“…et on doit croire” achève Jean.
“Oui, croire. Si on ne pouvait pas croire, ce serait le désespoir. Moi, je crois. Et toi?”
“Moi aussi…”
“Tu le dis mal. Tu n’aimes pas encore suffisamment. Si tu aimais avec tout toi-même, tu ne pourrais pas ne pas croire. L’amour est lumière et voix. Même en face des ténèbres de la négation et le silence de la mort, il dit: “Je crois”.
Elle est splendide la Madeleine, si grande et imposante, impérieuse dans sa confession de foi! Elle doit avoir le cœur torturé, et ses yeux brûlés par les larmes le disent, mais l’âme est invaincue.
Jean la regarde avec admiration et murmure:
“Tu es courageuse!”
“Toujours. Je l’étais au point de défier le monde et j’étais sans Dieu alors. Maintenant que je l’ai Lui, je sens que je puis défier même l’enfer. Toi qui es bon, tu devrais être plus courageux que moi. Car la faute déprime, sais-tu? Plus qu’une consomption. Mais tu es innocent… C’est pour cela qu’il t’aimait tant…”
“Il t’aimait aussi…”
“Et moi je n’étais pas innocente. Mais j’étais sa conquête et…”
612.27 – On frappe avec force à la porte.
“Ce sera Valeria. Ouvre.”
Jean le fait sans peur, dominé par le calme de Marie.
C’est en fait Valeria avec ses esclaves qui portent la litière d’où elle est descendue. Elle entre en saluant en latin:
“Salve.”
“La paix soit avec toi, sœur. Entre” dit Jean.
“Puis-je offrir à la Mère l’hommage de Plautina? Claudia aussi y a contribué. Mais si ce n’est pas une douleur pour elle de me voir.”
Jean entre chez Marie.
“Qui frappe? Pierre? Judas? Joseph?”
“Non, c’est Valeria. Elle a apporté des résines précieuses. Elle voudrait te les offrir… si cela ne te peine pas.”
“Je dois surmonter la peine. Lui a appelé à son Royaume les fils d’Israël et les païens. Il les a tous appelés. Maintenant… il est mort… Mais je suis ici pour Lui, et je reçois tout le monde. Qu’elle entre.”
Valeria entre. Elle a enlevé son manteau foncé et elle a une étole toute blanche. Elle s’incline jusqu’à terre, salue et parle:
“Domina, tu sais qui nous sommes: les premières rachetées de l’obscurantisme païen. Nous étions fange et ténèbres. Ton Fils nous a donné ailes et lumière. Maintenant il est… il est endormi dans la paix. Nous connaissons vos usages et nous voulons que les baumes de Rome aussi soient répandus sur le Triomphateur.”
“Que Dieu vous bénisse, filles de mon Seigneur. Et… pardonnez si je ne sais en dire davantage…”
“Ne te force pas, Domina. Rome est forte, mais elle sait aussi comprendre la douleur et l’amour. Elle te comprend, Mère Douloureuse. Adieu.”
“La paix soit avec toi, Valeria! À Plautina, à vous toutes, ma bénédiction.”
Valeria se retire en laissant ses encens et autres essences.
“Tu le vois, Mère? Tout le monde donne pour le Roi du Ciel et de la Terre.”
“Oui” dit Marie. “Tout le monde. Et la Mère n’aura pu Lui donner que ses pleurs.”
612.28 – Un coq chante joyeusement non loin de là. Jean sursaute.
“Qu’as-tu, Jean?” demande la Vierge.
“Je pensais à Simon Pierre…”
“Mais n’était-il pas avec toi?” demande la Madeleine qui est entrée dans la pièce.
“Si. Dans la maison d’Anne. Puis j’ai compris que je devais venir ici et je ne l’ai plus vu du tout.”
“D’ici peu, c’est l’aube.”
“Oui. Ouvrez.”
Une nouvelle journée s'est ouverte à 18 heures : nous sommes donc le samedi. La note doctrinale Mater populi fidelis du 4 novembre 2025 ne met pas en doute la participation de Marie à la Rédemption ; elle rappelle simplement qu'il faut une terminologie qui respecte la primauté du Rédempteur : Jésus. Le terme corédemptrice, bien qu'historique et bien qu'ayant remplacé le terme plus ancien de Rédemptrice dans l'usage liturgique, lui semble porteur d'ambigüité et donc d'usage inopportun. Cependant cette discipline de langage ne doit pas occulter la participation Marie à la Rédemption. Marie est la première et la plus parfaite coopératrice du Christ, la "nouvelle Ève" qui, par son "oui", rend possible l'incarnation et, par sa maternité spirituelle, continue d'intercéder pour l'humanité. Les affirmations des encycliques et d'autres écrits, antérieurs à cette note, restent valables lorsqu'elles sont comprises à la lumière de cette coopération subordonnée, et non comme une attribution d'un pouvoir rédempteur égal à celui de Jésus.