“Mais avec qui vis-tu?”
“Quand ma mère est morte, les serviteurs m’ont reconduit au père, mais lui, qui s’est marié de nouveau et a de beaux enfants, m’a chassé. Il m’a donné à ses paysans, qui agissent comme leur maître pour lui plaire, et ils me font souffrir.”
“Ils te frappent?”
“Non. Mais ils ont plus soin des bêtes que de moi, et ils me méprisent, et comme je suis souvent malade je les ennuie. Je deviens de plus en plus difforme et leurs enfants me raillent et me font tomber. Personne ne m’aime. Cet hiver, quand j’ai tant toussé et qu’il me fallait des remèdes, mon père ne voulut rien dépenser et disait que ce que je pouvais faire de mieux, c’était de mourir. Depuis ce moment je t’ai attendu pour te dire: “Fais-moi mourir”.
Jésus le prend à son cou, sourd aux paroles de l’enfant qui Lui dit:
“Mes pieds sont boueux et aussi mon vêtement, car je me suis assis en route. Je vais salir ton vêtement.”
“Viens-tu de loin?”
“Des environs de la ville, car c’est là qu’habite celui qui me garde. J’ai vu passer tes apôtres. Je sais que ce sont eux, car les paysans ont dit:
“Voilà les disciples du Rabbi galiléen. Mais Lui n’y est pas”. Et je suis venu.”
“Tu es trempé, enfant. Pauvre enfant! Tu vas tomber malade de nouveau.”
“Si tu ne m’écoutes pas, qu’au moins la maladie me fasse mourir. Où m’emmènes-tu?”
“À la maison. Tu ne peux rester ainsi.”
583.23 – Jésus rentre dans le jardin avec dans ses bras l’enfant difforme. Il crie à Lazare qui arrive:
“Toi, ferme le portail. J’ai ce petit tout trempé dans les bras.”
“Mais qui est-ce, Maître?”
“Je ne sais pas. Je ne sais même pas son nom.”
“Et je ne le dis pas non plus. Je ne veux pas être connu. Je veux ce que je t’ai dit. Maman me disait: “Mon fils, mon pauvre fils, moi je meurs, mais je voudrais que tu meures avec moi, car là-bas tu ne serais plus difforme au point de souffrir dans tes os et dans ton cœur. Là, on ne raille pas ceux qui naissent malheureux, car Dieu est bon pour les innocents et les malheureux”. M’envoies-tu à Dieu?”
“L’enfant veut mourir. C’est une triste histoire…”
Lazare, qui regarde fixement le petit garçon, dit tout à coup:
“Mais n’es-tu pas le fils du fils de Nahum Nahum est l'homme de confiance du grand‑prêtre Hanne, et aussi un ennemi de Jésus, rencontré en EMV 123.6 et en EMV 537.4. Son sort misérable est décrit en EMV 630.9. ? N’est-ce pas toi qui restes assis au soleil près du sycomore qui se trouve à la limite des oliviers de Nahum, et que ton père a confié à Josias qui tient son domaine?”
“C’est moi. Mais pourquoi l’as-tu dit?”
“Pauvre enfant! Ce n’est pas pour te railler. Crois, Maître, qu’il est moins triste le sort d’un chien en Israël que celui de cet enfant. S’il ne retournait plus à la maison d’où il est venu, personne ne le chercherait. Les serviteurs comme les maîtres: des hyènes au cœur féroce. Joseph connaît bien l’histoire… Elle a fait beaucoup de bruit, mais moi, alors, j’étais tellement affligé à cause de Marie… Ensuite, après la mort de l’épouse malheureuse lui est venu chez Josias. Je le voyais en passant… Oublié sur l’aire, au soleil ou au vent, car il sut marcher très tard… et toujours bien peu. Je ne sais pas comment aujourd’hui il a pu venir jusqu’ici. Qui sait depuis combien de temps il est en route!”
“Depuis que Pierre est passé par ce lieu.”
“Et maintenant, qu’en faisons-nous?”
“Moi je ne retourne pas à la maison. Je veux mourir, m’en aller. Grâces et pitié pour moi, Seigneur!”