“Mais pourtant il me résulte que le Sanhédrin est plus calme. On n’a pas rappelé l’ordre d’arrestation, les disciples n’ont pas été importunés. D’ici peu vont revenir ceux qui sont allés à la ville et nous serons renseignés… Te contredire: toujours. Mais t’attaquer?… Les foules t’aiment trop pour pouvoir les défier imprudemment.”

583.20 – “Allons-nous à la route, au-devant de ceux qui reviennent?” propose Jésus.

“Allons.”

Ils sortent dans le jardin et sont à moitié route quand Lazare demande:

“Mais Toi. quand as-tu mangé? Et où?”

“À prime.”

“Mais le soleil va bientôt se coucher. Rentrons.”

“Non, je n’en sens pas le besoin. Je préfère aller. Là-bas, à la grille, je vois agrippé un pauvre enfant. Il a peut-être faim. Il est déchiré et pâle. Je l’observe depuis un moment. Il était déjà là quand le char est sorti et il s’est enfui pour n’être pas vu et peut-être chassé. Puis il est revenu et il regarde avec insistance vers la maison et vers nous.”

“S’il a faim, il sera bien que j’aille prendre de la nourriture. Va devant, Maître. Je te rejoins tout de suite”

Et Lazare retourne sur ses pas en courant pendant que Jésus se hâte vers la grille.

583.21 – L’enfant, un visage souffreteux et irrégulier, où seuls brillent de beaux yeux vifs, le regarde.

Jésus lui sourit doucement et lui dit, tout en poussant le verrou:

“Qui cherches-tu, enfant?”

“Es-tu le Seigneur Jésus?”

“Je le suis.”

“Je te cherche.”

“Qui t’envoie?”

“Personne. Mais je veux te parler. Il y en a tant qui viennent te parler. Moi aussi. Tu en exauces tant. Moi aussi.”

Jésus a fait jouer la fermeture et il prie l’enfant de lâcher les barres qu’il tient de ses mains décharnées afin de pouvoir ouvrir. L’enfant s’écarte et, en le faisant, il remue son petit vêtement déteint sur son corps déformé, et on voit que c’est un pauvre enfant rachitique, avec la tête enfoncée dans les épaules à cause d’un commencement de gibbosité, aux jambes écartées par une démarche mal assurée. Vraiment un petit malheureux. Il est peut-être plus âgé que ne le fait penser sa taille, qui est celle d’un enfant de six ans environ, alors que son petit visage est déjà celui d’un homme, un peu fané, avec le menton proéminent, presque un visage de petit vieux.

Jésus se penche pour le caresser et lui dit:

“Dis-moi donc ce que tu veux. Je suis ton ami. Je suis l’ami de tous les enfants.”

Avec quelle affectueuse douceur Jésus prend dans ses mains le petit visage et le baise au front!

“Je le sais, c’est pour cela que je suis venu. Tu vois comme je suis? Je voudrais mourir pour ne plus souffrir et pour n’appartenir plus à personne… Toi, qui en as tant guéri et as ressuscité des morts, fais-moi mourir, moi que personne n’aime et qui ne pourrai jamais travailler.”

583.22 – “N’as-tu pas des parents? Es-tu orphelin?”

“Un père, oui, j’en ai. Mais il ne m’aime pas, parce que je suis ainsi. Il a chassé ma mère et lui a donné un libelle de divorce, et il m’a chassé avec elle, et ma mère est morte à cause de moi qui suis ainsi déformé.”