“Et ton parent. Et toi, tu es son geôlier. Un de mes envoyés t’a donné, pour avoir l’enfant, l’argent que tu demandais. Toi, tu as pris l’argent et gardé l’enfant. Mon envoyé, homme de paix, n’a pas réagi. Je viens au nom de la justice.”
“Ton envoyé a dû boire l’argent. Moi, je n’ai rien eu, et je garde Benjamin. Je l’aime bien.”
“Non. Tu le hais. Ce que tu aimes, c’est le profit dont tu ne lui donnes rien. Ne mens pas. Dieu punit les menteurs.”
“Moi, je n’ai pas eu d’argent. Si tu as parlé avec mon serviteur, sache que c’est un rusé menteur. Et moi je le frapperai, puisqu’il me calomnie. Adieu!”
Il tourne le dos à Jésus et va s’éloigner.
“Attention, Alexandre, que Dieu est présent. Ne défie pas sa bonté.”
“Dieu! Est-Il par hasard chargé de protéger mes intérêts, Dieu? C’est à moi seul de sauvegarder mes intérêts, et je m’en charge.”
“Gare à toi!”
574.9 – “Mais qui es-tu, misérable galiléen? Comment te permets-tu de me faire des reproches? Moi, je ne te connais pas.”
“Tu me connais: je suis le Rabbi de Galilée, et…”
“Ah! oui! Et tu crois me faire peur? Je ne crains ni Dieu ni Belzébuth, moi, et tu veux que je te craigne, Toi? Un fou? Va, va! Laisse-moi travailler. Va-t’en, te dis-je. Ne me regarde pas. Crois-tu que tes yeux puissent me faire peur? Que veux-tu voir?”
“Tes crimes non, car je les connais tous. Tous. Même ceux que personne ne connaît. Mais je veux voir si tu ne comprends même pas que cette heure est la dernière que te donne la miséricorde de Dieu pour te repentir. Je veux voir si le remords ne se lève pas pour fendre ton cœur de pierre, si…”
L’homme, qui a sa hache dans les mains, la lance vers Jésus qui se penche rapidement. La hache fait un arc au-dessus de sa tête et va frapper un jeune chêne vert qui se trouve coupé net et tombe avec un grand bruit de feuillage et un frémissement d’ailes d’oiseaux épouvantés.
574.10 – Les trois autres, cachés à peu de distance, sortent en criant, craignant que Jésus aussi ait été frappé, et celui qui ne voit pas crie:
“Oh! y voir! Voir si Lui est réellement sans blessure! Pour cela seulement y voir, ô Dieu éternel!”
Et sourd à toutes les assurances des autres, il avance à l’aveuglette car il a perdu son bâton et il veut toucher Jésus, pour se rendre compte s’il ne saigne pas en quelque partie du corps, et il gémit:
“Un clair rayon de lumière, et puis les ténèbres. Mais voir, voir, sans ce voile qui me permet à peine de deviner les obstacles…”
“Je n’ai rien, père, touche-moi” dit Jésus en le touchant et en se faisant toucher.
Pendant ce temps les autres adressent au brutal de dures paroles et lui reprochent ses coups et ses mensonges. N’ayant plus sa hache, il sort un couteau et il s’avance pour frapper, en blasphémant Dieu, en se moquant de l’aveugle, en menaçant les autres, vraiment semblable à un fauve furieux. Mais il chancelle, s’arrête, laisse tomber le poignard, se frotte les yeux, les ouvre, les ferme, puis il pousse un cri terrifiant:
“Je n’y vois plus! À l’aide! Mes yeux… Les ténèbres… Qui me sauve?”
Les autres crient aussi, de stupeur. Et même ils se moquent de lui en disant:
“Dieu t’a entendu.”
En effet, parmi ses blasphèmes, il y avait ceci:
“Que Dieu m’aveugle si je mens et si j’ai péché, Et que je m’aveugle plutôt que d’adorer un fou nazaréen! En ce qui vous concerne, je me vengerai, et je briserai Benjamin comme cet arbuste…”
Et ils se moquent de lui en disant: