“Depuis quand est-elle avec toi?”

“Depuis…

583.17 – Quand l’ordre du Sanhédrin est venu, je me suis dit: “L’heure du Seigneur est venue et je dois me préparer à mourir”. Car je te l’ai demandé, Seigneur… Le te l'ai demandé, en EMV 156.5/6. Et maintenant je te le rappelle… Si tu vas au sacrifice, moi, hostie avec Toi.”

“Veux-tu encore fermement la même chose?”

“Oui, Maître. Je ne pourrais pas vivre dans un monde où tu ne serais pas… et je ne pourrais survivre à ta torture. J’ai tellement peur pour Toi! Beaucoup d’entre nous se font des illusions… Pas moi! Je sens que l’heure est venue. Il y a trop de haine… Et j’espère que tu accueilleras mon offrande. Je n’ai que ma vie à te donner, car je suis pauvre, tu le sais. Ma vie et ma pureté. C’est pour cela que j’ai persuadé à maman d’appeler sa sœur chez elle, pour qu’elle ne reste pas seule… Sarah sera sa fille à ma place, et la mère de Sarah sera pour elle un réconfort.

Ne déçois pas mon cœur, Seigneur! Le monde n’a aucun attrait pour moi. C’est pour moi une prison où beaucoup de choses me répugnent grandement. C’est peut-être parce que j’ai été au seuil de la mort, que j’ai compris comment ce qui pour beaucoup représente la joie, n’est qu’un vide qui ne rassasie pas. Il est certain que je ne désire que le sacrifice… et te précéder… pour ne pas voir la haine du monde jetée comme une arme de torture sur mon Seigneur, et pour te ressembler dans la souffrance…”

“Nous déposerons alors le lys coupé sur l’Autel où s’immole l’Agneau, et il deviendra rouge du Sang rédempteur. Et il n’y aura que les anges qui sauront que l’Amour a été le sacrificateur d’une agnelle toute blanche, et ils marqueront le nom de la première victime de l’Amour, de la première continuatrice du Christ.”

“Quand, Seigneur?”

“Tiens ta lampe prête Tiens ta lampe prête… sont des expressions tirées de la parabole racontée et illustrée en EMV 206.2/6. et reste en vêtements de noces. L’Époux est à la porte. Tu verras son triomphe et non sa mort, mais tu triompheras avec Lui en entrant dans son Royaume.”

“Ah! je suis la femme la plus heureuse d’Israël! Je suis la reine couronnée de ton diadème! Puis-je, comme telle, te demander une grâce?”

“Laquelle?”

“J’ai aimé un homme, tu le sais. Je ne l’ai plus aimé comme époux car un amour plus grand est entré en moi et lui ne m’a plus aimée, parce que… Mais je ne veux pas rappeler son passé. Je te demande de racheter ce cœur. Le puis-je? Ce n’est pas pécher que de vouloir me souvenir, alors que je suis au seuil de la Vie, de celui que j’aimais, pour lui donner la Vie éternelle, n’est-ce pas?”

“Ce n’est pas pécher. C’est porter l’amour jusqu’au terme saint du sacrifice, pour le bien de l’aimé.”

“Bénis-moi, alors. Maître. Absous-moi de tout mon péché. Prépare-moi pour les noces et pour ta venue. Car c’est Toi qui viens, mon Dieu, pour prendre ta pauvre servante et en faire ton épouse.”

La jeune fille, radieuse de joie et de santé, se penche pour baiser les pieds du Maître, pendant qu’il la bénit en priant sur elle. Et vraiment la salle, blanche, comme si elle était toute de lys, est un digne environnement pour ce rite, et s’harmonise bien avec ses deux protagonistes, jeunes, beaux, tout de blanc vêtus, dans la splendeur d’un amour angélique et divin.

583.18 – Jésus quitte la jeune fille absorbée dans sa joie et il sort doucement pour aller bénir les enfants qui, avec des cris de joie, se précipitent vers le char où ils montent joyeux avec les femmes qui s’en vont. Restent Élise et Nikê pour reconduire le jour suivant Annalia dans la ville.

Il a cessé de pleuvoir et, une fois les nuages dispersés, le ciel montre son azur, et le soleil fait descendre ses rayons pour rendre étincelantes de lumière les gouttes de pluie. Un magnifique arc-en-ciel joint par son arc Béthanie à Jérusalem. Le char s’en va en grinçant et sort par le portail. Il disparaît.

Lazare, qui est près de Jésus, au bout du portique, demande:

“T’ont-elles donné de la joie, les disciples?” et il observe le Maître.

“Non, Lazare. Sauf une, elles m’ont toutes donné leurs douleurs, et aussi des déceptions, si je pouvais me faire des illusions.”

“Les romaines, tu veux dire, t’ont déçu? T’ont-elles parlé de Pilate?”

“Non.”

“Alors, moi, je dois le faire. J’espérais qu’elles t’en parleraient. C’est pour cela que j’avais attendu. Entrons dans cette pièce solitaire. Les femmes sont allées à leurs travaux avec Marthe. Marie, de son côté, est avec ta Mère dans l’autre maison. Ta Mère a été longtemps avec Judas et maintenant l’a conduit avec elle… Assois-toi, Maître…

583.19 – J’ai été chez le Proconsul… Je l’avais promis et je l’ai fait. Mais Simon de Jonas ne serait pas très satisfait de ma mission!… Heureusement Simon n’y pense plus. Le Proconsul m’a écouté et m’a répondu ces mots: “Moi? Moi m’en occuper? Mais je n’ai pas l’ombre même de la plus lointaine pensée de le faire! Je dis seulement ceci, que ce n’est pas à cause de l’Homme — de Toi, Maître — mais à cause de tous les ennuis qui me viennent par son intermédiaire, je suis bien décidé à ne plus m’en occuper, ni en bien ni en mal. Je m’en lave les mains. Je renforcerai la garde car je ne veux pas de désordres. De cette façon, je contenterai César, mon épouse et moi-même, c’est-à-dire les seuls dont je me préoccupe d’une manière sacrée. Et pour le reste, je ne remue pas un doigt. Querelles de ces éternels mécontents. Ce sont eux qui les créent, eux qui y prennent plaisir. Moi, l’Homme, comme malfaiteur je l’ignore, comme vertueux je l’ignore, comme sage je l’ignore. Et je veux l’ignorer, continuer à l’ignorer. Pourtant, malgré mon désir, je n’y arrive que difficilement, car les chefs d’Israël m’en parlent en se lamentant, Claudia en faisant son éloge, les partisans du Galiléen en récriminant contre le Sanhédrin. Si ce n’était pas à cause de Claudia, je le ferais prendre et je le leur donnerais pour qu’ils en finissent de cette affaire et que je n’en entende plus parler. L’Homme est le sujet le plus tranquille de tout l’Empire, mais malgré cela, il m’a donné tant d’ennuis que je voudrais une solution…” Voilà son humeur, Maître…”

“Tu veux dire qu’il n’y a pas lieu de se rassurer. Avec les hommes, on n’est jamais sûr…”