Les deux bourreaux s’arrêtent et essuient leur sueur.
“Nous sommes épuisés, disent-ils. Donnez-nous la paie, pour que l’on puisse boire pour se désaltérer…”
“C’est la potence que je vous donnerais! Mais prenez…!” et le décurion jette une large pièce à chacun des deux bourreaux.
“Vous avez travaillé comme il faut. Il ressemble à une mosaïque. Tito, tu dis que c’était vraiment Lui l’amour d’Alexandre? Alors nous le lui ferons savoir pour qu’il en fasse le deuil. Délions-le un peu.”
604.30 – Ils le délient et Jésus s’abat sur le sol comme s’il était mort. Ils le laissent là, le heurtant de temps en temps de leurs pieds chaussés de caliges pour voir s’il gémit.
Mais Lui se tait.
“Qu’il soit mort? C’est possible? Il est jeune et c’est un artisan, m’a-t-on dit… et on dirait une dame délicate.”
“Maintenant je m’en occupe” dit un soldat.
Et il l’assoit, le dos appuyé à la colonne. Où il était, il y a des caillots de sang… Puis il va à une fontaine qui coule sous le portique, remplit d’eau une cuvette et la renverse sur la tête et le corps de Jésus.
“Voilà! L’eau fait du bien aux fleurs.”
Jésus soupire profondément et il va se lever, mais il reste encore les yeux fermés.
“Oh! bien! Allons, mignon! Ta dame t’attend!…”
Mais Jésus appuie inutilement les mains au sol pour tenter de se redresser.
“Allons! Vite! Tu es faible? Voilà pour te redonner des forces” raille un autre soldat.
Et avec le manche de sa hallebarde il Lui donne une volée de coups au visage et il atteint Jésus entre la pommette droite et le nez, qui se met à saigner.
Jésus ouvre les yeux, les tourne. Un regard voilé… Il fixe le soldat qui l’a frappé, s’essuie le sang avec la main, et ensuite se lève grâce à un grand effort.
“Habille-toi. Ce n’est pas décent de rester ainsi. Impudique!”
Et ils rient tous en cercle autour de Lui.
Il obéit sans parler. Il se penche, et Lui seul sait ce qu’il souffre en se penchant vers le sol, couvert de contusions comme il l’est et avec des plaies qui lorsque la peau se tend s’ouvrent plus encore et d’autres qui se forment à cause des cloques qui crèvent. Un soldat donne un coup de pied aux vêtements et les éparpille et chaque fois que Jésus les rejoint, allant en titubant où ils sont tombés, un soldat les repousse ou les jette dans une autre direction.
Et Jésus, qui éprouve une souffrance aiguë, les suit sans dire un mot pendant que les soldats se moquent de Lui en tenant des propos obscènes.
Il peut finalement se revêtir. Il remet aussi le vêtement blanc resté propre dans un coin. Il semble qu’il veuille cacher son pauvre vêtement rouge, qui hier seulement était si beau et qui maintenant est sale et taché par le sang versé au Gethsémani. Et même, avant de mettre sa tunicelle sur la peau, il essuie avec elle son visage mouillé et le nettoie ainsi de la poussière et des crachats. Et lui, le pauvre, le saint visage, apparaît propre, marqué seulement de bleus et de petites blessures. Il redresse sa coiffure tombée en désordre, et sa barbe, par un besoin inné d’être ordonné dans sa personne.
Et puis il s’accroupit au soleil, car il tremble, mon Jésus… La fièvre commence à se glisser en Lui avec ses frissons, et aussi se fait sentir la faiblesse venant du sang perdu, du jeûne, du long chemin.
604.31 – On Lui lie de nouveau les mains, et la corde revient scier là où il y a déjà un rouge bracelet de peau écorchée.
“Et maintenant? Qu’en faisons-nous? Moi, je m’ennuie!”
“Attends. Les juifs veulent un roi, nous allons le leur donner. Celui-là…” dit un soldat.