On le délie. Et pendant que des serviteurs en grand nombre apportent des amphores et des coupes, des danseuses entrent… couvertes de rien. Une frange multicolore de lin ceint pour unique vêtement leur mince personne de la ceinture aux hanches. Rien d’autre. Bronzées parce que africaines, souples comme de jeunes gazelles, elles commencent une danse silencieuse et lascive.

Jésus repousse les coupes et il ferme les yeux sans parler. La cour d’Hérode rit devant son indignation.

“Prends celle que tu veux. Vis! Apprends à vivre!…” Insinue Hérode.

Jésus semble une statue. Les bras croisés, les yeux fermés, il ne bouge pas même quand les danseuses impudiques le frôlent de leurs corps nus.

“Suffit. Je t’ai traité en Dieu et tu n’as pas agi en Dieu. Je t’ai traité en homme et tu n’as pas agi en homme. Tu es fou. Un vêtement blanc. Revêtez-le de celui-ci pour que Ponce Pilate sache que le Tétrarque a jugé fou son sujet. Centurion, tu diras au Proconsul que Hérode lui présente humblement son respect et vénère Rome. Allez.”

Et Jésus, attaché de nouveau, sort avec une tunique de lin qui Lui arrive aux genoux par dessus son vêtement rouge de laine.

Et ils reviennent vers Pilate.

604.27 – Maintenant la centurie fend non sans peine la foule qui ne s’est pas lassée d’attendre devant le palais proconsulaire. Il est étrange de voir une foule si nombreuse en ce lieu et dans le voisinage, alors que le reste de la ville paraît vide. Jésus voit les bergers en groupe et ils sont au complet: Isaac, Jonathas, Lévi, Joseph, Élie, Matthias, Jean, Siméon, Benjamin et Daniel, avec un petit groupe de galiléens où je reconnais Alphée et Joseph d’Alphée, avec deux autres que je ne connais pas, mais que je dirais juifs à cause de leur coiffure. Et plus loin, qui s’est glissé à l’intérieur du vestibule à demi caché derrière une colonne, avec un romain que je dirais un serviteur, il voit Jean. Il sourit à celui-ci et à ceux-là… Ses amis… Mais que sont ces amis si peu nombreux et Jeanne, et Manahen, et Kouza au milieu d’un océan de haine qui bout?…

604.28 – Le centurion salue Ponce Pilate et fait son rapport.

“Ici encore?! Ouf! Maudite race! Faites avancer la populace et amenez ici l’Accusé. Heu! Quel ennui!”

Il va vers la foule en s’arrêtant toujours au milieu du vestibule.

“Hébreux, écoutez. Vous m’avez amené cet homme comme fauteur de troubles. Devant vous je l’ai examiné, et je n’ai trouvé en Lui aucun des crimes dont vous l’accusez. Hérode pas plus que moi n’a rien trouvé. Et il nous l’a renvoyé. Il ne mérite pas la mort. Rome a parlé. Cependant, pour ne pas vous déplaire en vous enlevant votre amusement, je vais vous donner Barabbas. Et Lui, je le ferai frapper par quarante coups de fustigation. Cela suffit.”

“Non, non! Pas Barabbas! Pas Barabbas! Pour Jésus la mort! Une mort horrible! Libère Barabbas et condamne le Nazaréen.”

“Écoutez! J’ai dit fustigation. Cela ne suffit pas? Je vais le faire flageller alors! C’est atroce, savez-vous? On peut en mourir. Qu’a-t-il fait de mal? Je ne trouve aucune faute en Lui et je le délivrerai.”

“Crucifie-le! Crucifie-le! À mort! Tu protèges les criminels! Païen! Satan toi aussi!”

La foule s’avance par dessous et le premier rang de soldats se déforme dans le heurt car ils ne peuvent se servir de leurs lances. Mais le second rang, descendant d’un gradin, fait tourner les lances et dégage ses compagnons.

“Qu’il soit flagellé” commande Pilate à un centurion.

“Combien de coups?”

“Autant qu’il te semble La loi romaine ne fixait pas de normes à la flagellation au contraire de la loi hébraïque qui limitait les coups à 40 de peur que le supplicié ne meurt. C'est ce qui faillit arriver à Jésus comme l'indique la suite de la vision. En effet, le flagrum était un fouet avec des bouts métalliques. Le linceul de Turin témoigne que le Christ a reçu plus de 100 coups, principalement sur le dos (face postérieure). Il était attaché à un support en hauteur, les mains au-dessus de la tête. Ce qui est la position décrite ici, mais qui n'était pas la position représentée traditionnellement. … Le tout est d’en finir. Et je suis ennuyé. Va.”

604.29 – Jésus est emmené par quatre soldats dans la cour au-delà de l’atrium. Dans cette cour, toute pavée de marbre de couleur, il y a au milieu une haute colonne semblable à celle du portique. À environ trois mètres du sol elle a un bras de fer qui dépasse d’au moins d’un mètre et se termine en anneau. On y attache Jésus avec les mains jointes au-dessus de la tête, après l’avoir fait déshabiller. Il ne garde qu’un petit caleçon de lin et ses sandales. Les mains, attachées aux poignets, sont élevées jusqu’à l’anneau, de façon que Lui, malgré sa haute taille, n’appuie au sol que la pointe des pieds… Et cette position doit être aussi une torture.

J’ai lu, je ne sais où, que la colonne était basse et que Jésus se tenait courbé. Possible. Moi, je dis ce que je vois.

Derrière Lui se place une figure de bourreau au net profil hébraïque, devant Lui une autre figure pareille. Ils sont armés d’un fouet fait de sept lanières de cuir, attachées à un manche et qui se terminent par un martelet de plomb. Rythmiquement, comme pour un exercice, ils se mettent à frapper. L’un devant, l’autre derrière, de manière que le tronc de Jésus se trouve pris dans un tourbillon de coups de fouets.

Les quatre soldats auxquels il a été remis, indifférents, se sont mis à jouer aux dés avec trois autres soldats qui se sont joints à eux. Et les voix des joueurs suivent la cadence des fouets qui sifflent comme des serpents et puis résonnent comme des pierres jetées sur la peau tendue d’un tambour. Ils frappent le pauvre corps si mince et d’un blanc de vieil ivoire et qui se zèbre d’abord d’un rosé de plus en plus vif, puis violet, puis il se couvre de traces d’indigo gonflées de sang, qui se rompent en laissant couler du sang de tous côtés. Ils frappent en particulier le thorax et l’abdomen, mais il ne manque pas de coups donnés aux jambes et aux bras et même à la tête, pour qu’il n’y eût pas un lambeau de la peau qui ne souffrît pas.

Et pas une plainte… S’il n’était pas soutenu par les cordes, il tomberait. Mais il ne tombe pas et ne gémit pas. Seulement, après une grêle de coups qu’il a reçus, sa tête pend sur sa poitrine comme s’il s’évanouissait.

“Ohé! Arrête-toi! Il doit être tué vivant” crie et bougonne un soldat.