“N’était-il pas qu’une plaie?”

“Si.”

“N’était-il pas déjà décomposé avant de descendre au tombeau?”

“Si.”

“Et n’est-il pas ressuscité au bout de quatre jours d’asphyxie et de décomposition?”

“Si.”

“Et alors?”

610.13 – Un silence grave et prolongé. Puis un cri inhumain. Marie vacille en portant une main à son cœur. Ils la soutiennent, mais elle les repousse. Elle paraît repousser les pieux. En réalité elle repousse ce qu’elle est seule à voir. Et elle crie: “Arrière! Arrière! cruel! Pas cette vengeance! Tais-toi! Je ne veux pas t’entendre! Tais-toi! Ah! il me mord le cœur!”

“Qui, Mère?”

“O Jean, c’est Satan! Satan qui dit: “Il ne ressuscitera pas. Aucun prophète ne l’a dit”. O Dieu Très-Haut! Aidez-moi tous, ô vous esprits bons, ô vous, hommes pieux! Ma raison vacille! Je ne me rappelle plus rien. Que disent les prophètes? Que dit le psaume? Oh! qui va me répéter les passages qui parlent de mon Jésus?”

C’est la Madeleine qui avec sa voix d’orgue dit le psaume de David sur la Passion du Messie Psaume 21 (Hébreu 22). .

La Mère pleure plus fort, soutenue par Jean, et ses larmes tombent sur son Fils mort qui en est inondé. Marie le voit, elle l’essuie et elle dit à voix basse: “Tant de larmes, et quand tu avais si grand soif je n’ai pas même pu t’en donner une goutte. Et maintenant… je t’inonde! Tu ressembles à un arbuste sous une épaisse rosée. Ici, que la Maman t’essuie, Fils! Tu as goûté tant d’amertume! Que sur tes lèvres blessées ne tombe pas aussi l’amertume et le sel des larmes maternelles!…”

Puis elle appelle à haute voix:

“Marie. David ne dit pas… Connais-tu Isaïe? Dis-moi ses paroles…”

La Madeleine dit le passage sur la Passion Isaïe 53,1-11. et finit dans un sanglot:

“…il a livré sa vie à la mort et on l’a compté parmi les malfaiteurs, Lui qui a enlevé les péchés du monde et a prié pour les pécheurs Isaïe 53,12. ”.

“Oh! Tais-toi! La Mort, non! Pas livré à la mort! Non! Non! Oh! que votre non croyance, en s’alliant à la tentation de Satan, me met le doute au cœur! Et devrais-je ne pas te croire, ô Fils? Ne pas croire à ta sainte Parole?! Oh! Dis-le à mon âme! Parle. Des rives lointaines où tu es allé pour délivrer ceux qui attendent ta venue, jette ta voix d’âme à mon âme qui l’attend, à mon âme qui est ici, toute prête à recevoir ta voix. Dis à ta Mère que tu reviens. Dis: “Le troisième jour, je ressusciterai”. Je t’en supplie, Fils et Dieu! Aide-moi à protéger ma Foi. Satan l’enroule dans ses spires pour l’étrangler. Satan a enlevé sa bouche de serpent de la chair de l’homme car tu lui as arraché cette proie, et maintenant il a enfoncé ses crocs venimeux dans la chair de mon cœur et il en paralyse les palpitations, la force et la chaleur. Dieu! Dieu! Dieu! Ne permets pas que je me méfie! Ne laisse pas le doute me glacer! Ne donne pas à Satan la liberté de m’amener au désespoir! Fils! Fils! Mets ta main sur mon cœur. Elle chassera Satan. Mets-la sur ma tête. Elle y ramènera la Lumière.

Sanctifie mes lèvres par une caresse pour qu’elles aient la force de dire: “Je crois” même contre tout un monde qui ne croit pas. Oh! quelle douleur c’est de ne pas croire! Père! Il faut beaucoup pardonner à celui qui ne croit pas. Car, quand on ne croit plus… quand on ne croit plus… toute horreur devient facile. Je te le dis… moi qui éprouve cette torture. Père, pitié des sans foi! Donne-leur, Père saint, donne-leur, au nom de cette Hostie consumée et de moi, hostie qui se consume encore, donne ta foi aux sans foi!”

610.14 – Un long silence.

Nicodème et Joseph font un signe à Jean et à la Madeleine.

“Viens. Mère.” C’est la Magdeleine qui parle pour chercher à éloigner Marie de son Fils et à séparer les doigts de Jésus entrelacés dans ceux de Marie qui les baise en pleurant.

La Mère se redresse. Elle est solennelle. Elle étend une dernière fois les pauvres doigts exsangues, pose la main inerte le long du corps. Puis elle abaisse les bras vers la terre, et bien droite, la tête légèrement renversée, elle prie et offre. On n’entend pas de parole. Mais par toute son attitude, on comprend qu’elle prie. C’est vraiment la Prêtresse à l’autel, la Prêtresse au moment de l’offertoire. “Offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis, ac datis, hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam… Nous offrons à votre Très Auguste Majesté, de vos propres dons et bienfaits, l'Hostie pure, l'Hostie sainte, l'Hostie immaculée ….

