“Elle n’y était pas… Pourquoi?…”

Ils chuchotent entre eux en observant l’enceinte qui maintenant isole le Gethsémani.

“Certainement Lazare n’a plus voulu personne ici. Regarde là: des pierres avec des briques et de la chaux. Maintenant il y a du bois, puis il y aura un mur… ”

Jésus dit:

“Venez. Ne vous occupez pas de choses mortes, vous dis-je… Voilà: vous étiez ici… Et c’est ici que je fus entouré et pris, et c’est de ce côté que vous avez fui… S’il y avait eu cette enceinte alors… Elle aurait empêché votre fuite rapide. Mais comment Lazare pouvait-il penser, lui qui brûlait de me suivre, pendant que vous brûliez de fuir, que vous auriez fui? Je vous fais souffrir? Moi, j’ai souffert avant. Et je veux effacer cette douleur. Embrasse-moi, Pierre…

“Non. Seigneur! Non! Le geste de Judas, ici, à la même heure, non, non, non!”

“Embrasse-moi. J’ai besoin que vous fassiez avec un amour sincère le geste sans sincérité de Judas. Après, vous serez heureux. Nous serons plus heureux. Vous et Moi, Viens, Pierre, embrasse-moi.”

Pierre ne se contente pas de l’embrasser: il inonde de larmes la joue du Seigneur et se retire en se couvrant le visage et en s’asseyant sur le sol pour pleurer. L’un après l’autre, les autres l’embrassent à la même place. Qui plus, qui moins, ils ont tous des larmes sur le visage…

630.16 - “Et maintenant, allons, tous ensemble. Je vous ai séparés de Moi ce soir-là après vous avoir fortifiés avec mon Corps, et pour quelques heures, mais vous êtes tombés tout de suite. Rappelez-vous toujours combien vous avez été faibles et que sans l’aide de Dieu vous ne pourriez pas rester une heure dans la justice.

Voici. Ici je dis de veiller à ceux qui se croyaient les plus forts, forts au point de demander à boire à mon calice, et de proclamer que même s’il lui fallait mourir il ne m’aurait pas renié. Et je les ai quittés en les avertissant de prier… Je les ai quittés et ils ont dormi. Souvenez-vous-en, et enseignez-le que celui que Jésus a quitté, s’il ne se maintient pas en contact d’oraison avec Lui, s’assoupit et peut être pris. Si je ne vous avais pas éveillés, en vérité, vous pouviez même être tués pendant le sommeil et comparaître au jugement de Dieu alourdis par l’humanité. Venez encore… Voilà! Abaisse la branche, Philippe.

Voici! Que celui qui veut voir de mon Sang, regarde. Ici, dans la plus grande angoisse, semblable à quelqu’un qui meurt, j’ai sué du sang. Regardez… Tellement que la terre en est durcie et que l’herbe en est encore rouge car la pluie n’a pas été capable de fondre les grumeaux séchés au milieu des tiges et des corolles. Voilà! Et ici je me suis adossé et c’est ici qu’a plané sur Moi l’ange du Seigneur pour me rendre fort dans ma volonté de faire la Volonté de Dieu. Car, souvenez-vous-en, si vous voulez toujours faire la Volonté de Dieu, là où la créature ne peut tenir, Dieu vient avec son ange pour soutenir le héros épuisé. Quand vous serez angoissés ne craignez pas de tomber dans la lâcheté ou dans l’abjuration si vous persistez à vouloir ce que Dieu veut. Dieu fera de vous des géants d’héroïsme si vous restez fidèles à sa volonté. Souvenez-vous-en! Souvenez-vous-en! Je vous l’ai dit autrefois, qu’après la tentation dans le désert, j’ai été soutenu par les anges. Sachez maintenant qu’ici aussi, après l’extrême tentation, j’ai été soutenu par un ange. Et ainsi il en sera de vous et de tous ceux qui seront mes fidèles. Car, en vérité je vous le dis, ce que j’ai eu comme aide, vous l’aurez, vous aussi. Moi-même je vous l’obtiendrais s’il n’y avait déjà le Père, dans son amoureuse justice, pour vous l’accorder. Seulement la douleur sera toujours inférieure à la mienne…

