Les femmes sourient en disant:

“L’oiseau prisonnier a retrouvé la liberté et son nid.”

Jésus sourit, en se tournant pour le regarder, et son sourire, comme toujours, parait rendre tout plus lumineux et il l’appelle en disant:

“Viens ici, agnelet de Dieu. Je veux t’enseigner un beau chant.”

Et, suivi par les autres, il entonne le psaume:

“Le Seigneur est mon Berger. Il ne me manquera rien. Il m’a mis dans un lieu d’abondants pâturages Psaume 22 (Hébreu 23). ” et cætera. La voix très belle de Jésus se répand à travers la campagne fertile, l’emporte sur les autres, même sur les meilleures, tant elle exprime puissamment sa joie.

574.13 – “Il est heureux, ton Fils, Marie” dit Marie d’Alphée.

“Oui. Il est heureux. Il a encore quelques joies…”

“Aucun voyage n’est sans fruit. Il passe en répandant les grâces, et toujours il y a quelqu’un qui rencontre vraiment le Sauveur. Te souviens-tu de ce soir-là à Bethléem de Galilée? Jésus y sauve Abel l'innocent accusé de meurtre par les véritables meurtriers. Ceux-ci sont frappés d'une lèpre subite par Jésus (Cf. EMV 248.5/10). ” demande Marie de Magdala.

“Oui. Mais je ne voudrais pas me rappeler ces lépreux et cet aveugle…”

“Tu pardonnerais toujours. Tu es tellement bonne! Mais la justice aussi est nécessaire” observe Marie Salomé.

“Elle est nécessaire, mais heureusement pour nous que la miséricorde est plus grande” dit encore Marie de Magdala.

“Toi, tu peux le dire. Mais Marie…” répond Jeanne.

“Marie ne veut que le pardon, bien qu’elle-même n’ait pas besoin de pardon. N’est-ce pas, Marie?” dit Suzanne.

“Je ne voudrais que le pardon, oui. Cela seulement. Être mauvais doit être déjà une terrible souffrance…” Elle soupire en le disant.

“Tu pardonnerais à tous, à tous vraiment? Mais serait-ce juste de le faire? Il y a des obstinés dans le mal qui empêchent tout pardon en s’en moquant comme d’une faiblesse” dit Marthe.

“Je pardonnerais. Pour moi, je pardonnerais. Non par sottise, mais parce que je vois en toute âme un petit enfant plus ou moins bon. Comme un fils… Une mère pardonne toujours… même si elle dit: “La justice veut un juste châtiment”.

Oh! si une mère pouvait mourir pour engendrer un cœur nouveau, bon, pour le fils mauvais, croyez-vous qu’elle ne le ferait pas? Mais cela ne se peut. Il y a des cœurs qui repoussent toute aide… Et je pense qu’à eux aussi la pitié doit donner le pardon. Car il est déjà si grand le poids qu’ils ont sur le cœur: de leurs fautes, de la rigueur de Dieu… Oh! pardonnons, pardonnons aux coupables… Et plût à Dieu accueillir notre pardon absolu pour diminuer leur dette…”

“Mais pourquoi pleures-tu toujours, Marie? Même maintenant que ton Fils a une heure de joie!” se plaint Marie d’Alphée.

“Cela n’a pas été toute joie car le coupable ne s’est pas repenti. Jésus est dans une joie complète quand il peut racheter…”

Qui sait pourquoi Nikê, qui n’a jamais parlé, dit à l’improviste:

“D’ici peu, nous serons de nouveau avec Judas de Kérioth.”

Les femmes se regardent comme si cette simple phrase était une chose extraordinaire, comme si derrière elle se cachait je ne sais quelle grande chose. Mais aucune ne dit mot.

574.14 – Jésus s’est arrêté dans une très belle oliveraie. Tous s’arrêtent. Jésus bénit la nourriture et la partage et puis il la répartit.

Benjamin regarde et range ce qu’on lui a donné: vêtements trop longs ou trop larges, sandales qui ne lui vont pas, amandes encore dans leur enveloppe, les dernières noix, un petit fromage, quelques pommes ridées, un coutelas. Il est heureux de son trésor. Il veut offrir les aliments, et il plie les vêtements en disant: