainsi, en se moquant de toi dans son délire de faux triomphateur. Mais Moi, je te dis que tout homme peut pécher, car Dieu seul est parfait. Et il peut se repentir. Et s’il se repent, sa force grandit et Dieu augmente ses grâces à cause de sa contrition. N’a-t-Il pas pardonné à David, le Seigneur Très-Haut?”

632.34 - “Mais qui es-tu? Qui es-tu pour me parler avec tant de douceur et de sagesse, si tu n’es pas apôtre? Un ange, peut-être? L’ange de mon enfant. Il a peut-être expiré et tu es venu pour me préparer…”

Jésus laisse tomber son manteau de sa tête et de son visage et, passant de l’humble aspect d’un pèlerin ordinaire à sa majesté de Dieu-Homme, revenu de la mort, il dit avec une douce solennité: “C’est Moi. Le Messie qu’on a crucifié en vain. Je suis la Résurrection et la Vie. Va, ô femme. Ton fils vit car j’ai récompensé ta foi. Ton fils est guéri. Car si le Rabbi de Nazareth a fini sa mission, l’Emmanuel continue la sienne jusqu’à la fin des siècles pour tous ceux qui ont foi, espérance et charité au Dieu Un et Trin dont le Verbe incarné est une Personne qui, à cause du divin amour, a quitté le Ciel pour venir enseigner, souffrir et mourir pour donner la Vie aux hommes. Va en paix, femme. Et sois forte dans la foi car le temps est venu où dans une famille l’époux sera contre l’épouse, le père contre ses enfants et ces derniers contre celui-là, par haine ou par amour pour Moi. Mais bienheureux ceux que la persécution n’arrachera pas à ma Voie.”

Il la bénit et disparaît.