604 – Les procès et le reniement de Pierre. Considérations sur Pilate
25 mars 1945 / 10 mars 1944
Du jeudi 22 au dimanche 25 mars 1945.
604.1 – Commence la douloureuse marche par le petit chemin pierreux qui mène de la petite place où Jésus a été capturé au Cédron et de là, par un autre chemin, vers la ville. Et tout de suite commencent les moqueries et les sévices.
Jésus, lié comme il l’est aux poignets et jusqu’à la ceinture comme s’il était un fou dangereux, avec les bouts des cordes confiés à des énergumènes ivres de haine, est tiré d’un côté et de l’autre comme un chiffon abandonné à la colère d’une meute de chiens. Mais si c’étaient des chiens ceux qui agissent ainsi ils seraient encore excusables. Mais ce sont des hommes, bien qu’ils n’aient d’humain que l’aspect. Et c’est pour causer plus de douleur qu’ils ont pensé à ce liage de deux cordes opposées, dont l’une sert seulement à emprisonner les poignets et les griffe et les scie par son frottement rugueux, et l’autre, celle de la ceinture, comprime les coudes contre le thorax, et scie et comprime le haut de l’abdomen, en torturant le foie et les reins où on a fait un énorme nœud, et où de temps à autre celui qui tient les bouts des cordes donne des coups en s’en servant comme de fouets et en disant:
“Hue! Aller! Trotte, baudet!”
Et il y ajoute aussi des coups de pieds, appliqués derrière les genoux du Torturé qui chancelle et ne tombe pas seulement parce que les cordes le tiennent debout. Mais cela n’évite pas pourtant que, tiré à droite par celui qui s’occupe des mains et à gauche par celui qui tient la corde de la ceinture, Jésus aille heurter les murets et les troncs, et tombe brutalement contre la rampe du petit pont à cause d’un coup plus cruel reçu au moment où il va franchir le petit pont sur le Cédron. La bouche contusionnée saigne. Jésus lève les mains liées pour essuyer le sang qui souille la barbe, et il ne parle pas. C’est vraiment l’agneau qui ne mord pas celui qui le torture.
Des gens pendant ce temps sont descendus prendre des pierres et des cailloux sur la grève, et d’en bas commence une grêle de pierres sur une cible accessible. En effet la marche s’est ralentie sur le petit pont étroit et peu sûr sur lequel les gens s’entassent en se gênant les uns les autres, et les pierres frappent Jésus à la tête, aux épaules, et pas Jésus seul, mais aussi ceux qui l’escortent qui réagissent en lançant des bâtons et en jetant les pierres elles-mêmes. Et tout sert pour frapper de nouveau Jésus à la tête et au cou. Mais le pont se dégage, et maintenant la ruelle étroite jette son ombre sur la mêlée car la lune qui commence de descendre n’atteint pas cette ruelle tortueuse et au cours de la cohue beaucoup de torches se sont éteintes.
Mais la haine tient lieu de lumière pour voir le pauvre Martyr dont la haute taille facilite aussi la torture. Il est le plus grand de tous, il est donc facile de le frapper, de le prendre par les cheveux pour l’obliger à renverser violemment en arrière la tête, sur laquelle on lance une poignée d’immondices qui doit forcément entrer dans la bouche et dans les yeux en Lui donnant nausée et souffrance.
604.2 – On commence la traversée du faubourg d’Ophel, du faubourg où il a répandu tant de bienfaits et de caresses. La foule pousse des cris pour appeler les dormeurs sur les seuils. Si les femmes poussent des cris de douleur et fuient terrorisées en voyant ce qui arrive, les hommes, les hommes qui pourtant ont eu de Lui guérisons, secours, paroles amicales, ou bien baissent la tête par indifférence, affectant du moins insouciance, ou bien passent de la curiosité à la rancœur, au ricanement, au geste de menace et même suivent le cortège pour torturer. Satan est déjà au travail…
Un homme, un mari qui veut le suivre pour l’offenser, est saisi par le bras par sa femme qui lui crie:
“Lâche! Si tu es vivant, c’est grâce à Lui, homme dégoûtant plein de pourriture. Souviens-t’en!”
