602.4 – Simon s’approche encore plus près de Jésus et Lui confie à voix basse:

“Maître… moi… Simon Pierre et moi, nous espérions faire quelque chose de bon… Mais… Toi qui sais tout, dis-moi: dans combien d’heures penses-tu être capturé?”

“Avant que la lune ne soit au sommet de son arc.”

Simon fait un geste de douleur et d’impatience, pour ne pas dire de dépit.

“Alors tout a été inutile… Maître, je vais t’expliquer. Tu as presque reproché à Simon Pierre et à moi de t’avoir laissé seul dans ces derniers jours… Mais nous nous éloignions pour Toi… Par amour pour Toi. Pierre, dans la nuit de lundi, impressionné par tes paroles, est venu me trouver pendant mon sommeil et il m’a dit: “Toi et Moi, je me fie à toi, nous devons faire quelque chose pour Jésus. Même Judas a dit vouloir s’en occuper” Oh! pourquoi n’avons-nous pas compris alors? Pourquoi ne nous as-tu rien dit, Toi? Mais dis-moi: tu ne l’as dit à personne? Vraiment à personne? Peut-être l’as-tu compris seulement il y a quelques heures?”

“Je l’ai toujours su. Avant même qu’il fût au nombre des disciples. Et pour que son crime ne fût pas parfait, du côté divin et du côté humain, j’ai cherché de toutes les manières de l’éloigner de Moi. Ceux qui veulent que je meure sont les bourreaux de Dieu. Lui, mon disciple et ami, est aussi le Traître, le bourreau de l’homme. Mon premier bourreau car il m’a déjà fait mourir par l’effort de l’avoir à côté de Moi, à ma table, et de devoir le protéger de Moi-même contre vous.”

“Et personne ne le sait?”

“Jean. Je le lui ai dit à la fin de la Cène. Mais qu’avez-vous fait?”

“Et Lazare? Il ne sait vraiment rien Lazare? Aujourd’hui nous sommes allés chez lui. En effet, il est venu de grand matin, a sacrifié et est reparti, sans même s’arrêter à son palais et sans aller au Prétoire, car lui y va toujours par suite d’une habitude prise par son père. Et Pilate, tu le sais, est dans la ville, ces jours-ci…”

“Oui. Ils y sont tous. Il y a Rome, la nouvelle Sion, avec Pilate. Il y a Israël avec Caïphe et Hérode. Il y a tout Israël, car la Pâque a rassemblé les enfants de ce peuple au pied de l’autel de Dieu…

602.5 – As-tu vu Gamaliel?”

“Oui. Pourquoi me le demandes-tu? Je dois le revoir aussi, demain…”

“Gamaliel, ce soir est à Bethphagé. Je le sais. Quand nous serons arrivés au Gethsémani tu iras trouver Gamaliel et tu lui diras: “Sous peu tu auras le signe que tu attends depuis vingt et un ans”. Rien d’autre. Et puis tu reviendras avec tes compagnons.”

“Mais comment le sais-tu? Oh! Maître, mon pauvre Maître qui n’as même pas le réconfort d’ignorer les œuvres d’autrui!”

“Tu dis bien! Le réconfort d’ignorer! Pauvre Maître! Car il y a plus d’œuvres mauvaises que de bonnes. Mais je vois aussi celles qui sont bonnes et je m’en réjouis.”

“Alors tu sais que…”

“Simon, c’est l’heure de ma passion. Pour la rendre plus complète, le Père me retire la lumière à mesure qu’on approche. D’ici peu, je n’aurai que ténèbres et la contemplation de ce que sont les ténèbres: c’est-à-dire tous les péchés des hommes. Tu ne peux, vous ne pouvez pas comprendre. Personne, à moins d’y être appelé par Dieu pour une mission spéciale, ne comprendra cette passion dans la grande Passion. Puisque l’homme est matériel, même dans l’amour et dans la méditation, il y en aura qui pleureront et souffriront à cause des coups que j’ai reçus, et de mes tortures de Rédempteur, mais on ne mesurera pas cette torture spirituelle qui, croyez-le vous qui m’écoutez, sera la plus atroce… Parle-moi donc, Simon. Guide-moi sur les sentiers où ton amitié est allée pour Moi, car je suis un pauvre qui perd la vue et qui voit des fantômes, et non des choses réelles…”

Jean le serre contre lui et demande:

“Quoi? Tu ne vois plus ton Jean?”

“Je te vois, mais les fantômes surgissent du brouillard de Satan, visions de cauchemar et de douleur. Nous sommes tous enveloppés dans ce miasme d’enfer, ce soir. En Moi, il cherche à créer la lâcheté, la désobéissance et la douleur. En vous, il créera la déception et la peur. En d’autres, qui pourtant ne sont ni peureux ni criminels, il amènera le crime et l’effroi. En d’autres, qui déjà appartiennent à Satan, il donnera la perversion surnaturelle. Je parle ainsi car leur perfection dans le mal sera telle qu’elle dépassera les possibilités humaines et atteindra la perfection qui est toujours dans le surhumain.

602.6 – Parle, Simon.”

“Oui. Depuis mardi, nous ne faisons que nous déplacer pour savoir, pour prévenir, pour chercher de l’aide.”

“Et qu’avez-vous pu faire?”

“Rien, ou bien peu.”

“Et le peu sera “rien” quand la peur paralysera les cœurs.”