“Que faites-vous? Qui êtes-vous? Que cherchez-vous dans le jardin de Joseph d’Arimathie? Et toi, sot, pourquoi laisses-tu ouverte la grille que Joseph veut fermer maintenant qu’il l’a mise ici? Ne sais-tu pas qu’il ne veut personne ici où fut déposé le Seigneur?”
Je dis la vérité en affirmant que dans la peine d’assister à la déposition de Jésus, et dans la stupeur de la résurrection je n’avais jamais remarqué si le jardin, au-delà d’une muraille verte de buis et de ronces, avait ou non une grille, mais je pense en effet qu’elle a été mise depuis peu car elle est tout à fait neuve et elle est soutenue par deux pylônes carrés dont l’enduit ne semble pas vieux. Joseph aussi comme Lazare a mis des fermetures aux endroits sanctifiés par Jésus.
Jean se lève de terre en même temps que le Zélote et que Jacques d’Alphée et dit sans peur:
“Nous sommes les apôtres du Seigneur. Moi, Jean, celui-ci Simon, ami de Joseph, et cet autre Jacques, frère du Seigneur. Le Seigneur nous avait appelés au Golgotha et nous y sommes allés. Il nous a donné l’ordre d’aller à la maison où se trouve la Mère, et la foule nous a poursuivis. Nous sommes entrés ici, en attendant le soir…
631.13 - “Mais tu es blessé? Et toi aussi! et toi! Venez, que je vous soigne. Vous avez soif? Vous êtes essoufflés. Toi, dépêche-toi de puiser. La première eau est pure, mais ensuite les seaux la rendent boueuse. Donne-leur à boire et puis lave de ces laitues fraîches et verse sur elles de l’huile que nous avons pour enduire les greffes. Je n’ai pas autre chose à vous donner. Je n’ai pas de maison ici. Mais si vous attendez, je vous emmènerai avec mol…”
“Non. Non. Nous devons aller trouver le Seigneur. Que Dieu te récompense.”
Ils boivent et se laissent soigner. Ils sont tous blessés à la tête. Les juifs visent bien!
“Toi, va sur la route, et regarde, sans attirer l’attention, s’il n’y a pas quelque espion” commande le jardinier au garçon.
“Personne, père. La route est déserte” dit-il en revenant.
“Va jeter un coup d’œil vers la porte et reviens vite.”
Il cueille des tiges d’anis et les offre en s’excusant de n’avoir que des légumes, de la salade et quelques anis, car les pommiers viennent de perdre leurs fleurs.
Le garçon revient:
“Personne, père. Au-delà de la porte la route est déserte.”
“Allons alors. Attelle l’âne à la charrette et jette dessus les herbes qu’on a coupées. Nous aurons l’air d’hommes qui reviennent des champs. Venez avec moi. La route sera plus longue… mais cela vaut mieux que de se faire lapider.”
“Nous devrons toujours entrer dans la ville…”
“Oui, mais nous entrerons d’un autre côté, par des ruelles sombres. Venez sans crainte.”
Il ferme avec une grande clef le robuste portail, il fait monter les plus âgés sur le char, donne aux autres des pioches et des râteaux, charge Thomas d’un fagot de branches coupées et Jean d’une botte d’herbes, et s’en va tranquillement en longeant les murs vers le sud.
“Mais ta maison… Ici c’est désert.”
“La maison est de l’autre côté et elle ne va pas s’en aller. La femme attendra. Je sers d’abord les serviteurs du Seigneur.”
Il les regarde…
“Hé! tout le monde se trompe! J’ai eu peur moi aussi! Et nous sommes tous haïs à cause de son Nom, même Joseph. Mais qu’est-ce que cela fait? Dieu est avec nous. Les gens!… Ils haïssent et ils aiment. Ils aiment et ils haïssent. Et puis! Ce qu’ils font aujourd’hui ils l’oublient demain. Bien sûr… S’il n’y avait pas les hyènes! Mais ce sont elles qui excitent les gens. Ils sont furieux parce qu’il est ressuscité. Oh! s’il se faisait voir sur un pinacle du Temple, pour donner au peuple la certitude de sa résurrection. Pourquoi ne le fait-il pas? Moi, je crois, mais tous ne savent pas croire. Et eux donnent une forte somme à ceux qui disent au peuple que vous l’avez enlevé déjà décomposé, et que vous l’avez enseveli ou brûlé dans une grotte de Josaphat.”
Ils sont maintenant au côté sud de la ville, dans la vallée d’Hénnom.
“Voilà: ici c’est la Porte de Sion. Savez-vous aller de là à la maison? C’est à un pas.”
“Nous le savons. Que Dieu soit avec toi pour ta bonté.”
“Pour moi, vous êtes toujours les saints du Maître. Vous êtes des hommes et je suis un homme. Lui seul est plus qu’un Homme et peut ne pas trembler. Je sais comprendre et compatir et je dis que vous, faibles aujourd’hui, vous serez forts demain. La paix à vous.”