567.23 – Pourtant, sans te dire cela alors, je t’ai dit que je suis venu justement pour les hommes, non pour les anges EMV 69.4. . Je suis venu pour rendre aux hommes leur royauté de fils de Dieu, en leur enseignant à vivre en dieux. Dieu est exempt de luxure, ô Judas. Mais j’ai voulu vous montrer que l’homme aussi peut être exempt de luxure. Mais j’ai voulu vous montrer que l’on peut vivre comme je l’enseigne. Pour vous le montrer, j’ai dû prendre une vraie chair pour pouvoir souffrir les tentations de l’homme et dire à l’homme, après l’avoir instruit: “Faites comme Moi”.
Et tu m’as demandé si j’avais péché, étant tenté. T’en souviens-tu? Je t’ai répondu, puisque tu ne pouvais comprendre que j’eusse été tenté sans être tombé TENTATION N'EST PAS PÉCHÉ : Tenté sans tomber, expression que Maria Valtorta explique par cette note sur une copie dactylographiée : De même qu'Adam, alors innocent et plein de grâce, a été tenté, Jésus lui aussi, le second Adam, innocent et, comme Homme, plein de grâce, fut tenté, et par le même Tentateur. Mais le second Adam ne succomba pas à la tentation. Que l'on ne dise pas que c'est parce qu'il "était Dieu". Bien que Dieu, donc éternel et impassible, il est mort en croix, et cela parce qu'il était vraiment homme. En tant que vrai homme, il fut donc tenté, mais comme il refusa le péché, il ne pécha pas. , car il te semblait que la tentation ne convenait pas pour le Verbe et qu’il était impossible que l’Homme ne pèche pas, je t’ai répondu que tous peuvent être tentés, mais que ne sont pécheurs que ceux qui veulent l’être. Ton étonnement fut grand, tu ne croyais pas, au point que tu as insisté: “Tu n’as jamais péché?”
Alors tu pouvais être incrédule. Nous nous connaissions depuis peu. La Palestine est pleine de rabbis dont la doctrine qu’ils enseignent est l’antithèse de la vie qu’ils mènent. Mais maintenant tu sais que je n’ai pas péché, que je ne pèche pas. Tu le sais que la tentation, même la plus violente, tournée vers l’homme sain, viril, vivant parmi les hommes, entouré par eux et par Satan, ne me trouble pas jusqu’au péché. Mais au contraire, toute tentation, bien que de la repousser en augmentait la virulence, car le démon la rendait toujours plus violente pour me vaincre, était une plus grande victoire. Et ce n’est pas seulement pour la luxure, tourbillon qui a tourné autour de Moi sans pouvoir ébranler ni érafler ma volonté.
Il n’y a pas de péché là où on ne consent pas à la tentation, Judas. C’est déjà un péché là où, même sans consommer l’acte, on accueille la tentation et où on s’y arrête. Ce sera un péché véniel, mais c’est déjà se diriger vers le péché mortel qu’il prépare en vous, car accueillir la tentation et vous y arrêter par la pensée, suivre mentalement les phases d’un péché, c’est vous affaiblir vous-mêmes. Satan le sait, et c’est pour cela qu’il essaie des coups répétés, espérant toujours que l’un d’eux pénètre et travaille à l’intérieur… Après… il serait facile que celui qui est tenté se change en coupable.
Toi, alors, tu n’as pas compris. Tu ne pouvais comprendre. Maintenant, tu le peux. Maintenant, tu mérites moins qu’alors de comprendre, et pourtant je te répète ces paroles que j’ai dites à toi, pour toi, parce que toi, et non pas Moi, es quelqu’un pour qui la tentation repoussée ne s’apaise pas… Elle ne s’apaise pas parce que tu ne la repousses pas totalement. Tu n’accomplis pas l’acte, mais tu en couves la pensée. Aujourd’hui ainsi, et demain… Demain tu tomberas dans le vrai péché. C’est pour cela que je t’ai enseigné, alors, de demander l’aide du Père contre la tentation, je t’ai enseigné à demander au Père de ne pas t’induire en tentation. Moi, le Fils de Dieu, Moi, déjà victorieux de Satan, j’ai demandé de l’aide au Père parce que je suis humble. Toi, non. Tu n’as pas demandé au Père le salut, la préservation. Tu es orgueilleux, et c’est pour cela que tu t’enfonces…
567.24 – Te souviens-tu de tout cela? Et peux-tu maintenant comprendre ce que c’est pour Moi, vrai Homme, avec toutes les réactions de l’homme, et vrai Dieu, avec toutes les réactions de Dieu, ce que c’est pour Moi de te voir ainsi: luxurieux, menteur, voleur, traître, homicide?
