612 – La nuit du Vendredi saint. Les lamentations de la Vierge. Le voile de Nikê (Véronique) et la préparation des onguents

29 mars 1945 / 29 mars 1947

Vision du jeudi 29 mars 1945 (Jeudi saint).

612.1 – Marie, secourue par les femmes en pleurs, revient à elle. Elle pleure sans avoir plus d’autre force que celle de pleurer sans arrêt. Il semble vraiment que sa vie doive s’écouler et se consumer toute entière dans ces larmes.

Elles veulent qu’elle se restaure. Marthe lui offre un peu de vin, la maîtresse de maison voudrait qu’elle prenne au moins un peu de miel. Marie d’Alphée, à genoux devant elle, lui offre une tasse de lait tiède en disant:

“Je l’ai trait moi-même à la chevrette de la petite Rachel”

(Peut-être une fille des gens qui sont dans cette maison de Lazare comme locataires ou comme gardiens, je ne sais). Mais Marie ne veut rien. Pleurer, seulement pleurer. Et demander et s’entendre promettre que l’on cherchera les apôtres et les disciples, que l’on cherchera la lance et les vêtements et que, quand il fera jour, puisque maintenant ils ne veulent pas la laisser aller, elles la laisseront entrer dans la pièce du Cénacle.

“Oui. Si tu es un peu tranquille, si tu reposes un peu, je t’y conduirai” dit sa belle-sœur. “Nous entrerons toutes les deux et, à genoux, je chercherai pour toi toute trace de Jésus…” et Marie d’Alphée sanglote. “Mais tu vois? Ici tu as la coupe et le pain entamé par Lui, employé par Lui pour l’Eucharistie. Y a-t-il plus saint souvenir? Tu vois? Jean te les a apportés dès ce matin pour que tu les voies ce soir…

612.2 – Pauvre Jean qui est là qui pleure et qui a peur…”

“Peur? Pourquoi? Viens, Jean.”

Jean sort de l’ombre car dans la pièce il n’y a qu’une petite lampe posée sur la table près des objets de la Passion, et il s’agenouille aux pieds de Marie qui le caresse et lui demande: “Pourquoi as-tu peur?”

Et Jean, en embrassant ses mains et en pleurant:

“Parce que tu es malade. Tu es fiévreuse et angoissée… Et tu n’es pas tranquille. Et si tu continues ainsi, tu vas mourir comme Lui est mort…”

“Oh! si c’était vrai!”

“Non! Mère! Maman! Oh! il est plus doux de dire: “Maman”, comme à la mienne! Laisse-moi te le dire… Mais, comme moi je ne trouve pas de différence entre ma mère et toi, et même comme je t’aime plus qu’elle parce que tu es la Mère que Lui m’a donnée et que tu es sa Mère, ne fais pas une trop grande différence entre le Fils né de toi et le fils qui t’a été donné… Et aime-moi un peu comme tu l’aimes Lui… Si c’était Lui qui te dise: “J’ai peur que tu meures”, Lui répondrais-tu: “Oh! si c’était vrai”? Non. Tu ne le dirais pas. Mais tu regretterais de t’en aller et le laisser dans un monde de loups, Lui, ton Agneau… Et pour moi tu n’es pas en peine?… Je suis tellement plus agneau que Lui, non par bonté et pureté, mais par stupidité et par peur. Si tu me manques, le pauvre Jean sera dévoré par les loups sans avoir su donner un bêlement qui parle de son Maître… Veux-tu que je meure ainsi, sans le servir? Stupide dans la mort comme dans la vie? Non, n’est ce pas?

Et alors, Maman, cherche à être tranquille… Pour Lui… Oh! ne dis-tu pas qu’il ressuscite? Oui, tu le dis, et c’est vrai. Et alors veux-tu que quand il ressuscitera, il trouve la maison vide de toi? Car certainement Lui viendra ici… Oh! pauvre, pauvre Jésus, si au lieu de ton cri d’amour il entendait nos cris de deuil, si au lieu de trouver ton sein pour poser sa tête martyrisée et glorieuse il trouvait la fermeture de ton tombeau. Tu dois vivre. Pour le saluer quand il reviendra… Je ne dis pas “à notre amour”. Nous méritons tous les reproches pour la façon dont nous nous sommes conduits. Mais à ton amour.

612.3 – Oh! que sera la rencontre? Et Lui, comment sera-t-il? Mère de la Sagesse, Maman du très ignorant Jean, toi qui sais tout, dis-nous comment il sera, quand il apparaîtra ressuscité.”

“Lazare avait les blessures des jambes cicatrisées, mais on en voyait la trace. Et il apparut enveloppé dans des bandes pleines d’ordure” dit Marthe.

“Il nous fallut le laver à plusieurs reprises…” ajoute Marie.

“Et il était faible, et nous avons dû le restaurer sur son ordre” termine Marthe.

“Le fils de la veuve de Naïm était comme étourdi et semblait un bébé incapable de marcher et de parler couramment, si bien qu’il le rendit à sa mère pour qu’elle lui apprît de nouveau à user des biens de la vie. Et la fillette de Jaïre, Lui-même guida ses premiers pas” dit Jean.

“Je pense que le Seigneur nous enverra un ange pour nous dire:“Venez avec un vêtement propre”. Et mon amour l’a déjà préparé. Il est dans le palais. Je n’ai pas pu le filer, mais je l’ai fait filer par ma nourrice, qui maintenant est tranquille sur mon avenir, et ne pleure plus. J’ai pris le lin le plus précieux, et j’ai eu la pourpre par Plautina, et Noémi en a tissé le volant, et moi j’ai fait la ceinture, la bourse et le taleth Taleth (Talith - Taled) Voile dont les juifs se couvrent la tête lors des prières à la synagogue. , les brodant de nuit pour n’être pas vue. Mère, c’est toi qui m’as appris. Ce n’est pas parfait. Mais plus que les perles qui dessinent son Nom sur la ceinture et sur la bourse, ce sont les diamants de mes larmes d’amour et mes baisers qui le rendent beau. Tout point est une palpitation de dévouement pour Lui. Et je la Lui porterai. Tu permets, n’est-ce pas?”

“Oh!… je ne pensais pas qu’on le priverait de son vêtement… je ne suis pas habitué aux usages du monde et à sa férocité… Je croyais déjà la connaître… (et des larmes roulent de nouveau le long de ses joues cireuses) mais je vois que je ne savais encore rien… Et je pensais: “Après aussi il aura le vêtement de la Maman”.

Il Lui plaisait tant! Il l’avait voulu ainsi et il me l’avait dit depuis longtemps: “Tu feras un vêtement de telle et telle façon, et tu me le porteras pour la Pâque… Car Jérusalem doit me voir dans le vêtement pourpre de roi…” Oh! cette laine, plus blanche que la neige, pendant que je la filais elle devenait rouge aux yeux de Dieu et aux miens, parce que mon cœur avait reçu une nouvelle blessure de cette parole… Les autres, après des années et des mois, elles s’étaient sinon fermées du moins desséchées de leur suintement de sang. Mais celle-là! Chaque jour, chaque heure retournait l’épée dans le cœur: “Un jour de moins! Une heure de moins! Et ensuite, il sera mort!” Oh! Oh!… Et le fil sur le fuseau et sur le métier devenait rouge pour moi… On l’a teint ensuite pour le monde… Mais il était déjà rouge…”

Marie pleure de nouveau.