“Je suis Jésus de Nazareth, et les légionnaires m’ont laissé passer. Mais il ne faut pas le dire, Lévi.”
“Je ne le dirai pas… Eux sont meilleurs que beaucoup de nous!”
“Conduis-moi où dort ma Mère et ne réveille personne d’autre dans la maison.”
“Comme tu veux, Seigneur. Lazare a donné l’ordre à tous ceux qui dirigent les maisons de t’obéir en tout, sans discussion ni retard. C’était depuis peu l’aurore quand cet ordre a été apporté par un serviteur, par plusieurs serviteurs, à toutes les maisons. Obéir et se taire. Nous le ferons. Tu nous as rendu le maître…”
L’homme trottine en avant à travers les couloirs vastes comme des galeries du splendide palais de Lazare sur la colline de Sion, et la lampe qu’il a dans la main illumine d’une manière fantastique le mobilier et les tapisseries qui ornent ces larges couloirs. L’homme s’arrête devant une porte fermée:
“C’est là qu’est ta Mère.”
“Tu peux disposer.”
“Et la lampe? Ne la veux-tu pas? Je puis retourner dans l’obscurité. J’ai l’habitude de la maison. J’y suis né.”
“Laisse-la et n’enlève pas la clef de la porte. Je sors tout de suite.”
“Tu sais où me trouver. Je vais fermer par précaution, mais je serai prêt à t’ouvrir la porte quand tu viendras.”
592.1 – Jésus reste seul. Il frappe légèrement, un coup si léger que seulement quelqu’un de bien éveillé peut entendre.
Un bruit dans la pièce, comme celui d’un siège qu’on déplace, un léger bruit de pas, et une voix basse:
“Qui frappe?”
“Moi, Maman. Ouvre-moi.”
La porte s’ouvre de suite. La lumière de la lune est la seule lumière qui éclaire la pièce tranquille et étend ses rayons sur le lit intact. Un siège est près de la fenêtre grande ouverte sur le mystère de la nuit.
“Tu ne dormais pas encore? Il est tard!”
“Je priais… Viens, mon Fils. Assieds-toi où j’étais” et elle indique le siège près de la fenêtre.
“Je ne puis m’arrêter. Je suis venu te prendre pour aller chez Élise, dans le quartier d’Ophel. Annalia est morte. Vous ne le saviez pas encore?”
“Non. Personne… Quand, Jésus?”
“Après mon passage.” Après l'entrée triomphale dans Jérusalem. Voir EMV 590.17.
“Après ton passage’. Tu as donc été pour elle l’Ange libérateur?! Cette Terre était pour elle une telle prison! Elle est heureuse! Moi, je voudrais être à sa place! Elle est morte… naturellement? Je veux dire: pas par suite d’un malheur?”
“Elle est morte par la joie d’aimer. Je l’ai su que j’étais déjà sur la montée du Temple. Viens avec Moi, Maman. Nous ne craignons pas de nous profaner pour consoler une mère qui a eu dans ses bras sa fille morte d’une joie surnaturelle… Notre première vierge! Celle qui vint à Nazareth, à toi, pour me trouver et me demander cette joie… Jours lointains et sereins.”
“Avant-hier elle chantait comme une mésange énamourée et m’embrassait en disant: “Je suis heureuse!” et elle était avide de savoir tout de Toi. Comment Dieu t’a formé. Comment Il m’a choisie. Et mes premières palpitations de vierge consacrée… Maintenant je comprends…
592.5 – Je suis prête, Fils.”
Marie, tout en parlant, a épinglé ses tresses qui étaient retombées sur ses épaules et qui la faisaient paraître si jeune, et elle a pris son voile et son manteau.