Puis elle se tourne:

“Faites-le donc. Mais Lui ressuscitera. C’est inutilement que vous vous défiez de ma raison et que vous êtes aveugles à la vérité que Lui vous a dit. C’est inutilement que Satan cherche à attaquer ma foi. Pour racheter le monde, il manque aussi la torture que Satan vaincu donne à mon cœur. Je la subis et l’offre pour ceux qui viendront. Adieu, Fils! Adieu, mon Enfant! Adieu, mon Petit! Adieu… Adieu… Saint… Bon… Très aimé et aimable… Beauté… Joie… Source de salut… Adieu… Sur tes yeux… sur tes lèvres… sur tes cheveux d’or… sur tes membres glacés… sur ton cœur transpercé… oh! sur ton cœur transpercé… mon baiser… mon baiser… mon baiser… Adieu… Adieu!… Seigneur! Pitié pour moi!”

Le 19 février 1944.

610.15 – Une fois la préparation des bandes achevée, Nicodème et Joseph s’approchent de la table et dénudent Jésus même de son voile. Ils passent une éponge, me semble-t-il, ou un morceau de lin sur les membres en une préparation très rapide des membres qui dégouttent de mille endroits. Puis ils enduisent d’onguents tout le Corps. Ils l’ensevelissent vraiment sous une couche de pommade. Auparavant ils l’ont soulevé pour nettoyer aussi la table de pierre sur laquelle ils posent le linceul, qui pend de la tête du lit. Ils le reposent sur la poitrine, et enduisent tout le dos, les cuisses, les jambes, toute la partie postérieure. Puis ils le tournent délicatement, en faisant attention à ce que ne s’en aille pas la couche de pommade et puis ils font aussi l’onction de la partie antérieure. D’abord le tronc, puis les membres. D’abord les pieds, et en dernier lieu les mains qu’ils joignent sur le bas ventre. La mixture des arômes doit être collante comme de la gomme, car je vois que les mains restent en place alors qu’avant elles glissaient toujours à cause de leur poids de membres morts. Les pieds, non. Ils conservent leur position: l’un plus droit, l’autre plus allongé. Pour finir, la tête. Après l’avoir enduite avec soin, de manière que les traits disparaissent sous la couche d’onguents, ils lient le menton avec une bande pour maintenir la bouche fermée.

Marie gémit plus fort. Puis ils soulèvent le côté du Linceul qui pend et le replient sur Jésus. Il disparaît sous la grosse toile du linceul. Ce n’est plus qu’une forme couverte par une toile.

Joseph regarde que tout soit bien en place et appuie encore sur le Visage un suaire de lin et d’autres linges, qui ressemblent à de courtes et larges bandes rectangulaires, qui vont de droite à gauche, au-dessus du Corps et tiennent en place le Linceul, bien adhérent au Corps. Ce n’est pas le bandage que l’on voit dans les momies, ni même dans la résurrection de Lazare. C’est un embryon de bandage.

Jésus désormais est annulé. Même sa forme est confondue sous les linges. Cela ressemble à un long paquet de toile, plus étroit aux extrémités et plus large au milieu, appuyé sur la pierre grise. Marie pleure plus fort.

Le 4 octobre 1944.

610.16 – Jésus dit:

“Et la torture a continué avec des assauts périodiques jusqu’à l’aube du Dimanche. J’ai eu, dans la Passion, une seule tentation. Mais la Mère, le Femme, a expié pour la femme, coupable de tout mal, de très nombreuses fois. Et Satan sur la Victorieuse s’est acharné avec une férocité centuplée. Marie l’avait vaincu, Sur Marie la plus atroce tentation. Tentation contre la chair de la Mère. Tentation contre le cœur de la Mère. Tentation contre l’esprit de la Mère. Le monde croit que la Rédemption prit fin avec mon dernier soupir. Non Effectivement la Rédemption s'est achevée avec la Résurrection de Jésus au dimanche de Pâques (Commission théologique internationale, §IIIb.40, 1995). Il fallait, après avoir ôté les péchés du monde, nous donner une nouvelle vie. . La Mère l’a accomplie Accomplie : ce terme doit être compris dans le même sens que 1. Colossiens 1, 24 affirmant : "… je complète ce qui manque aux souffrances du Christ dans ma chair, à faveur du corps qui est l'Église". Elle n'implique pas que l'œuvre du Christ soit insuffisante, mais exprime clairement une participation active à l'œuvre rédemptrice du Christ. , en y ajoutant sa triple torture pour racheter la triple concupiscence Tous les documents magistériels – du Concile Vatican II, du Catéchisme, des encycliques papales (Redemptoris Mater, Ad Caeli Reginam, Ineffabilis Deus), de la tradition théologique (Thomas d'Aquin) et de la référence encyclopédique – convergent vers la même vérité doctrinale : Marie, en tant que Nouvelle Ève, a, par son obéissance et son sacrifice, annulé la concupiscence originelle transmise par Ève, y compris ses dimensions "triples" (âme, corps, volonté). Elle est ainsi présentée comme la première à être rachetée et comme la médiatrice qui, par sa coopération, participe à la rédemption de toute l'humanité. , en luttant pendant trois jours contre Satan qui voulait l’amener à nier ma Parole et à ne pas croire en ma Résurrection. Marie fut la seule qui continua de croire. Elle est grande et bienheureuse aussi à cause de cette foi.

Tu as connu aussi cela. Tourment qui se retrouve dans le tourment de mon Gethsémani. Le monde ne comprendra pas cette page. Mais “ceux qui sont dans le monde sans être du monde” la comprendront et auront un amour plus fort pour la Mère Douloureuse. C’est pour cela que je te l’ai donnée.