583.12 – Pendant un moment personne n’entre, puis, ensemble, entrent Jeanne et Valéria. Elles sont angoissées, Jeanne surtout. L’autre est pâle et soupire, mais elle a plus de courage.
“Maître, Anne nous a effrayées. Tu lui as dit… Oh! mais ce n’est pas vrai! Kouza peut être indécis… calculateur. Mais ce n’est pas un menteur! Il m’assure qu’Hérode n’a aucun désir de te nuire… Je ne sais rien de Ponce…”
Et elle regarde Valéria qui se tait. Elle reprend:
“J’espérais comprendre quelque chose par Plautina, mais je n’ai pas compris grand-chose…”
“Rien, devrais-tu dire, sauf qu’elle n’a pas avancé d’un pas du point où elle était. À moi aussi, elle n’a pas parlé. Mais, si j’ai bien compris, l’indifférence romaine, toujours si forte quand un fait ne peut avoir de répercussion sur la Patrie ou sur le propre moi, a fermé fortement celles qui paraissaient disposées à se remuer autrefois. Plus encore que de m’être approchée de la synagogue, nous sépare, comme un fossé sépare deux terrains auparavant unis, cette indifférence, cette tranquillité de leur esprit, désormais… si différent du mien. Mais elles sont heureuses. À leur manière, elles sont heureuses… Et la félicité humaine n’aide pas à tenir éveillée la pensée.”
“Et à éveiller l’esprit, Valéria” dit Jésus.
“C’est ainsi, Maître. Pour moi…c’est autre chose… Tu as vu cette femme qui était avec nous? Elle est de la famille. Veuve et seule, elle m’a été envoyée par mes parents pour me persuader de retourner en Italie. Oh! beaucoup de promesses de joies pour l’avenir! Ce sont des joies que je n’apprécie plus, et qui pour ce motif ne me paraissent plus telles, et je les piétine. Je n’irai pas en Italie. Ici je t’ai Toi, et ma fillette que tu m’as sauvée, et que tu m’as appris à aimer pour son âme Ma fillette… sauvée, en EMV 155.4/5. et que tu m'as appris à aimer, en EMV 167.9. . Je ne quitterai pas ces lieux… Marcella… Je l’ai amenée avec moi pour qu’elle te voie et comprenne que je ne reste pas ici à cause d’un amour déshonorant pour un juif — pour nous, c’est déshonorant — mais parce que j’ai trouvé en Toi le réconfort dans cette souffrance d’épouse répudiée. Marcella n’est pas mauvaise: elle a souffert, elle comprend. Mais elle est pourtant encore incapable de comprendre ma nouvelle religion et elle me réprimande un peu, pensant qu’elle est chimérique… Peu importe. Si elle veut, elle viendra où je suis désormais. Sinon, je resterai ici avec Tusnilde Tusnilde, l'affranchie anonyme d'EMV 531.16 et présentée en EMV 534.1. . Je suis libre, je suis riche, je puis faire ce que je veux. Et ne faisant pas de mal, je fais ce que je veux.”
583.13 – “Et quand le Maître n’y sera plus?”
“Il restera ses disciples. Plautina, Lydia, Claudia elle-même qui, après moi, est celle qui suit de plus près ta doctrine et t’honore davantage, n’ont pas encore compris que je ne suis plus la même femme qu’elles connaissaient et croient connaître encore. Mais je suis sûre de me connaître désormais. Tellement que je dis, que si je perds beaucoup en perdant le Maître, je ne perdrai pas tout, car la foi restera et moi je veux rester où elle est née.
Je ne veux pas amener Fausta là où rien ne parle de Toi. Ici… tout parle de Toi et certainement, tu ne nous laisseras pas sans guide, nous qui avons voulu te suivre. Pourquoi ce doit être moi, la gentille, qui doive avoir ces pensées alors que plusieurs de vous, toi-même, vous êtes comme perdues en pensant au jour où le Maître ne sera plus parmi nous?”
“C’est qu’elles se sont habituées à des siècles d’immobilisme, Valéria. C’est leur idée que le Très-Haut est là, dans sa maison, au-dessus de l’autel invisible, que seul le Grand Prêtre voit dans des occasions solennelles. Cela les a aidées à venir vers Moi. Elles pouvaient finalement s’approcher du Seigneur. Mais elles tremblent de ne plus avoir ni le Très-Haut dans sa gloire, ni le Verbe du Père parmi elles. Mais il faut excuser… Et élever l’esprit, Jeanne. Je serai en vous. Rappelle-le-toi, Je m’en irai, mais je ne vous laisserai pas orphelins. Je vous laisserai ma maison: mon Église. Ma parole: la Bonne Nouvelle. Mon amour habitera dans vos cœurs. Et enfin je vous laisserai un don plus grand qui vous nourrira de Moi, et fera en sorte, non seulement spirituellement, que je sois parmi vous et en vous. Je le ferai pour vous donner le réconfort et la force.
583.14 – Mais maintenant… Anne est très affligée, à cause des enfants…”
“Elle nous en a parlé, angoissée…”
“Oui. Je lui ai dit de les garder loin des gens. Je te dis la même chose à toi, Jeanne, et à toi, Valéria.”
“J’enverrai Fausta avec Tusnilde à Béther, avant le temps fixé. Elles devaient y aller après la Fête.”
“Moi, non. Je ne me sépare pas des enfants Les enfants adoptifs Marie et Matthias. . Je les garderai à la maison, mais je dirai à Anne d’y laisser les siens. Les fils de cette femme sont de tristes sires, mais ils seront honorés de mon invitation et ils ne contrediront pas leur mère. Et moi…”
“Moi, je voudrais…”
“Quoi, Maître?”
“Que vous soyez toutes très unies en ces jours. Je garderai avec Moi la sœur de ma Mère, Salomé et Suzanne et les sœurs de Lazare. Mais je voudrais vous voir unies, très unies.”
“Mais ne pourrons-nous pas venir où tu es?”
“En ces jours, je serai comme un éclair qui brille rapidement et disparaît. Je monterai au Temple le matin et puis je quitterai la ville. En dehors de ce passage au Temple, chaque matin, vous ne pourrez me rencontrer.”
“L’an dernier, tu as été chez moi…” Cf. EMV 370.
“Cette année, je ne serai dans aucune maison. Je serai l’éclair qui passe rapidement…”
“Mais la Pâque…”
“Je désire la consommer avec mes apôtres, Jeanne. Si c’est la volonté de ton Maître, certainement il a une juste raison.”