“Je me suis heurté aussi à Lazare… La première fois que cela m’arrive… Heurté car il me paraît inerte… Lui pourrait agir. C’est un ami du Gouverneur. C’est toujours le fils de Théophile! Mais Lazare a repoussé toutes mes propositions. Je l’ai quitté en criant: “Je pense que l’ami dont parle le Maître, c’est toi! Tu me fais horreur!” et je ne voulais plus retourner chez lui. Mais, ce matin, il m’a appelé et m’a dit: “Peux-tu encore penser que je suis le traître?” J’avais déjà vu Gamaliel, et Joseph et Kouza, et Nicodème et Manahen, et enfin ton frère Joseph… et je ne pouvais plus croire cela. Je lui ai dit: “Pardonne-moi, Lazare. Mais je sens ma pensée bouleversée plus que quand j’étais moi-même un condamné”. Et c’est ainsi, Maître… Je ne suis plus moi… Mais pourquoi souris-tu?”

“Parce que cela confirme ce que je t’ai dit auparavant. Le brouillard de Satan t’enveloppe et te trouble. Qu’a répondu Lazare?”

“Il a dit: “Je te comprends. Viens aujourd’hui avec Nicodème. J’ai besoin de te voir”. Et j’y suis allé pendant que Simon Pierre allait chez les galiléens, car ton frère qui vient de si loin sait plus de nouvelles que nous. Il dit qu’il a été informé par hasard en parlant avec un vieux galiléen, ami d’Alphée et de Joseph, qui habite près des marchés.”

“Ah!… oui… Un grand ami de la maison…”

“Il est ici avec Simon et les femmes. Il y a aussi la famille de Cana.”

“J’ai vu Simon.”

“Eh bien, Joseph, par son ami, qui est ami aussi de quelqu’un du Temple qui est devenu son parent par les femmes, a su qu’est décidée ta capture, et il a dit à Pierre: “Je l’ai toujours combattu, mais par amour et tant qu’il était encore fort. Mais maintenant qu’il devient comme un enfant à la merci de ses ennemis, moi, son parent qui l’ai toujours aimé, je suis avec Lui. C’est un devoir de sang et de cœur”

Jésus sourit en reprenant pour un instant le visage serein des heures de joie.

“Et Joseph a dit à Pierre: “Les pharisiens de Galilée sont des aspics comme tous les pharisiens. Mais la Galilée n’est pas toute pharisienne. Et il y a ici beaucoup de galiléens qui l’aiment. Allons leur dire de se rassembler pour le défendre. Nous n’avons que des couteaux, mais les bâtons aussi sont des armes quand on les manie bien. Et, si les milices romaines n’interviennent pas, nous aurons, vite raison de cette lâche canaille que sont les sbires du Temple”. Et Pierre est allé avec lui.

602.7 – Moi, pendant ce temps, j’allais chez Lazare, avec Nicodème. Nous avions décidé de le persuader de venir avec nous et d’ouvrir la maison pour rester avec Toi. Il nous a dit: “Je dois obéir à Jésus et rester ici. Pour souffrir le double…” Est-ce vrai?”

“C’est vrai, Je lui ai donné cet ordre.”

“Pourtant il m’a donné les épées, elles sont à lui: une pour moi, une pour Pierre. Kouza aussi voulait me donner des épées. Mais… que sont deux lames de fer contre tout un monde? Kouza ne peut croire que soit vrai ce que tu dis. Il jure que lui ne sait rien et qu’à la cour on ne pense qu’à jouir de la fête… Une ripaille comme à l’ordinaire.

Si bien qu’il a dit à Jeanne de se retirer dans une de leurs maisons en Judée. Mais Jeanne veut rester ici, renfermée dans son palais comme si elle n’y était pas. Mais elle ne s’éloigne pas. Elle a avec elle Plautina, Anne et Nique, et deux dames romaines de la maison de Claudia. Elles pleurent, prient et font prier les innocents. Mais ce n’est pas un temps de prière. C’est un temps de sang. Je sens renaître en moi le “zélote” et je brûle de tuer pour faire vengeance!…”

“Simon, si j’avais voulu te faire mourir maudit, je ne t’aurais pas enlevé à la désolation!…”

Jésus est très sévère.

“Oh! pardon, Maître… pardon. Je suis comme ivre, je délire.”

“Et Manahen, que dit-il?”

“Manahen dit que cela ne peut être vrai, et que si c’était vrai, lui te suivra même au supplice.”

“Comme tous vous avez confiance en vous!… Que d’orgueil il y a dans l’homme! Et Nicodème et Joseph? Que savent-ils?”

“Rien de plus que moi. Il y a quelque temps, dans une assemblée. Joseph s’en est pris au Sanhédrin. Il les traita d’assassins parce qu’ils voulaient tuer un innocent, et il dit: “Tout est illégal là-dedans. Lui le dit bien: c’est l’abomination dans la maison du Seigneur. Cet autel sera détruit car il est profané”. Ils ne le lapidèrent pas parce que c’est lui. Mais depuis lors ils l’ont tenu dans l’ignorance totale. Seuls Gamaliel et Nicodème sont restés ses amis. Mais le premier ne parle pas et le second… Ni lui ni Joseph n’ont plus été convoqués au Sanhédrin pour les décisions les plus vraies. Il se réunit illégalement ici et là, à des heures différentes, car ils ont peur d’eux et de Rome. Ah! j’oubliais!… Les bergers. Eux aussi sont avec les galiléens. Mais nous sommes peu nombreux! Si Lazare avait voulu nous écouter et aller trouver le Préteur! Mais il ne nous a pas écoutés… Voilà ce que nous avons fait… Beaucoup… et rien… et je suis tellement accablé que je voudrais aller à travers la campagne en criant comme un chacal, en m’abrutissant dans une orgie, en tuant comme un brigand, pour m’enlever cette pensée que “tout est inutile” comme l’a dit Lazare, comme l’ont dit Joseph et Kouza, et Manahen et Gamaliel…”

Le Zélote ne semble plus lui-même.

“Qu’a dit le rabbi?”

“Il a dit: “Je ne connais pas exactement les intentions de Caïphe, mais je vous dis que seulement pour le Christ est prophétisé ce que vous dites. Et comme je ne reconnais pas le Christ en ce prophète, je ne trouve pas qu’il y ait lieu de s’agiter.

Un homme sera tué, bon, ami de Dieu. Mais de combien de ses semblables, Sion a bu le sang?!” Et comme nous insistions sur ta Nature divine, il a répété avec entêtement: “Quand je verrai le signe, je croirai”. Il a promis de s’abstenir de voter ta mort et même, si possible, de persuader les autres de ne pas te condamner. Cela, rien de plus. Il ne croit pas! Il ne croit pas! Si on pouvait arriver à demain… Mais tu dis que non.

602.8 – Ah! qu’allons-nous faire, nous?!”