Jésus le regarde et dit:

“Pourquoi ne me dis-tu pas frère, toi qui es de mon sang? Frère pour tous les hommes, pour toi je le suis doublement, triplement, comme fils d’Adam, comme fils de David, comme fils de Dieu. Termine ton mot.”

“Frère, mon Seigneur, nous sommes malheureux et sots, tu le sais, et plus sots nous rend l’humiliation où nous sommes. Comment pouvons-nous dire avec l’âme ton oraison si nous n’en connaissons pas la signification?”

“Que de fois, comme à des enfants mineurs, je vous l’ai expliquée! Mais vous avez la tête plus dure que le plus distrait des élèves d’un pédagogue, et vous n’avez pas retenu ma parole!”

“C’est vrai! Mais maintenant notre esprit est fixé dans notre torture de ne pas t’avoir compris… Oh! nous n’avons rien compris! Je le reconnais au nom de tous! Et encore nous ne te comprenons pas bien, ô Seigneur. Mais, je t’en prie, l’indulgence pour notre mal, tire-la du mal lui-même qui nous rend obtus. Tu avais expiré et le grand rabbi cria la vérité de l’obtusité d’Israël, là, au pied de ta Croix. Et Toi, Dieu omniprésent, Esprit de Dieu libéré de la prison de la Chair, tu as entendu ces paroles: “Des siècles et des siècles de cécité spirituelle restent sur la vue intérieure” et il t’a fait cette prière: “En cette pensée, prisonnière des formules, pénètre-Toi, Libérateur”. O mon adoré et adorable Jésus, qui nous as sauvés de la Faute d’origine en prenant sur Toi nos péchés et en les consumant dans l’ardeur de ton amour parfait, prends, consume aussi notre intelligence d’israélites obstinés. Donne-nous un esprit nouveau, vierge comme celui d’un enfant qui sort du sein, fais-nous oublier pour nous remplir de ta seule sagesse.

Tant de choses du passé sont mortes dans cette journée horrible. Mortes avec Toi. Mais maintenant que tu es Ressuscité, fais que naisse en nous une nouvelle pensée. Crée en nous un cœur et un esprit nouveaux, mon Seigneur, et nous te comprendrons” prie Jean.

630.19 - “Ce n’est pas à Moi que revient cette tâche, mais à Celui dont je vous ai parlé à la dernière Cène. Chacune de mes paroles se perd dans l’abîme de votre pensée, en tout ou en partie, ou reste fermée et close en son esprit. Seul le Paraclet, quand Il sera venu, sortira mes paroles de votre abîme et vous les ouvrira pour vous faire comprendre leur esprit.”

“Mais c’est Toi qui nous l’as infusé” objecte le Zélote.

“Mais tu nous as dit que quand tu serais allé vers le Père, Lui, l’Esprit de Vérité, serait venu” objecte Matthieu en même temps que le Zélote.

“Dites-moi: quand un enfant naît, a-t-il l’âme infusée?”

“Certainement qu’il l’a!” répondent tous.

“Mais cette âme a-t-elle la Grâce de Dieu?”

“Non. La Faute d’origine est sur elle et la prive de la Grâce.”

“Et l’âme et la Grâce d’où viennent-elles?”

“De Dieu!”

“Pourquoi Dieu ne donne-t-Il pas tout bonnement une âme en état de grâce à la créature?”

“Parce qu’Adam a été puni et nous avec lui. Mais maintenant que tu es devenu le Rédempteur, il en sera ainsi.”

“Non. Il n’en sera pas ainsi. Les hommes naîtront toujours impurs dans leur âme que Dieu a créée et que l’hérédité d’Adam a tachée. Mais par un rite que je vous expliquerai une autre fois, l’âme infusée dans l’homme sera vivifiée par la Grâce, et l’Esprit du Seigneur en prendra possession. Vous, cependant, baptisés avec l’eau par Jean, vous serez baptisés avec le Feu de la Puissance de Dieu, et alors l’Esprit de Dieu sera vraiment en vous. Et ce sera le Maître que les hommes ne peuvent persécuter ni chasser et qui, dans votre intérieur, vous dira l’esprit de mes paroles et beaucoup d’autres instructions. Je vous l’ai infusé, car c’est seulement par mes mérites que toute chose peut s’obtenir et être valide. Posséder Dieu, et être valide la parole d’un délégué de Dieu. Mais Il n’est pas encore en vous, comme Maître, l’Esprit de Vérité.”

“Eh bien, qu’il en soit ainsi. Il viendra en son temps. Mais, en attendant, fais nous sentir ton pardon. Sois pour nous un Maître, ô mon Seigneur. Encore, encore, puisque tu as dit qu’il faut pardonner soixante-dix fois sept fois” insiste Jean.

Et il termine — c’est toujours le plus confiant et le plus affectueux — en osant prendre dans les siennes la main gauche de Jésus, qui pend et sur laquelle la lune semble rendre encore plus grande la déchirure du clou:

“Toi qui es la Lumière éternelle ne permets pas que tes serviteurs restent dans les ténèbres”

Puis il baise les doigts légèrement à la pointe, ces doigts restés un peu pliés exactement comme le sont ceux de quelqu’un qui a été blessé et est guéri mais garde les nerfs légèrement contractés.

630.20 - “Venez. Montons plus haut et nous dirons ensemble l’oraison” accorde Jésus, en laissant sa main dans celles de Jean pendant que déjà il marche vers la limite la plus élevée du Gethsémani, vers la route élevée qui, à travers le Camp des Galiléens, va à Béthanie.

Ici encore on voit que les travaux de délimitation, voulus par Lazare, sont en cours. Et même ici, plus loin que la maison du gardien de l’Oliveraie, on a déjà élevé un mur lisse et haut qui suit la haie et le sentier en lacets qui étaient la limite du Gethsémani.

En bas Jérusalem sort lentement des ténèbres, même dans les parties qui sont au couchant car la lune est maintenant au zénith et elle blanchit toutes choses avec sa fine faucille, qui brille comme une flamme de diamant posée sur le firmament sombre sur lequel palpitent les corolles lumineuses d’un nombre incalculable d’étoiles, de ces étoiles si invraisemblables des cieux d’orient.