“Moi, je dirais que le meilleur endroit, c’est dans le Temple” dit Philippe.
“Es-tu fou?” crient les cousins, Matthieu et Jacques. “Mais si là on veut sa mort!”
“Chut! Quel vacarme! Je sais ce que je dis. Ils le chercheront partout, mais pas là. Toi et Jean avez de bonnes amitiés parmi les serviteurs d’Anna. On donne une bonne poignée d’or… et tout est fait. Croyez-le! Le meilleur endroit pour cacher quelqu’un que l’on recherche, c’est la maison du geôlier.”
“Moi, je ne le fais pas” dit Jacques de Zébédée. “Mais écoute aussi les autres, Jean pour commencer. Et si ensuite ils l’arrêtent? Je ne veux pas qu’on dise que c’est moi le traître…”
“Je n’y avais pas pensé. Et alors?” Pierre est anéanti.
“Et alors je dirais qu’il faut faire une chose par pitié. La seule que nous puissions: éloigner la Mère” dit Jude d’Alphée.
“Bon!… Mais… qui y va? Qu’est-ce qu’on lui dit? Vas-y toi, son parent.”
“Moi, je reste avec Jésus. C’est mon droit. Vas-y toi.” “Moi?! Je me suis armé d’une épée pour mourir comme Eléazar de Saura Cf. 1 Martyrs d'Israël (Maccabées) 6,43-44. . Je traverserai des légions pour défendre mon Jésus et je frapperai sans retenue. Si la force de ceux qui sont plus nombreux me tue, n’importe. Je l’aurai défendu” proclame Pierre.
“Mais es-tu vraiment sûr que c’est l’Iscariote?” demande Philippe au Thaddée.
“J’en suis sûr. Aucun de nous n’a un cœur de serpent. Il n’y a que lui… Va, Matthieu, trouver Marie et dis-lui…”
“Moi? La tromper? La voir, ignorante, à côté de moi, et puis?… Ah! non. Je suis prêt à mourir, mais pas à trahir cette colombe…”
Les voix se confondent en un murmure.
602.3 – “Tu entends? Maître, nous t’aimons” dit Simon.
“Je le sais. Je n’ai pas besoin de ces paroles pour le savoir. Et si elles donnent la paix au cœur du Christ, elles blessent son âme.”
“Pourquoi, mon Seigneur? Ce sont des paroles d’amour.”
“D’un amour tout humain. En vérité, en ces trois ans, je n’ai rien fait, car vous êtes encore plus humains qu’à la première heure. Il fermente en vous tous les ferments les plus fangeux, ce soir. Mais ce n’est pas votre faute…”
“Sauve-toi, Jésus!” dit Jean en gémissant.
“Je me sauve.”
“Oui? Oh! mon Dieu, merci!” Jean paraît une fleur qui plie en se desséchant et qui redevient fraîche sur sa tige. “Je le dis aux autres. Où allons-nous?”
“Moi à la mort. Vous à la Foi.”
“Mais n’avais-tu pas dit maintenant que tu te sauves?” Le préféré est de nouveau accablé.
“Je me sauve, en fait, je me sauve. Si je n’obéissais pas au Père, je me perdrais. J’obéis, donc je me sauve. Mais ne pleure pas ainsi! Tu es moins brave que les disciples de ce philosophe grec dont je t’ai parlé un jour. Eux restèrent près de leur maître que faisait mourir la ciguë, pour le réconforter par leur virile douleur. Toi… tu sembles un enfant qui a perdu son père.”
“Et n’en est-il pas ainsi? C’est plus que si je perdais mon père! Je te perds Toi…”
“Tu ne me perds pas puisque tu continues de m’aimer. Est perdu quelqu’un qui est séparé de nous par l’oubli sur la Terre et par le jugement de Dieu dans l’au-delà. Mais nous ne serons pas séparés. Jamais. Ni par celui-ci, ni par celui-là.”
Mais Jean n’entend pas raison.