Mais la femme est vaincue par l’homme qui la frappe bestialement en la jetant par terre, et qui court ensuite rejoindre le Martyr sur la tête duquel il jette une pierre Jacob le luxurieux. Jésus le guérit à la supplication de sa femme, tout en sachant qu'il sera un de ses futurs bourreaux (EMV 374). .
Une autre femme, âgée, cherche à barrer le chemin à son fils qui accourt avec un visage de hyène et avec un bâton pour frapper lui aussi et elle lui crie:
“Assassin de ton Sauveur, tu ne le seras pas tant que je vivrai!”
Mais la malheureuse, frappée par son fils d’un coup de pied brutal à l’aine, s’abat en criant:
“Déicide et matricide! Pour le sein que tu déchires une seconde fois et pour le Messie que tu frappes, que tu sois maudit!” Samuel le fiancé d'Annalia. Meurtrier de son oncle, il a été sauvé du sort réservé aux meurtriers grâce à la guérison qu'a opérée Jésus (EMV 375). Il vient de tuer sa mère.
604.3 – La violence s’accroît de plus en plus à mesure qu’on approche de la ville.
Avant d’arriver aux murs — et déjà les portes sont ouvertes et les soldats romains, l’arme au pied, observent d’où vient le tumulte et comment il se développe, prêts à intervenir si le prestige de Rome en est atteint — Jean s’y trouve avec Pierre. Je crois qu’ils sont arrivés là par un raccourci qu’ils ont pris en franchissant le Cédron en amont du pont, et en précédant rapidement la foule qui va lentement gênant elle-même sa marche. Ils sont dans la pénombre d’une entrée, près d’une petite place qui précède les murs. Ils ont sur la tête leurs manteaux pour cacher leurs visages. Mais quand Jésus arrive, Jean laisse tomber son manteau et découvre son visage pâle et bouleversé au clair de lune qui éclaire encore avant de disparaître derrière la colline qui se trouve au-delà des murs, et que j’entends appeler Tofet par les sbires qui ont capturé Jésus. Pierre n’ose pas se découvrir, mais cependant il s’avance pour être vu…
Jésus les regarde… et a un sourire d’une infinie bonté. Pierre tourne sur lui-même et revient dans son coin obscur, les mains sur les yeux, courbé, vieilli, déjà une loque humaine.
Jean reste courageusement où il est et ne rejoint Pierre que quand la foule hurlante est passée. Il le prend par le coude, le conduit comme si c’était un garçon qui guide son père aveugle, et ils entrent tous deux dans la ville, derrière la foule bruyante.
J’entends les exclamations étonnées, moqueuses, affligées des soldats romains. L’un d’eux maudit ceux qui l’ont fait lever à cause de ce “mouton imbécile”; un autre se moque des juifs capables de “prendre une femmelette”; un autre a pitié de la Victime “qu’il a toujours vue pleine de bonté”; un autre dit:
“J’aurais préféré qu’ils me tuent que de le voir entre leurs mains. C’est un grand. Ma dévotion va dans le monde à ces deux: Lui et Rome.”
“Par Jupiter! s’écrie le plus élevé en grade. Je ne veux pas d’ennuis. Je vais aller trouver le porte-enseigne. Qu’il y pense lui à le dire à qui de droit. Je ne veux pas que l’on m’envoie combattre les Germains. Ces hébreux sentent mauvais et ce sont des serpents et des ennuis. Mais ici la vie est en sûreté et je vais finir mon temps, et près de Pompéi j’ai une fillette!…”
604.4 – Je perds le reste pour suivre Jésus qui s’avance par le chemin qui fait un détour en montée pour aller au Temple. Mais je vois et comprends que la maison d’Hanne, où ils veulent l’amener, est et n’est pas dans ce labyrinthe qu’est le Temple et qui occupe toute la colline de Sion. Elle est à son extrémité, près d’une série de murailles, qui semblent marquer ici la limite de la ville, et qui de ce lieu s’étendent avec des portiques et des cours à travers le flanc de la colline pour arriver dans l’enceinte du Temple proprement dit, c’est-à-dire où vont les Israélites pour leurs diverses manifestations du culte.