Sais-tu quel effort je m’impose pour te supporter près de Moi? Sais-tu quelle peine pour me maîtriser, comme maintenant, pour accomplir jusqu’au bout ma mission sur toi? Tout autre homme t’aurait saisi à la gorge, en te voyant voleur, occupé à crocheter et à prendre l’argent, en te sachant traître, et plus que traître… Moi, je t’ai parlé. Avec pitié, encore. Regarde. Ce n’est pas l’été et par la fenêtre entre la brise fraîche du soir. Et pourtant je sue comme si j’avais fatigué dans le plus rude travail. Mais ne te rends-tu pas compte de ce que tu me coûtes? De ce que tu es? Tu veux que je te chasse? Non, jamais. Quand quelqu’un se noie, est un assassin celui qui le laisse aller. Tu es entre deux forces qui t’attirent. Satan et Moi. Mais si je te laisse, tu n’auras que lui seul. Et comment te sauveras-tu? Et pourtant tu me quitteras… Tu m’as déjà quitté par ton esprit… Eh bien: je garde auprès de Moi, malgré cela, la chrysalide de Judas, ton corps dénué de la volonté de m’aimer, ton corps inerte au Bien. Je la garde tant que tu n’exiges pas aussi ce rien qu’est ta dépouille afin de la réunir à ton esprit pour pécher avec tout toi-même.
567.25 – Judas!… Tu ne me parles pas, ô Judas!? Tu n’as pas un mot pour ton Maître? Tu n’a pas une prière à me faire? Je n’exige pas que tu me dises: “Pardon!” Je t’ai pardonné trop de fois sans résultat. Je sais que cette parole n’est qu’un son sur tes lèvres. Ce n’est pas un mouvement de l’esprit contrit. Je voudrais un mouvement de ton cœur. Es-tu mort au point de n’avoir plus un désir? Parle! As-tu peur de Moi? Oh! si tu me craignais! Cela au moins! Mais tu ne me crains pas. Si tu me craignais, je te dirais les paroles que je t’ai dites en ce jour lointain où nous parlions de tentations et de péchés EMV 69.2. : “Moi je te dis que même après le Crime des crimes, si celui qui en est coupable courait aux pieds de Dieu, avec un vrai repentir, et si en pleurant il le suppliait de le lui pardonner en s’offrant pour expier avec confiance, sans désespoir, Dieu le lui pardonnerait, et par l’expiation le coupable sauverait encore son esprit”. Judas! Si tu ne me crains pas, Moi, je t’aime encore. À mon amour infini, n’as-tu rien à demander à cette heure?”
“Non. Ou du moins une seule chose: que tu imposes à Jean de ne pas parler. Comment veux-tu que je puisse réparer si je suis l’opprobre parmi vous?”
Il le dit avec hauteur. Et Jésus lui répond:
“Et c’est ainsi que tu le dis? Jean ne parlera pas. Mais toi au moins, c’est Moi qui te le demande, agis de façon que rien ne transparaisse de ta ruine.
567.26 – Ramasse ces pièces et remets-les dans la bourse de Jeanne… Je m’arrangerai pour fermer le coffre… avec le fer dont tu t’es servi pour l’ouvrir…”
Et pendant que de mauvaise grâce Judas ramasse les pièces qui ont roulé de tous côtés, Jésus s’appuie comme s’il était las au coffre ouvert. La lumière baisse dans la pièce, mais pas assez pour ne pas laisser voir que Jésus pleure sans bruit, en regardant l’apôtre penché pour ratisser les pièces dispersées.
Judas a fini. Il va au coffre, il prend la grosse et lourde bourse de Jeanne et y met les pièces, la ferme, et dit:
“Voilà!”
Il s’écarte.
Jésus allonge la main pour prendre le crochet rudimentaire fabriqué par Judas et, d’une main qui tremble, il fait agir le déclic et ferme le coffre fort. Puis, appuyant le fer contre son genou, il le plie en V, puis avec le pied il finit de le déformer pour le rendre inutilisable et il le ramasse pour le cacher dans son sein. Pendant qu’il le fait, des larmes tombent sur son vêtement de lin.
Judas a finalement un mouvement de regret. Il se couvre le visage de ses mains et il éclate en sanglots en disant:
“Maudit que je suis! Je suis l’opprobre de la Terre!”
“Tu es le malheureux éternel! Et penser que si tu voulais, tu pourrais encore être heureux!”
“Jure-moi, jure-moi que personne ne saura rien… et moi, je te jure que je me rachèterai” crie Judas.
“Ne dis pas: “et moi, je me rachèterai”. Tu ne peux pas. Moi seul puis te racheter. Celui qui auparavant parlait par tes lèvres ne peut être vaincu que par Moi. Dis-moi la parole de l’humilité: “Seigneur, sauve-moi!” et je te délivrerai de celui qui te domine. Ne comprends-tu pas que je l’attends cette parole, plus que le baiser de ma Mère?”
Judas pleure, pleure, mais il ne dit pas cette parole.
“Va! Sors d’ici, monte sur la terrasse. Va où tu veux, mais ne fais pas de scène bruyante. Va! Va! Personne ne te découvrira car je veillerai. À partir de demain, tu garderas l’argent. Tout est inutile désormais.”
Judas sort sans répliquer. Jésus, resté seul, s’abandonne sur un siège près de la table et la tête appuyée sur ses bras croisés sur la table, il verse des pleurs angoissés.