574 – En route d’Hennon à Tersa. Jésus rachète et accueille un jeune berger après avoir rendu aveugle un homme cruel, et redonné la vue à un aveugle
4 mars 1947
Le mardi 4 mars 1947.
574.1 – Hennon, une poignée de maisons, est plus haut vers le nord. C’était l’endroit où était le Baptiste: une grotte entourée d’une végétation luxuriante. À peu de distance, des sources clapotent pour former ensuite un ruisseau bien nourri d’eaux qui vont vers le Jourdain.
Jésus est assis en dehors de la grotte, là où il se trouvait quand il salua son cousin. Il est seul. L’aurore teint à peine de rouge l’orient et les bois se réveillent avec le pépiement des oiseaux qui s’éveillent. Des bêlements arrivent des bercails d’Hennon. Un braiement déchire l’air tranquille.
Un trottinement de pas sur le sentier. Il passe un troupeau de chèvres conduites par un adolescent qui s’arrête un instant, indécis, pour regarder Jésus. Puis il s’en va. Mais peu après il revient, car une chevrette s’est arrêtée là pour observer l’homme qu’elle n’avait pas l’habitude de voir en cet endroit, et qui tend sa longue main pour lui offrir une tige de marjolaine La marjolaine sauvage ou origan, vient de Palestine, importée probablement par les croisés. et caresse sa tête intelligente. Le pastoureau reste interdit. Il ne sait pas s’il doit éloigner la bête ou laisser Jésus la caresser en souriant comme s’il était content qu’elle vienne sans crainte s’accroupir à ses pieds en posant la tête sur ses genoux. Les autres chèvres aussi reviennent en arrière pour brouter l’herbe parsemée de fleurettes.
Le pastoureau demande:
“Veux-tu du lait? Je n’ai pas encore trait deux chèvres rétives qui, si elles ne sont pas repues, donnent des coups de cornes à celui qui leur presse les mamelles. Elles sont comme leur maître qui, s’il n’est pas soûl de gain, nous donne des coups de bâton.”
“Tu es serviteur berger?”
“Je suis orphelin, je suis seul et je suis serviteur. Lui m’est parent car c’est le mari de la sœur de la mère de ma mère. Et tant qu’il y eut Rachel… Mais elle est morte depuis plusieurs mois… Et je suis très malheureux… Prends-moi avec Toi! Je suis habitué à vivre de rien… Je serai ton serviteur… un peu de pain me suffit comme paiement. Ici aussi je n’ai rien… S’il me payait, je m’en irais. Mais il dit: “Voilà ton argent? Mais je le garde pour te vêtir et te nourrir”. Il me vêt!… Tu le vois? Il me nourrit!… Regarde-moi… Et cela, ce sont les coups… Voilà mon pain d’hier…”
Il montre des bleus sur ses bras et ses épaules très maigres.
“Qu’avais-tu fait?”
“Rien. Tes compagnons, les disciples je veux dire, parlaient du Royaume des Cieux, et moi, je les écoutais… C’était le sabbat. Même si je ne travaillais pas, je n’étais pas oisif parce que c’était le sabbat… Il m’a frappé brutalement, tellement que… que je ne veux plus rester avec lui. Prends-moi. Ou je vais m’enfuir… je suis venu exprès ici, ce matin. J’avais peur de parler. Mais tu es bon. Je parle.”
“Et le troupeau? Tu ne voudras pas certainement t’enfuir avec lui…”
”…Je le ramènerai au bercail… L’homme, d’ici peu, va aller au bosquet pour couper du bois… Je vais ramener le troupeau et m’enfuir. Oh! prends-moi!”
574.2 – “Mais tu sais qui je suis?”
“Tu es le Christ! Le Roi du Royaume des Cieux. Qui te suit est bienheureux dans l’autre vie. Je n’ai jamais eu de joie ici… mais, ne me repousse pas… que je l’aie là-haut…”
Il pleure prosterné aux pieds de Jésus, près de la chevrette.
“Comment me connais-tu si bien? Tu m’as peut-être entendu parler?”
“Non. Je sais, depuis hier, que tu te trouves où était le Baptiste. Mais par Hennon, quelquefois, il passe de tes disciples. Je les ai entendus. Ils s’appellent Matthias, Jean, Siméon, et ils étaient souvent ici car le Baptiste a été leur maître avant Toi. Et puis Isaac… En Isaac j’ai retrouvé père et mère. Isaac voulait même m’enlever au maître et il avait donné l’argent. Mais lui! Oui, il a pris l’argent, mais ensuite, il ne m’a pas donné, raillant ton disciple.”
“Tu sais beaucoup de choses. Mais sais-tu où je vais?”
“À Jérusalem. Mais je ne porte pas écrit sur mon visage que je suis d’Hennon Que je suis d'Hennon, autrement dit Samaritain, honni en Judée. .”
“Je vais plus loin. Je m’en vais bientôt. Je ne puis te prendre.”
“Prends-moi pour le peu de temps que tu peux.”
“Et puis?”