“Et moi je suis ta mère et je te le défends.”

“Sois tranquille, Marie Salomé, et toi aussi, Jean. Je vais seule. Je n’ai pas peur. Je sais ce que c’est de courir dans les rues la nuit. Je l’ai fait mille fois pour pécher… et je devrais craindre maintenant que je vais pour servir le Fils de Dieu?”

“Mais aujourd’hui la ville est en révolte. Tu as entendu l’homme.”

“C’est un couard, et vous avec lui. J’y vais.”

“Et si tu trouves les soldats?”

“Je dirai: “Je suis la fille de Théophile, syrien, serviteur fidèle de César”. Et ils me laisseront aller, et puis… L’homme devant une femme jeune et belle est un jouet plus inoffensif qu’un fétu de paille. Je le sais, pour ma honte…”

“Mais où veux-tu trouver des parfums dans le palais puisqu’il n’est plus habité depuis des années?”

“Tu le crois? Oh! Marthe! Tu ne te souviens pas qu’Israël vous obligea à le quitter parce que c’était un de mes lieux de rendez-vous avec mes amants? J’y avais tout ce qui servait à les rendre encore plus fous de moi. Quand je fus sauvée par mon Sauveur, j’ai caché dans un endroit, connu de moi seule, les albâtres et les encens dont je me servais pour mes orgies d’amour. Et j’ai juré que ce serait uniquement les pleurs sur mon péché et l’adoration de Jésus très saint qui auraient été les eaux parfumées et les encens ardents de Marie repentie, et que des signes d’un culte profane des sens et de la chair, j’aurais seulement usé pour les sanctifier sur Lui et Lui donner l’onction. Maintenant c’est l’heure. J’y vais. Restez, et tranquilles. Avec moi vient l’ange de Dieu et rien de mal ne m’arrivera. Adieu. Je vous apporterai des nouvelles. Et à Elle ne dites rien… Cela augmenterait son angoisse…”

Et Marie de Magdala sort sûre d’elle, imposante.

612.23 – Jean prend alors la parole:

“Mère que cela soit pour toi un enseignement… et qu’il te dise de ne pas faire que le monde dise que ton fils est un lâche. Demain, ou plutôt aujourd’hui, car déjà est donnée la seconde veille, j’irai chercher les compagnons comme elle le veut…”

“C’est le sabbat… tu ne peux pas…” objecte Salomé pour le retenir.

“Le sabbat est mort” je le dis, moi aussi, avec Joseph. L’ère nouvelle est commencée avec, en elle, d’autres lois, d’autres sacrifices et d’autres cérémonies.”

Marie Salomé baisse la tête sur ses genoux et elle pleure sans plus protester.

“Oh! avoir des nouvelles de Lazare!” gémit Marie de Cléophas.

“Si vous me laissez aller, vous les aurez. Car les compagnons, Simon le cananéen en avait reçu l’ordre, ont été conduits chez lui, chez Lazare. Jésus l’a dit à Simon en ma présence.”

“Hélas! Tous là? Alors tous perdus!”

Marie de Cléophas et Salomé versent des pleurs de désolation.

Il se passe du temps au milieu des pleurs et des attentes.

612.24 – Puis Marie-Madeleine revient triomphante, chargée de sacs pleins de vases précieux.

“Vous voyez que rien n’est arrivé? Voici des huiles de toutes espèces, et du nard, et de l’oliban, et du benjoin. Pas de myrrhe ni d’aloès… Moi je ne voulais pas d’amertumes… Je les bois toutes maintenant… Mais en attendant nous mélangerons celles-ci et demain nous prendrons… oh! en payant, Isaac les donnera même le jour du sabbat… Nous prendrons de la myrrhe et de l’aloès.”

“Ils t’ont vue?”

“Personne. Dans mon tour, je n’ai même pas rencontré une chauve-souris.”

“Les soldats?”

“Les soldats? Je crois qu’ils ronflent sur leurs paillasses.”