Caïphe descend de son siège et vient près de Jésus. Petit, obèse, laid, il semble un énorme crapaud près d’une fleur. Car Jésus, malgré ses blessures, ses contusions, souillé et dépeigné, est encore tellement beau et majestueux.
“Tu ne parles pas? Quelles accusations ils font contre Toi! Horribles! Parle pour enlever de Toi cette honte.”
Mais Jésus se tait. Il le regarde et se tait.
604.14 – “Réponds à moi, alors. Je suis ton Pontife. Au nom du Dieu vivant, je t’en conjure. Dis-moi: es-tu le Christ, le Fils de Dieu?”
“Tu l’as dit. Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme, assis à la droite de la puissance du Père, venir sur les nuées du ciel. Du reste, pourquoi m’interroges-tu? J’ai parlé en public pendant trois ans. Je n’ai rien dit de caché. Interroge ceux qui m’ont entendu. Ils te diront ce que j’ai dit et ce que j’ai fait.”
Un des soldats qui le tiennent le frappe sur la bouche en le faisant saigner de nouveau, et crie:
“C’est ainsi que tu réponds, ô satan, au Grand Prêtre?”
Et Jésus, avec douceur, lui répond comme à celui d’auparavant:
“Si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? Si j’ai mal parlé, pourquoi ne me dis-tu pas où je me trompe? Je répète: je suis le Christ, Fils de Dieu. Je ne puis mentir. Le Grand Prêtre, le Prêtre Éternel, c’est Moi.
Et Moi seul je porte le vrai Rational Voir le descriptif sur les habits du grand-prêtre. sur lequel il est écrit: Doctrine et Vérité. Et à elles je suis fidèle, jusqu’à la mort, ignominieuse aux yeux des hommes, sainte aux yeux de Dieu, et jusqu’à la bienheureuse Résurrection. Je suis l’Oint. Pontife et Roi je suis. Et je vais prendre mon sceptre et avec lui, comme avec un van, purifier l’aire. Ce Temple sera détruit et ressuscitera, nouveau, saint, car celui-ci est corrompu et Dieu l’a abandonné à son destin.”
“Blasphémateur!” crient-ils tous en chœur.
“En trois jours tu le feras, fou et possédé?”
“Non pas celui-ci, mais le mien se dressera, le Temple du Dieu vrai, vivant, saint, trois fois saint.”
“Anathème!” crient-ils de nouveau en chœur.
Caïphe élève sa voix éraillée et déchire ses vêtements de lin avec des gestes d’horreur étudiés, et il dit:
“Quoi d’autre avons-nous besoin d’entendre des témoins? Le blasphème est dit. Que faisons-nous donc?”
Et tous en chœur:
“Il est passible de la mort.”
Et avec des gestes indignés et scandalisés ils sortent de la salle laissant Jésus à la merci des sbires et de la populace des faux témoins. Ils le giflent, Lui donnent des coups de poing, le couvrent de crachats, Lui bandent les yeux avec un chiffon et puis, en Lui tirant violemment les cheveux, ils l’envoient ça et là, les mains liées de façon qu’il heurte les tables, les chaises et les murs et pendant ce temps Lui demandent:
“Qui t’a frappé? Devine.”
Plusieurs fois, en Lui faisant des crocs-en-jambe, ils le font tomber par terre et rient vulgairement en voyant comment, les mains liées, il peine pour se relever.
604.15 – Les heures passent ainsi, et les bourreaux fatigués songent à prendre un peu de repos. Ils mènent Jésus dans un débarras en Lui faisant traverser de nombreuses cours an milieu des moqueries de la plèbe déjà nombreuse dans l’enceinte des maisons pontificales. Jésus arrive dans la cour où se trouve Pierre près de son feu et il le regarde. Mais Pierre fuit son regard. Jean n’est plus là, je ne le vois pas. Je pense qu’il est parti avec Nicodème…
L’aube avance avec sa couleur vert pâle. Un ordre est donné: ramener le Prisonnier dans la salle du Conseil pour un procès plus légal. C’est le moment où Pierre nie pour la troisième fois de connaître le Christ quand celui-ci passe déjà marqué par ses souffrances. Et dans la lumière verte de l’aube les contusions semblent encore plus atroces sur le visage terreux, les yeux plus profonds et vitreux, un Jésus assombri par la douleur du monde…
Un coq jette dans l’air à peine remué de l’aube son cri railleur, sarcastique, gamin (monello). Et c’est à ce moment de grand silence qui s’est fait à l’apparition du Christ, qu’on entend la voix âpre de Pierre qui dit:
“Je le jure, femme. Je ne le connais pas”, affirmation tranchante, sûre, à laquelle comme un rire moqueur répond de suite le chant espiègle du petit coq.