592 – Le lundi saint. Réconfort de la mère d’Annalia, et rencontre du soldat Vital. Le figuier stérile et la parabole des vignerons perfides. Questions sur l’autorité de Jésus et sur le baptême de Jean

31 mars 1947 / 6 mars 1945

Vision du lundi 31 mars 1947 (lundi saint)

592.1 – Jésus sort de bonne heure de la tente d’un galiléen, là-bas, sur le plateau de l’Oliveraie où de nombreux galiléens se rassemblent à l’occasion de la solennité. Le camp dort tout entier sous la clarté de la lune qui se couche lentement, enveloppant d’une blancheur argentée les tentes, les arbres, les pentes et la ville qui dort tout en bas…

Jésus passe avec assurance et sans bruit entre les tentes et, une fois sorti du camp, descend rapidement par des sentiers à pic vers le Gethsémani, le traverse, en sort, dépasse le petit pont sur le Cédron, ruban d’argent qui arpège à la lune, arrive à la porte gardée par des légionnaires. C’est peut-être une mesure de précaution du Proconsul cette garde de nuit aux portes closes. Les soldats, au nombre de quatre, parlent assis sur de grosses pierres qui leur servent de sièges contre le mur puissant, et se chauffent à un feu de brindilles qui jette une lueur rougeâtre sur les cuirasses brillantes et les casques sévères de dessous lesquels émergent des visages si différents, en leur physionomie italique, de ceux des hébreux.

“Qui va là!” dit le premier qui voit apparaître la haute figure de Jésus de derrière le coin d’une masure voisine de la porte, et il saisit la hampe de la lance pointue qu’il tenait appuyée au mur voisin, et imité par les autres, il se met en position réglementaire. Sans donner à Jésus le temps de répondre, il dit: “On n’entre pas. Ne sais-tu pas que la seconde veille est déjà à sa fin?” Il est minuit.

“Je suis Jésus de Nazareth. J’ai ma Mère dans la ville. Je vais la trouver.”

“Oh! l’Homme qui a ressuscité le mort de Béthanie! Par Jupiter! Je vais le voir finalement!”

Et il s’approche de Lui pour le regarder avec curiosité, tournant tout autour de Lui comme pour s’assurer que ce n’est pas quelque chose d’irréel, d’étrange, mais vraiment un homme comme tout le monde. Et il dit:

“Oh! Dieux! Il est beau comme Apollon, mais tout à fait comme nous! Et il n’a ni bâton, ni barrette, ni aucun insigne de son pouvoir!”

Il est perplexe. Jésus le regarde patiemment en lui souriant avec douceur.

Les autres qui sont moins curieux — peut-être ils ont déjà vu Jésus d’autres fois — disent:

“Cela aurait été une bonne chose qu’il eût été ici au milieu de la première veille, quand on a porté au tombeau la belle jeune fille morte ce matin. Nous l’aurions vue ressusciter…”

Jésus répète doucement:

“Puis-je aller trouver ma Mère?”

Les quatre soldats se secouent. Le plus âgé parle:

“Vraiment l’ordre serait de ne pas laisser passer, mais tu passerais quand même. Celui qui force les portes de l’Hadès peut bien forcer les portes d’une ville fermée. Et tu n’es pas homme à provoquer des soulèvements. La défense tombe pour Toi. Fais en sorte de n’être pas vu par les rondes à l’intérieur. Ouvre, Marcus Gratus. Et Toi, passe sans bruit. Nous sommes soldats et nous devons obéir…”

“Ne craignez pas. Votre bonté ne se changera pas pour vous en punition.”

Un légionnaire ouvre avec précaution un portillon ouvert dans le portail colossal et dit:

“Passe vite. La veille finit d’ici peu et nous sommes remplacés par ceux qui vont arriver.”

“Paix à vous.”

“Nous sommes des hommes de guerre…”

“Même dans la guerre la paix que je donne demeure, car c’est la paix de l’âme.”

Et Jésus s’engouffre dans l’obscurité de l’arcade ouverte dans l’épaisseur des murs. Il passe en silence devant le corps de garde qui par la porte ouverte laisse passer la lumière tremblante d’une lampe à huile, une lanterne ordinaire, suspendue à un crochet du plafond bas, qui permet de voir des corps de soldats endormis sur des nattes étendues sur le sol, enveloppés dans leurs manteaux, les armes à leurs côtés.

592.1 – Jésus est dans la ville désormais… et je le perds de vue pendant que je regarde rentrer deux des soldats de tout à l’heure qui regardent si Lui s’est éloigné avant d’entrer pour éveiller ceux qui dorment pour la relève.