Asseyez-vous. La lune se lève à l’orient. Il va faire clair. Je ne crois pas que cette nuit vous dormirez, bien que vous soyez encore tellement et seulement encore des hommes. Non. Vous ne dormirez pas car il est entré en vous un principe actif qu’avant vous n’aviez pas. C’est le remords. Une torture, c’est vrai. Mais elle sert à passer à des stades plus élevés, que ce soit dans le bien ou dans le mal.

En Judas de Kériot, parce qu’il s’était éloigné de Dieu, il a produit le désespoir et la damnation. En vous, qui n’êtes jamais sortis du voisinage de Dieu — je vous l’assure, car il n’y avait pas en vous la volonté et la pleine advertance Le contraire de l'inadvertance = pleine conscience. de ce que vous faisiez — il produira un repentir confiant qui vous amènera à la sagesse et à la justice.

630.17 - Restez où vous êtes. Je me retire là-bas, à la distance d’un jet de pierre, en attendant l’aube.”

“Oh! ne nous quitte pas, Seigneur! Tu as dit ce que nous sommes, loin de Toi!” supplie André en se tenant à genoux, les mains tendues, comme s’il demandait une obole de pitié.

“Vous avez le remords. C’est un bon ami pour les bons.”

“Ne t’éloigne pas, Seigneur! Tu nous avais dit que nous aurions prié ensemble…” supplie le Thaddée qui n’ose plus les gestes de parent envers le Ressuscité et se tient avec sa haute personne un peu courbée en avant pour le vénérer.

“Et la méditation n’est-elle pas l’oraison la plus active? Et ne vous ai-je pas fait contempler et méditer et donné un thème de méditation depuis que je vous ai rejoints sur la route, en vous mouvant le cœur avec des actes vrais de saints sentiments? C’estcela l’oraison, ô hommes: se mettre en contact avec l’Éternel et avec les choses qui servent à amener l’esprit bien au-delà de la Terre, et de la méditation des perfections de Dieu et de la misère de l’homme, du moi, susciter des actes de volonté amoureuse ou réparatrice, adoratrice toujours, même si c’est une volonté qui surgit d’une méditation sur une faute et un châtiment. Le bien et le mal servent à la fin dernière, si on sait s’en servir. Je l’ai dit maintes fois. Le péché est une ruine inguérissable seulement s’il n’est pas suivi de repentir et de réparation. Dans le cas contraire, avec la contrition du cœur on fait un mortier solide pour tenir compacts les fondements de la sainteté dont les pierres sont les bonnes résolutions. Pourriez-vous tenir les pierres unies sans le mortier? Sans la substance brute et vile en apparence, mais sans laquelle les pierres polies, les marbres brillants ne resteraient pas unis pour former l’édifice?”

630.18 - Jésus va s’en aller.

Jean, auquel son frère et l’autre Jacques en même temps que Pierre et Barthélemy ont parlé à voix basse, se lève et le suit en disant:

“Jésus, mon Dieu, nous espérions dire avec Toi l’oraison à ton Père. Ton oraison. Nous nous sentons peu pardonnés si tu ne nous accorde pas de la dire avec Toi. Nous sentons en avoir tant besoin…”

“Là où deux sont unis dans la prière Moi, je suis au milieu d’eux. Dites alors l’oraison entre vous et je serai parmi vous.”

“Ah! tu ne nous juges plus dignes de prier avec Toi!” crie Pierre, le visage caché dans les herbes qui ne sont pas toutes pures du sang divin, et en pleurant fortement.

Jacques d’Alphée s’exclame:

“Nous sommes malheureux, frè… Seigneur. Il se reprend tout de suite en disant “Seigneur” au lieu de “frère”.