Pierre sursaute. Il tourne sur lui-même pour fuir et se trouve en face de Jésus qui le regarde avec une infinie pitié, avec une douleur si profonde et si intense qu’elle me brise le cœur comme si après cela, je devais voir se dissoudre, et pour toujours, mon Jésus. Pierre fait entendre un sanglot et il sort en titubant comme s’il était ivre. Il s’enfuit derrière deux serviteurs qui sortent dans la rue et se perd dans la route encore à moitié obscure.
Jésus est ramené dans la salle, et ils Lui répètent en chœur la question captieuse Captieuse : Qui cherche, sous des apparences de vérité, à tromper. :
“Au nom du Dieu vrai, dis-nous: es-tu le Christ?”
Et ayant eu la réponse d’avant, ils le condamnent à mort et donnent l’ordre de le conduire à Pilate Simulacre pour effacer l'irrégularité du procès nocturne dans la maison d'Hanne. Jésus est conduit à Pilate qui est le seul à avoir le droit de mise à mort. .
604.16 – Jésus, escorté par tous ses ennemis, sauf Hanne et Caïphe, sort, en repassant par ces cours du Temple où tant de fois il avait parlé et répandu des bienfaits et guéri, il franchit l’enceinte crénelée, entre dans les rues de la ville et, plutôt traîné que conduit, descend vers la ville qui rosit dans une première annonce de l’aurore.
Je crois qu’avec l’unique but de le tourmenter plus longuement ils Lui font faire un long tour vicieux dans Jérusalem, en passant exprès par les marchés, devant les écuries et les auberges remplies de gens à cause de la Pâque. Et aussi bien les déchets des légumes des marchés que les excréments des animaux des écuries deviennent des projectiles pour l’Innocent, dont le visage apparaît avec de plus en plus de bleus et de petites lacérations sanglantes et voilé par les ordures variées qui se sont répandues sur lui, Les cheveux, déjà alourdis et légèrement plaqués par la sueur sanguinolente et devenus plus opaques, pendent maintenant dépeignés, mêlés de pailles et d’immondices, tombent sur les yeux parce qu’ils les ébouriffent pour Lui voiler le visage.
Les gens des marchés, acheteurs et vendeurs, laissent tout en plan pour suivre, et non par amour, le Malheureux. Les garçons d’écuries et les serviteurs des auberges sortent en masse, sourds aux appels et aux ordres de leurs maîtresses. Celles-ci, pour dire la vérité, comme presque toutes les autres femmes sont, sinon toutes opposées aux offenses, du moins indifférentes au tumulte, et se retirent en grommelant parce qu’on les laisse seules avec tant de clients à servir.
La troupe hurlante grossit de minute en minute. Il semble que, par une épidémie inattendue, les âmes et les physionomies changent de nature: les premières deviennent des âmes de criminels et les secondes des masques féroces dans des visages bleus de rage ou rouges de colère, les mains deviennent des griffes et les bouches prennent la forme et le ululement des loups, les yeux deviennent torves, comme ceux des fous. Seul Jésus est toujours Lui-même, bien que maintenant voilé par les immondices répandues sur son corps et altéré par les bleus et les œdèmes.
604.17 – À une arcade qui resserre le chemin comme un anneau, alors que tout s’engorge et ralentit, un cri fend l’air:
“Jésus!”
C’est Élie, le berger, qui cherche à se faire un passage en faisant tournoyer une lourde matraque. Vieux, puissant, menaçant et fort, il réussit à rejoindre presque le Maître. Mais la foule, déroutée par l’assaut imprévu, serre ses rangs et sépare, repousse, maîtrise cet homme qui est seul contre tout un peuple.
“Maître!” crie-t-il pendant que le tourbillon de la foule l’absorbe et le repousse.
“Va!… La Mère… Je te bénis…”
Le cortège dépasse le point étroit. Comme une eau qui retrouve le large après une écluse, il se déverse en tumulte dans une vaste avenue élevée au-dessus d’une dépression entre deux collines, au bout desquelles sont de splendides palais de gens riches.
Je recommence à voir le Temple en haut de sa colline, et je comprends que le tour inutile qu’on a fait faire au Condamné pour en faire un objet de moquerie pour toute la ville et permettre à tout le monde de l’insulter, en augmentant à chaque pas ceux qui l’insultent, va se fermer en revenant au point de départ.
604.18 – D’un palais sort au galop un cavalier. Le caparaçon pourpre sur la blancheur du cheval arabe et la majesté de son aspect, l’épée brandie nue et manœuvrée d’estoc et de taille sur les échines et sur les têtes qui saignent, le font paraître un archange. Quand en caracolant il fait légèrement cabrer son cheval, en faisant des sabots une arme de défense pour la monture et son maître, c’est le plus valable pour s’ouvrir un passage à travers la foule. Ce mouvement fait tomber de la tête le voile pourpre et or qui la couvrait, tenu serré par une bande d’or, et je reconnais Manahen.
“Arrière! crie-t-il. Comment vous permettez-vous de troubler le repos du Tétrarque?” Mais ce n’est qu’une feinte pour justifier son intervention et sa tentative d’arriver à Jésus. Cet homme… Laissez-moi le voir… Écartez-vous, ou j’appelle les gardes…”
Les gens, à cause de la grêle de coups de plat et des ruades du cheval et des menaces du cavalier, s’ouvre, et Manahen rejoint le groupe de Jésus et des gardes du Temple qui le tiennent.
“Laissez le passage! Le Tétrarque est plus que vous, serviteurs dégoûtants. Arrière! Je veux Lui parler”
Et il y arrive en chargeant, avec son épée, le plus acharné des geôliers.
“Maître!…”
“Merci, mais va-t’en! Et que Dieu te réconforte!”
Et, comme il peut avec ses mains liées, Jésus fait un geste de bénédiction.
La foule siffle de loin, et dès qu’elle voit que Manahen s’est retiré, elle se venge d’avoir été repoussée, par une grêle de pierres et d’immondices sur le Condamné.
604.19 – Par l’avenue, qui monte et que le soleil a déjà attiédie, on se dirige vers la Tour Antonia dont la masse apparaît déjà au loin.