“C’est vrai…
583.15 – Je serai donc seule… car mes frères Éliel et Elqana qui viennent de rencontrer Jésus. m’ont dit qu’ils voulaient être libres pendant ces jours, et Kouza…”
“Maître, je me retire. Il pleut à verse. Je vais trouver les enfants qui se sont rassemblés sous le portique” dit Valéria, qui se retire prudemment.
“Dans ton cœur aussi, il pleut bien fort, Jeanne.”
“C’est vrai, Maître. Kouza est tellement… étrange. Je ne le comprends plus. C’est une contradiction continuelle. Peut-être a-t-il des amis qui influencent sa pensée… ou bien on lui a fait quelque menace… ou bien, il craint pour son lendemain.”
“Il n’est pas le seul. Je puis même dire qu’ils sont peu nombreux et solitaires dispersés çà et là ceux qui, comme Moi, ne craignent pas le lendemain, et ils seront de moins en moins nombreux. Sois très douce et très patiente avec lui. Ce n’est qu’un homme…”
“Mais il a tant reçu de Dieu, de Toi, qu’il devrait…”
“Qu’il devrait! Oui. Mais qui n’a pas reçu de Moi en Israël? J’ai fait du bien aux amis et aux ennemis, j’ai pardonné, guéri, consolé, instruit… Tu vois, et tu verras toujours plus, comme Dieu seul est immuable, comme sont diverses les réactions des hommes, et comme souvent celui qui a le plus reçu est celui qui est le plus prompt à frapper son bienfaiteur. Vraiment on pourra dire que celui qui a mangé avec Moi mon pain a levé contre Moi son talon Cf. Psaume 40 (Hébreu 41), 10. .”
“Moi, je ne le ferai pas, Maître.”
“Toi, non. Mais beaucoup, oui.”
“Mon époux est peut-être de ceux-ci? S’il en était ainsi, je ne retournerai pas chez moi ce soir.”
“Non, il n’est pas de ceux-ci, ce soir. Mais même s’il en était, ta place est là. Car si lui pèche, toi, tu ne dois pas pécher. Si lui chancelle, tu dois le soutenir. S’il te piétine, tu dois pardonner.”
“Oh! me piétiner, non! Il m’aime, mais je le voudrais plus sûr de lui. Il peut tant sur Hérode. Je voudrais qu’il arrache au Tétrarque une promesse pour Toi, comme Claudia essaie de l’arracher à Pilate. Mais Kouza a su seulement me rapporter de vagues phrases d’Hérode… et m’assurer qu’Hérode n’a que le désir de te voir accomplir quelque prodige et qu’il ne te persécutera pas… Il espère de cette façon faire taire ses remords pour Jean. Kouza dit: “Mon roi ne cesse de dire: ‘Même si le Ciel le commandait, je ne lèverais pas la main sur Lui. J’ai trop peur’!”
“Il dit la vérité. Il ne lèvera pas la main sur Moi. Beaucoup en Israël ne le feront pas, car beaucoup ont peur de me condamner matériellement, mais ils demanderont que d’autres le fassent. Comme s’il y avait une différence aux yeux de Dieu entre celui qui frappe, pressé par la volonté du peuple, et celui qui commande de frapper.”
“Oh! mais le peuple t’aime! De grandes fêtes se préparent pour Toi. Et Pilate ne veut pas de désordre. Il a renforcé les troupes ces jours-ci. J’espère tant que… Je ne sais pas ce que j’espère, Seigneur. J’espère et désespère. Ma pensée est changeante comme ces jours où le soleil alterne avec la pluie…”
“Prie, Jeanne, et reste en paix. Ne cesse pas de penser que tu n’as jamais donné de douleur au Maître et que Lui s’en souvient. Va.”
Jeanne, qui est devenue pâle et s’est amaigrie pendant ces quelques jours, sort toute pensive.
583.16 – Et c’est le doux visage d’Annalia qui se présente.
“Avance. Ta compagne, où est-elle?”
“À côté, Seigneur. Elle veut s’en aller, elles vont partir. Marthe a compris mon désir et me garde jusqu’au coucher de soleil de demain. Sarah retourne à la maison pour dire que je reste. Elle voudrait ta bénédiction car… Mais je te parlerai ensuite.”
“Qu’elle vienne, je la bénirai.”
La jeune fille sort pour revenir avec sa compagne qui se prosterne devant le Seigneur.
“La paix soit avec toi, et que la grâce du Seigneur te conduise sur les sentiers où t’a conduite celle qui t’a précédée. Sois affectueuse pour sa mère, et bénis le Ciel qui t’a épargné les liens et les souffrances afin de t’avoir toute entière pour Lui. Un jour, plus que maintenant, tu le béniras d’être restée stérile par ta volonté. Va!”
La jeune fille s’en va toute émue.
“Tu lui as dit tout ce qu’elle espérait. Ces paroles étaient son rêve. Sarah disait toujours: “Ta destinée me plaît, bien qu’elle soit nouvelle en Israël, et je la veux moi aussi. N’ayant plus de père, et ma mère étant douce comme une colombe, je ne crains pas de ne pouvoir la suivre. Mais pour être certaine de pouvoir l’accomplir, et qu’elle soit sainte pour moi comme elle l’est pour toi, je voudrais l’entendre de sa bouche”. Maintenant tu le lui as dit, et moi aussi, je suis en paix, car je craignais parfois d’avoir exalté un cœur…”