“Maintenant venge-toi…”

“Ne soyez pas comme lui, ne haïssez pas” conseille Jésus.

Et il caresse le vieillard qui ne se préoccupe de rien autre que de la sauvegarde de Jésus et Jésus, pour le rassurer, lui dit:

“Lève le visage! Regarde!”

Le miracle s’accomplit. Comme là-bas, pour le brutal, les ténèbres; de même, ici, pour le juste, la lumière. Et c’est un cri différent, bienheureux, qui s’élève sous les arbres robustes:

“J’y vois! Mes yeux! La lumière! Béni sois-tu!”

Et le vieillard fixe Jésus avec des yeux qui rayonnent d’une nouvelle vie et puis il se prosterne pour baiser ses pieds.

“Allons, nous deux. Vous, vous reconduirez à Hennon ce malheureux. Et ayez pitié car Dieu l’a déjà puni. Et Dieu suffit. Que l’homme soit bon pour tout malheur.”

“Prends pour toi l’enfant, les brebis, le bois, la maison, l’argent. Mais rends-moi la vue. Je ne peux rester ainsi.”

“Je ne puis. Je te laisse tout ce par quoi tu es devenu pécheur. Je prends avec Moi l’innocent car il a déjà souffert le martyre. Que dans les ténèbres ton âme puisse s’ouvrir à la Lumière.”

574.11 – Jésus salue Lévi et Jonas, et descend rapidement avec le vieillard qui paraît rajeuni et qui, arrivé aux premières maisons, crie sa joie… Hennon toute entière est en émoi…

Jésus se fraie un passage, va trouver le pastoureau qui est près des apôtres, et lui dit:

“Viens! Partons, car on nous attend à Tersa.”

“Libre? Libre? Avec Toi? Oh! Je n’y croyais pas! Je salue Éli. Et les autres?” Le garçon est agité…

Éli l’embrasse, le bénit et lui dit:

“Et pardonne au malheureux.”

“Pourquoi? Pardonner, oui. Mais pourquoi malheureux?”

“Parce qu’il a blasphémé le Seigneur et la lumière s’est éteinte dans ses yeux. Personne de nous ne le pourra plus craindre. Il est dans les ténèbres et l’infirmité. Redoutable puissance de Dieu …!”

Le vieillard paraît un prophète inspiré, ainsi, les bras levés, tourné vers le ciel, pensant à ce qu’il a vu.

Jésus le salue et fend la petite foule agitée. Il s’en va et à sa suite s’en vont les apôtres et les femmes disciples, et Benjamin s’en va, salué par les femmes qui veulent donner au préféré du Seigneur un gage de leur affection: un fruit, une bourse, un pain, un vêtement, ce qu’elles trouvent sur place. Et lui, heureux, les salue, les remercie et leur dit:

“Toujours bonnes avec moi! Je m’en souviendrai. Je prierai pour vous. Envoyez vos fils au Seigneur. Il est beau d’être avec Lui. Il est la Vie. Adieu! Adieu …!”

574.12 – Ils ont dépassé Hennon. Ils descendent vers le Jourdain: vers la plaine de la vallée du Jourdain, vers de nouveaux événements, encore inconnus…

Mais l’enfant ne se tourne pas pour regarder. Il ne commente pas. Il ne pense pas. Il ne soupire pas. Il sourit. Il regarde Jésus, là-bas, tout en avant, vrai Berger suivi de son troupeau, du troupeau dans lequel il est maintenant lui aussi, le pauvre enfant… et à l’improviste, il chante, à gorge déployée…

Les apôtres sourient en disant:

“Le garçon est heureux.”