575 – Le mauvais accueil de Tersa. La dernière tentative de sauver Judas
5 mars 1947
Le mercredi 5 mars 1947.
575.1 – Tersa est tellement environnée d’oliveraies luxuriantes qu’il faut en être bien proche pour remarquer que la ville est là. Une enceinte de jardins potagers d’une fertilité merveilleuse fait pour les maisons un dernier abri contre le vent. Dans les jardins, la chicorée, les salades, les légumes, les jeunes plantes de cucurbitacées, les arbres fruitiers, les tonnelles, fondent et entrelacent leurs verts de nuances variées. Les fleurs apportent la promesse des fruits et les petits fruits promettent leurs délices. Les petites fleurs de la vigne et celles des oliviers plus précoces pleuvent, au passage d’un petit vent plutôt énergique, et saupoudrent le sol d’une neige blanche verte.
De derrière un rideau de roseaux et de saules qui ont poussé près d’un canal desséché mais au fond encore humide, en entendant le bruit des pas de ceux qui arrivent, émergent les huit apôtres envoyés en avant précédemment. Ils sont visiblement inquiets et affligés et font signe de s’arrêter. Ils courent en avant. Quand ils sont assez proches pour qu’on puisse les entendre sans qu’ils aient besoin de crier, ils disent:
“En allez-vous! En allez-vous! En arrière, dans la campagne. On ne peut entrer dans la ville. Pour un peu ils nous lapideraient. Écartez-vous, là, dans ce bosquet et nous allons parler…”
Ils poussent en arrière dans le fond du canal desséché Jésus, les trois apôtres, le garçon, les femmes, impatients de s’éloigner sans être vus, et ils disent:
“Qu’on ne nous voie pas ici. Partons! Partons!”
Inutilement Jésus, Jude et les deux fils de Zébédée cherchent à savoir ce qui est arrivé. Inutilement ils disent:
“Mais Judas de Simon? Mais Élise?”
Les huit ne veulent rien entendre. Marchant dans le fouillis des tiges et des plantes aquatiques, les pieds lacérés par les joncs, frappés au visage par les saules et les roseaux, glissant sur la vase du fond, s’accrochant aux herbes, s’appuyant aux bords, se couvrant de boue, ils s’éloignent ainsi, poussés par derrière par les huit qui marchent avec la tête presque tournée pour voir si de Tersa il sort quelqu’un à leur poursuite. Mais sur la route il n’y a que le soleil qui commence le crépuscule, et un chien maigre qui erre.
575.2 – Finalement ils sont près d’un fourré de ronces qui sert de limite à une propriété. Derrière le fourré, un champ de lin dont le vent fait onduler les hautes tiges qui commencent à sortir leurs fleurs de couleur bleu ciel.
“Là, là-dedans. En restant assis, personne ne nous verra, et à la tombée de la nuit nous partirons…” dit Pierre en essuyant sa sueur…”
“Où? demande Jude d’Alphée. Nous avons les femmes.”
“Nous irons n’importe où. Du reste les prés sont pleins de foin coupé, cela fera un lit. Pour les femmes, nous ferons des tentes avec nos manteaux et nous veillerons.”
“Oui. Il suffit de ne pas être vus et de descendre à l’aube vers le Jourdain. Tu avais raison, Maître, de ne pas vouloir la route de Samarie. Pour nous qui sommes pauvres, il vaut mieux les voleurs que les samaritains!…” dit Barthélemy encore hors d’haleine.
“Mais qu’est-il arrivé en somme? C’est Judas qui a fait quelque…” dit le Thaddée.
Thomas l’interrompt:
“Judas a reçu certainement des coups. J’en suis fâché pour Élise…”
“Tu as vu Judas?”
“Moi, non. Mais il est facile d’être prophètes. S’il s’est dit ton apôtre, certainement il a été frappé.
575.3 – Maître, ils ne veulent pas de Toi.”
“Oui, ils se sont tous révoltés contre Toi.”
“Ce sont de vrais samaritains.”
Ils parlent tous ensemble. Jésus impose le silence à tous et il dit: