583 – La veille du sabbat qui précède l’entrée à Jérusalem. L’adieu aux femmes disciples. Le malheureux petit fils de Nahum
22 mars 1947
Le samedi 22 mars 1947.
583.1 – La belle salle - une de celles qui servent aux banquets, avec ses murs blancs et aussi son plafond, ses lourds rideaux blancs, et de même les tapisseries qui recouvrent les sièges, les plaques de mica ou d’albâtre qui remplacent les vitres aux fenêtres et laissent passer la lumière - elle est remplie par le babillage des femmes.
Une quinzaine de femmes qui parlent entre elles, ce n’est pas une petite affaire. Mais dès que Jésus paraît sur le seuil en déplaçant le lourd rideau, il se fait un silence absolu, alors que toutes se lèvent et s’inclinent avec le plus grand respect.
“La paix à vous toutes, dit Jésus avec un doux sourire… De la tempête de douleur qui vient juste de cesser Voir au chapitre précédent la scène douloureuse qui vient d'avoir lieu avec Judas. , il n’y a aucune trace sur son visage, qui est serein, lumineux, paisible comme si rien de pénible n’était arrivé ou sur le point d’arriver, avec une pleine conscience de sa part.
“Paix à Toi, Maître. Nous sommes venues. Tu as envoyé dire: “avec autant de femmes qu’il y en a chez Jeanne” et je t’ai obéi. Élise était chez moi. Je la garde avec moi ces jours-ci. Et chez moi se trouvait celle qui dit te suivre. Elle était venue s’informer de Toi car on n’ignore pas que je suis ta fidèle disciple. Et Valéria aussi est avec moi, dans ma maison, depuis que je suis dans mon palais. Avec Valéria, il y avait Plautina, venue lui rendre visite. Avec elles était celle-ci. Valéria t’en parlera. Plus tard est venue Annalia, avertie de ton désir, et cette jeune fille, sa parente, je crois. Nous nous sommes arrangées pour venir, et nous n’avons pas oublié Nikê. C’est si beau de se sentir sœurs dans une seule foi en Toi… d’espérer que celles qui en sont encore à un amour naturel pour le Maître, montent plus haut, comme a fait Valéria” dit Jeanne en regardant par en dessous Plautina qui… en est restée à l’amour naturel…
“Les diamants se forment lentement, Jeanne. Il faut des siècles de feu caché… Il ne faut pas être pressé, jamais… Et ne jamais se décourager, Jeanne…”
“Et quand un diamant redevient… cendre?”
“C’est signe que ce n’était pas encore un diamant parfait. Il faut encore de la patience et du feu. Recommencer encore, en espérant dans le Seigneur. Ce qui semble un échec la première fois, se change souvent en triomphe la seconde.”
583.2 – “Ou la troisième ou la quatrième, ou encore davantage. Moi, j’ai été un échec de nombreuses fois, mais finalement, tu as triomphé, Rabboni!” dit Marie de Magdala avec sa voix d’orgue du fond de la salle.
“Marie est contente chaque fois qu’elle peut s’humilier en rappelant le passé…” soupire Marthe qui le voudrait effacé du souvenir de tous les cœurs.
“C’est vrai, ma sœur, qu’il en est ainsi! Je suis contente de rappeler le passé, mais non pas pour m’humilier, comme tu dis. Pour monter encore, poussée par le souvenir du mal que j’ai commis et par la reconnaissance pour Celui qui m’a sauvée.
Et aussi afin que celui qui hésite pour lui-même, ou pour un être qui lui est cher, puisse reprendre courage et arriver à cette foi dont mon Maître dit qu’elle serait capable de déplacer les montagnes. La figure de Marie de Magdala eut une grande influence sur Maria Valtorta, bien avant les visions. Elle la découvre dès 1912, à 15 ans, lors d'une retraite à Monza. (Cf. Les Cahiers de 1943, 27 octobre, page 411. Autobiographie, page 132-133). ”
“Et tu la possèdes, heureuse que tu es! Tu ne connais pas la crainte…” dit en soupirant Jeanne.
Elle qui est, si douce et si timide, paraît l’être encore davantage si on la compare avec Marie-Madeleine.
“Je ne la connais pas. Elle n’a jamais été dans ma nature humaine. Maintenant, depuis que j’appartiens à mon Sauveur, je ne la connais même plus dans ma nature spirituelle. Tout a servi pour augmenter ma foi. Serait-il possible que quelqu’une qui est ressuscitée comme moi, et qui voit ressusciter son frère, puisse douter de rien? Non. Rien ne me fera plus douter.”
“Tant que Dieu est avec toi, c’est-à-dire que le Rabbi est avec toi…
583.3 – Mais Lui dit qu’il va nous quitter bientôt. Que sera alors notre foi? Ou plutôt votre foi, car moi, je n’ai pas encore pénétré au-delà des frontières humaines…” dit Plautina.
“Sa présence matérielle ou son absence matérielle ne blessera pas ma foi. Je ne craindrai pas. Ce n’est pas de l’orgueil de ma part. C’est la connaissance de moi-même. Si les menaces du Sanhédrin devaient se réaliser… voilà: je ne craindrai pas…”
“Mais qu’est-ce que tu ne craindras pas? Que le Juste soit juste? Cette crainte, moi aussi je ne l’aurai pas. Nous le croyons de nombreux sages dont nous goûtons la sagesse, je dirais dont nous nous nourrissons avec la vie de leur pensée, après que depuis des siècles ils sont disparus. Mais si toi,..” insiste Plautina.
“Je ne craindrai même pas à cause de sa mort. La Vie ne peut mourir. Lazare est ressuscité, lui qui était un pauvre homme…”
“Mais ce n’est pas de lui-même qu’il est ressuscité, mais parce que le Maître a rappelé son esprit d’au-delà de la tombe. Œuvre que seul le Maître peut faire. Mais qui appellera l’esprit du Maître si le Maître est tué?”
“Qui? Lui. C’est-à-dire Dieu. Dieu s’est fait de Lui-même. Dieu peut se ressusciter par Lui-même.”
“Dieu… oui… dans votre foi. Dieu s’est fait de Lui-même. C’est déjà difficile pour nous de l’admettre, pour nous qui savons que les dieux viennent l’un de l’autre, par suite d’amours entre dieux.”