“Et pourquoi devrais-je le faire? Je prierai pour eux. Et à eux, qui sont innocents, je vais imposer les mains pour tenir loin d’eux la haine qui tue. Venez à Moi. Toi, qui es-tu?”

“Jude, comme le père de mon père dit le plus grand des garçons, et le plus petit que sa sœur tient par la main saute et crie:

“Moi, moi, Jude!”

“Oui. Ils ont honoré le père en donnant son nom à leurs fils, mais pas en autre chose…” dit la petite vieille.

“Ses vertus ressusciteront en eux. Viens toi aussi, fillette. Sois bonne et sage comme celle qui t’a conduite ici.”

“Oh! Marie l’est! Pour ne pas être seule, je l’amènerai avec moi en Galilée.”

Jésus bénit les enfants en laissant sa main sur la tête de la fillette qui est bonne. Puis il demande:

“Et pour toi, tu ne demandes rien, Anne?”

“De retrouver mon Jude vivant et d’avoir la force de mentir, en disant que ses fils…”

“Non, pas de mensonge, jamais. Même pas pour qu’un mourant meure en paix. Tu diras à Jude: “Le Maître a dit qu’il te bénit et qu’avec toi, il bénit ton sang”. C’est son sang aussi cette enfance innocente et je l’ai bénie.”

“Mais s’il demande si nos fils…”

“Tu diras: “Le Maître a prié pour eux”. Jude reposera dans la certitude que ma prière est puissante et la vérité sera dite sans décourager le mourant. Parce que je prierai aussi pour tes fils. Va en paix, toi aussi, Anne. Quand quittes-tu la ville?”

“Le lendemain du sabbat, pour ne pas être arrêtée en route par le sabbat.”

“C’est bien. Je suis heureux que tu sois ici après le sabbat. Reste très unie à Élise et à Nikê. Va, et sois forte et fidèle.”

La femme est déjà presque à la porte quand Jésus la rappelle:

“Écoute. Tes petits-fils restent beaucoup avec toi, n’est-ce pas?”

“Toujours, pendant que je suis dans la ville.”

“Pendant ces jours… laisse-les à la maison, si tu en sors pour me suivre.”

“Pourquoi, Seigneur? Tu crains la persécution?”

“Oui. Et il est bien que l’innocence ne voie pas et n’entende pas…”

“Mais… que penses-tu qu’il arrive?”

“Va, Anne. Va.”

“Seigneur, si… s’ils devaient te faire ce que l’on dit, certainement mes fils… et alors la maison sera pire que la rue…”

“Ne pleure pas. Dieu pourvoira. Paix à toi.”

La vieille femme s’en va en larmes.