“Mais les séditions… les arrestations…”

“C’est la peur de cet homme qui les a vues…”

“Qui est dans le palais?”

“Mais Lévi et sa femme, tranquilles comme des enfants. Les hommes armés ont pris la fuite… Ah! Ah! Nous avons de beaux preux, ma foi!… Ils sont partis dès qu’ils ont appris la condamnation. Je dis la vérité: Rome est dure et elle emploie le fouet… Mais avec cela, elle se fait craindre et servir. Et elle a des hommes, pas des lapins… Oh! oui! Lui disait: “Mes fidèles connaîtront le même sort que Moi”. Hum! Si de nombreux romains se rallient à Jésus, c’est possible. Mais s’il doit y avoir des martyrs parmi les israélites! Il restera seul… Voici mon sac et l’autre c’est celui de Jeanne qui… oui. Nous sommes non seulement lâches, mais menteurs. Jeanne est seulement accablée. Elle et Élise se sont senties mal sur le Golgotha. L’une est une mère qui a vu son fils mort et d’entendre les râles de Jésus lui ont fait éprouver un malaise. L’autre est délicate, elle n’est pas habituée à tant marcher et au soleil. Mais rien comme blessures, rien comme agonie. Elle pleure comme nous certainement. Pas davantage. Elle regrette d’avoir été éloignée. Elle viendra demain et elle envoie ces aromates, ce qu’elle avait. Avec elle, était restée Valeria sur l’ordre de Plautina, et maintenant elle est partie avec les esclaves chez Claudia, car elles ont beaucoup d’encens. Quand elle viendra, car elle aussi, grâce au Ciel, n’est pas un lièvre qui tremble toujours, ne vous mettez pas à crier comme si vous sentiez le glaive à votre gorge. Allons, levez-vous! Prenons des mortiers, travaillons. Pleurer ne sert pas, ou au moins pleurez et travaillez. Notre baume sera détrempé par nos larmes, et il les sentira sur Lui… Il sentira notre amour.”

Et elle se mord les lèvres pour ne pas pleurer et pour donner du courage aux autres, vraiment à bout.

Elles travaillent avec énergie.

612.25 – Marie appelle Jean.

“Mère, qu’as-tu?”

“Ces coups…”

“Elles pilent les encens…”

“Ah!… Mais… pardonnez… Ne faites pas ce bruit… il me semble que ce sont les marteaux…”

En effet les pilons de bronze contre le marbre des mortiers font vraiment le bruit des marteaux.

Jean le dit aux femmes et elles sortent dans la cour pour qu’on les entende moins.

Jean retourne vers la Mère.

“Comment les ont-elles eus?”

“Marie de Lazare est allée à son palais et chez Jeanne… Et on en apportera d’autres…”

“Personne n’est venu?”

“Personne depuis Nikê.”

“Mais regarde-le, Jean, comme il est beau même dans sa douleur!”

Marie, les mains jointes, est absorbée en face de la toile qu’elle a étendue contre un coffre en la tendant avec des poids.

“Beau, oui, Mère. Et il te sourit… Ne pleure plus… Déjà plusieurs heures sont passées. Autant de moins pour attendre son retour…”

Cela n’empêche pas Jean de pleurer.

Marie caresse sa joue, mais elle ne regarde que l’image de son Fils. Jean sort, aveuglé par les larmes.

612.26 – La Madeleine aussi, qui est revenue prendre des amphores, est dans les mêmes conditions. Mais elle dit à l’apôtre:

“Il ne faut pas faire voir qu’on pleure, car autrement celles-là ne savent plus rien faire. Et on doit faire…”