575.8 – Jésus a déjà modéré son indignation envers les deux qui, à cause d’une colère qu’avait suscitée leur amour pour lui, demandaient de punir ceux de Tersa et qui maintenant se tiennent tête basse devant Lui. Il les prend par le coude, l’un à droite, l’autre à gauche, et se remet en route en les conduisant ainsi et en parlant à tous qui s’étaient serrés autour de Lui quand il s’était arrêté.

“En vérité, je vous dis que le temps de la moisson est proche, ma première moisson, et pour beaucoup, il n’y en aura pas une seconde. Mais — louons-en le Très-Haut — certains qui dans mon temps n’ont pas su devenir épi de bon grain, après la purification du sacrifice pascal renaîtront avec une âme nouvelle. Jusqu’à ce jour, je ne m’acharnerai contre personne… Après ce sera la justice…”

“Après la Pâque?” demande Pierre.

“Non. Après le temps. Je ne parle pas de ces hommes, de maintenant. Je regarde les siècles futurs. L’homme ne cesse de se renouveler comme les moissons dans les champs, et les récoltes se suivent. Et Moi, je laisserai ce qu’il faut pour que ceux qui viendront à l’avenir puissent se faire bon grain. S’ils ne le veulent pas, à la fin du monde, mes anges sépareront l’ivraie du bon grain. Alors ce sera le Jour éternel de Dieu seul. Pour l’instant, dans le monde, c’est le jour de Dieu et de Satan. Le Premier semant le Bien, le second jetant parmi les semences de Dieu son ivraie de damnation, ses scandales, ses iniquités, ses semences qui font naître l’iniquité et les scandales. Car toujours il y aura des gens pour exciter contre Dieu, comme ici, avec ceux-ci qui, en vérité, sont moins coupables que ceux qui les poussent au mal.”

“Maître, chaque année on se purifie à la Pâque des Azymes, mais toujours on reste ce qu’on était. Est-ce que peut-être ce sera différent cette année?” demande Matthieu.

“Très différent.”

“Pourquoi? Explique-nous.”

“Demain… Demain, ou quand nous serons en route, et que Judas de Simon sera avec nous, je vous le dirai.”

“Oh! oui. Tu nous le diras et nous nous rendrons meilleurs… En attendant, pardonne-nous, Jésus” dit Jean.

“Je vous ai bien appelé par votre vrai nom Boanerguès : fils du tonnerre. Cf. EMV 330.3. . Mais le tonnerre ne fait pas de mal. La foudre, oui, peut tuer. Pourtant souvent le tonnerre annonce la foudre.

Ainsi en arrive-t-il à celui qui n’enlève pas de son esprit tout désordre contre l’amour. Aujourd’hui il demande de pouvoir punir. Demain il punit sans demander. Après-demain il punit même sans raison. Il est facile de descendre… Aussi je vous dis de vous dépouiller de toute dureté de cœur envers votre prochain. Faites comme je fais, et vous serez sûrs de ne pas vous tromper. M’avez-vous peut-être jamais vu me venger de quelqu’un qui m’afflige?”

“Non, Maître. Tu…”

575.9 – “Maître! Maître! Nous sommes ici, Élise et moi. Oh! Maître, quel souci pour Toi! Et quelle peur de mourir…” dit Judas de Kérioth en débouchant de derrière des rangs de vigne et en courant vers Jésus. Une bande lui entoure le front. Élise, plus calme, le suit.

“Tu as souffert? Tu as craint de mourir? La vie t’est-elle tellement chère?” demande Jésus en se dégageant de Judas qui l’embrasse et pleure.

“Pas la vie. Je craignais Dieu. Mourir sans ton pardon… Je ne cesse pas de t’offenser. J’offense tout le monde. Même elle… Et elle m’a répondu en me servant de mère. Je me suis senti coupable et j’ai craint la mort…”

“Oh! crainte salutaire, si elle peut te rendre saint! Mais moi, je te pardonne, toujours, tu le sais. Il suffit que tu aies la volonté de te repentir. Et toi, Élise, as-tu pardonné?”

“C’est un grand enfant déchaîné. Je sais être indulgente.”

“Tu as été courageuse, Élise. Je le sais.”

“Si elle n’avait pas été là! Je ne sais pas si je t’aurais revu. Maître!”

“Tu vois donc que ce n’est pas par haine, mais par amour qu’elle était restée près de toi… N’as-tu pas été blessée, Élise?”

“Non, Maître. Les pierres tombaient tout autour de moi sans me blesser, mais mon cœur a été très angoissé en pensant à Toi…”

“Tout est fini désormais. Suivons la femme qui veut nous conduire dans une maison sûre.”

Ils se remettent en route en prenant un petit chemin éclairé par la lune… qui s’en va vers l’orient.

575.10 – Jésus a pris l’Iscariote par le bras et il est en avant avec lui. Il lui parle doucement. Il essaie de travailler son cœur secoué par la peur passée du jugement de Dieu: “Tu vois, Judas, comme il est facile de mourir. La mort est toujours aux aguets autour de nous. Tu vois comme ce qui nous paraît une chose négligeable quand nous sommes pleins de vie devient une chose grande, effroyablement grande, quand la mort nous effleure. Mais pourquoi vouloir avoir ces peurs, se les créer pour les trouver en face de soi au moment de mourir, alors qu’avec une vie sainte, on peut ignorer l’épouvante du proche jugement de Dieu? Ne te semble-t-il pas qu’il vaut la peine de vivre en juste pour avoir une mort tranquille? Judas, mon ami, la divine, paternelle miséricorde a permis cet événement pour qu’il fût un appel à ton cœur. Il est encore temps pour toi, Judas… Pourquoi ne veux-tu pas donner à ton Maître qui va mourir la grande, la très grande joie de te savoir revenu au Bien?”

“Mais peux-tu encore me pardonner, Jésus?”