“Mais toi aussi, maudit. Et maintenant que tu te mets bien avec Pilate, ne pense pas pouvoir soustraire le cadavre. Nous avons pris des mesures pour que le jeu cesse.”
Nicodème s’est approché lentement alors que les femmes se sont arrêtées avec Jean, en s’adossant à un portail fermé Le portail de Josué le sanhédriste. .
“Nous avons vu” répond Joseph. “Lâches! Vous avez peur même d’un mort! Mais de mon jardin et de mon tombeau, je fais ce qui me semble bon.”
“Nous verrons.”
“Nous verrons. J’en appellerai à Pilate.”
“Oui, tu forniques avec Rome, maintenant.”
Nicodème s’avance:
“Mieux vaut avec Rome qu’avec le démon, comme vous, déicides! Et du reste, dis-moi: comment donc reprends-tu courage? Il y a un moment tu fuyais en proie à la terreur. C’est déjà passé pour toi? Ce que tu as eu ne te suffit pas encore? Une de tes maisons n’est-elle pas brûlée? Tremble! Le châtiment n’est pas fini. Il vient, au contraire. Il te menace comme la Némésis des païens. Ni gardiens ni sceaux n’empêcheront le Vengeur de se lever et de frapper.”
“Maudit!” Elchias s’enfuit et s’en va buter contre les femmes. Il comprend et dit une injure atroce à Marie.
611.10 – Jean ne dit rien, mais d’un saut de panthère s’élance et le terrasse. Il le presse avec ses genoux, lui met les mains autour du cou et lui dit:
“Demande-lui pardon ou bien je t’étrangle, démon.”
Il ne le laisse que quand l’autre, pressé et à moitié étranglé par les mains de Jean, demande:
“Pardon.”
Mais son cri a attiré la ronde.
“Halte-là! Qu’arrive-t-il? D’autres séditions? Arrêtez-vous tous ou vous serez frappés. Qui êtes-vous?”
“Joseph d’Arimathie et Nicodème, autorisés par le Proconsul pour ensevelir le Nazaréen mis à mort, qui reviennent du tombeau avec la Mère, le fils et les parents et amis. Celui-là a offensé la Mère et on l’a obligé à demander pardon.”
“Cela seulement? Il fallait l’étrangler. Allez. Soldats, arrêtez cet homme. Que veulent-ils d’autre, ces vampires? Même le cœur des mères? Salut, juifs!”
“Quelle horreur! Mais ce ne sont plus des hommes… Jean, sois bon avec eux. Regarde le souvenir de mon et ton Jésus. Lui prêchait le pardon.”
“Mère, tu as raison. Mais ce sont des criminels et ils me font perdre la tête. Ce sont des sacrilèges: ils t’offensent et je ne puis le permettre.”
611.11 – “Ce sont des criminels et ils savent qu’ils le sont. Regarde comme il y en a peu dans les rues et comme ils s’esquivent furtivement. Après le crime, les criminels ont peur. De les voir fuir ainsi, entrer dans les maisons, se barricader par peur, me fait horreur. Je les vois tous coupables du Déicide. Regarde là, Marie, ce vieux. Il est déjà au bord de la fosse et pourtant, maintenant que la lumière de cette porte qui s’ouvre l’éclaire, il me semble l’avoir vu défiler accusant mon Jésus, là-haut, sur le Calvaire… Il l’appelait larron… Larron, mon Jésus!… Ce jeune, un peu plus qu’enfant, Lui adressait des blasphèmes obscènes en invoquant son Sang sur lui… Oh! le malheureux!… Et cet homme? Si musclé et si fort, se sera-t-il abstenu de le frapper? Oh! je ne veux pas voir! Regardez: sur leurs visages se superpose le visage de leur âme et… et ils n’ont plus des figures d’hommes, mais de démons… Ils étaient courageux contre l’Homme lié, le Crucifié… Et maintenant ils fuient, ils se cachent, ils s’enferment. Ils ont peur. De qui? D’un mort. Pour eux ce n’est qu’un mort car ils nient qu’il soit Dieu. De quoi donc ont-ils peur? À qui ferment-ils leurs portes? Au remords, à la punition. Inutile: le remords est en vous et il vous suivra éternellement. La punition n’est pas humaine. Et contre elle ne servent pas les verrous et les bâtons, les portes et les barreaux. Elle descend du Ciel, de Dieu, vengeur de son Immolé, et elle pénètre au-delà des murs et des portes, et vous marque de sa flamme céleste, vous marque pour le châtiment surnaturel qui vous attend. Le monde viendra au Christ, à Celui qui est le Fils de Dieu et le mien, il viendra à Celui que vous avez transpercé, mais vous, vous serez marqués pour toujours, les Caïns d’un Dieu, marqués comme l’opprobre de la race humaine. Moi, qui suis née de vous, moi qui suis la Mère de tous, je dois dire que pour moi, votre fille, vous avez été plus que parâtres et que, dans le nombre sans limite de mes enfants, vous êtes ceux qui m’imposez le plus de fatigue pour vous accueillir, car vous êtes souillés du crime envers mon Enfant. Et vous ne vous en repentez pas en disant: “Tu étais le Messie. Nous te reconnaissons et nous t’adorons”.
Voici une autre ronde romaine. L’Amour n’est plus sur la Terre. La Paix n’est plus parmi les hommes. La Haine et la Guerre s’agitent comme ces torches fumeuses. Ceux qui dominent ont peur du déchaînement de la foule. Ils savent par expérience que quand cette bête qui s’appelle homme a goûté la saveur du sang, elle devient avide de carnage… Mais ne les craignez pas. Ce ne sont pas de vrais lions et de vraies panthères, ce sont des hyènes très lâches. Ils s’acharnent sur l’agneau sans défense, mais ils craignent le lion armé de lances et son autorité. Ne craignez pas ces chacals rampants. Votre pas ferré les met en fuite et l’éclat de vos lances les rend plus doux que des lapins.
611.12 – Ces lances! L’une d’elles a ouvert le cœur de mon Fils! Laquelle? Les voir c’est une flèche au cœur… Et pourtant je voudrais les avoir toutes dans ces mains qui tremblent pour voir quelle est celle qui a encore des traces de sang et dire: “C’est celle-là! Donne-la-moi, soldat! Donne-la à une mère en souvenir de ta mère lointaine, et je prierai pour elle et pour toi”. Et aucun soldat ne la refuserait car eux, les hommes de guerre, ont été les meilleurs devant l’agonie du Fils et de la Mère. Oh! pourquoi là-haut n’y ai-je pas pensé? J’étais comme si on m’avait frappé à la tête. Déjà, elle était abrutie par ces coups… Oh! quels coups! Qui me permet de ne plus les entendre ici, dans ma pauvre tête? La lance… Comme je la voudrais!…”
“Nous pouvons la chercher, Mère. Le centurion me paraît très bon avec nous. Je crois qu’il ne la refusera pas. J’irai demain.”
“Oui. oui. Jean. Je suis pauvre, je n’ai que peu d’argent, mais je m’en dépouille jusqu’à la dernière pièce pour avoir ce fer… Oh! comment j’ai pu ne pas la demander alors?”
“Marie, ma chérie, personne d’entre nous ne connaissait cette blessure… Quand tu l’as vue, les soldats étaient loin.”