Or, puisque je suis Un avec le Père et l’Esprit-Saint, l’accusation que tu as faite contre Moi, c’est contre le Dieu Un et Trin que tu l’as faite. Contre ce Dieu-Père qui t’a créé par amour, contre ce Dieu-Fils qui s’est incarné pour te sauver par amour, contre ce Dieu-Esprit qui t’a parlé tant de fois pour te donner de bons désirs, par amour. Contre ce Dieu Un et Trin, qui t’a tant aimé, qui t’a amené sur mon chemin, en te rendant aveugle au monde pour te donner le temps de me voir, sourd au monde pour te donner la possibilité de m’entendre.
Et toi!… Et toi!… Après m’avoir vu et entendu, après être venu librement au Bien, te rendant compte par ton intelligence que c’était l’unique chemin de la vraie gloire, tu as repoussé le Bien et tu t’es donné librement au Mal. Mais si tu l’as voulu par ton libre arbitre, si tu as toujours plus rudement repoussé ma main qui s’offrait à toi pour te tirer hors du gouffre, si tu t’es toujours plus éloigné du port pour t’enfoncer dans la mer furieuse des passions, du Mal, peux-tu me dire, à Moi, à Celui de qui je procède, à Celui qui m’a formé comme Homme pour essayer de te sauver, peux-tu dire que nous t’avons haï?
Tu m’as reproché de vouloir ton mal… Même l’enfant malade reproche au médecin et à sa mère les remèdes amers qu’ils lui font boire et les choses agréables qu’ils lui refusent pour son bien. Satan t’a rendu tellement aveugle et fou, que tu ne comprends plus la vraie nature des précautions que j’ai prises en ta faveur et que tu puisses arriver à appeler malveillance, désir de te ruiner, ce qui était un soin prévoyant de ton Maître, de ton Sauveur, de ton Ami pour te guérir? Je t’ai gardé près de Moi… Je t’ai enlevé l’argent des mains.
Je t’ai empêché de toucher ce métal maudit qui te rend fou… Mais tu ne sais pas, mais tu ne te rends pas compte que c’est comme un de ces breuvages magiques qui éveillent une soif inextinguible, qui produisent dans le sang une ardeur, une fureur qui mène à la mort?
Toi, je lis ta pensée, tu me reproches: “Et alors, pourquoi pendant si longtemps m’as-tu laissé être celui qui était chargé de l’argent?” Pourquoi? Parce que si je t’avais empêché plus tôt de toucher l’argent, tu te serais vendu plus tôt et tu aurais volé plus tôt. Tu t’es vendu quand même, parce que tu pouvais voler peu de choses… Mais Moi, je devais essayer de l’empêcher sans violenter ta liberté. L’or est ta ruine.
567.18 – À cause de l’or tu es devenu luxurieux et traître…”
“Voilà! Tu as cru aux paroles de Samuel! Je ne suis pas…”
Jésus, dont la parole s’était animée de plus en plus, mais sans jamais prendre un ton violent ou annonciateur de châtiment, pousse un cri imprévu de domination, je dirais de fureur. Il darde son regard sur le visage que Judas a levé pour dire cette parole et il lui impose un “Tais-toi!” qui semble l’éclat de la foudre.
Judas retombe sur ses talons et n’ouvre plus la bouche.
Un silence pendant lequel avec un effort visible Jésus redonne à son humanité une attitude tranquille, une maîtrise si puissante qu’elle témoigne à elle seule du divin qui est en Lui. Il recommence à parler de sa voix habituelle, chaude, douce même quand elle est sévère, persuasive, conquérante… Il n’y a que les démons qui puissent résister à cette voix.
“Je n’ai pas besoin que Samuel ou n’importe qui parle pour connaître tes actions. Mais, ô malheureux! Sais-tu devant qui tu te trouves? C’est vrai! Tu dis que tu ne comprends plus mes paraboles. Tu ne comprends plus mes paroles. Pauvre malheureux! Tu ne te comprends même plus toi-même. Tu ne comprends même plus le bien et le mal. Satan à qui tu t’es donné de multiples façons, Satan que tu as suivi dans toutes les tentations qu’il te présentait, t’a rendu imbécile. Mais pourtant, autrefois, tu me comprenais! Tu croyais que je suis Celui que je suis! Et ce souvenir n’est pas éteint en toi. Et tu peux croire que le Fils de Dieu, que Dieu a besoin des paroles d’un homme pour connaître la pensée et les actions d’un autre homme? Tu n’es pas encore perverti au point de ne pas croire que je suis Dieu, et c’est en cela que réside ta faute la plus grande.
Car, que tu me crois tel, le prouve la peur que tu as de ma colère. Tu sens que tu ne luttes pas contre un homme, mais contre Dieu-même, et tu trembles. Tu trembles parce que, Caïn, tu ne peux voir Dieu et te le représenter autrement que comme Celui qui se venge Lui-même et qui venge les innocents. Tu as peur qu’il arrive pour toi comme à Coré, Datân et Abiron (Abiram) et à leurs partisans Qorah, Abiram et Dâtan se révoltèrent contre Moïse. Ils furent engloutis par la terre (Nombres 16,19-33). .
Et pourtant, sachant qui je suis, tu luttes contre Moi. Je devrais te dire: “Maudit!” Mais je ne serais plus le Sauveur…
567.19 – Tu voudrais que Moi, je te chasse. Tu fais tout, dis-tu, pour y arriver. Cette raison ne justifie pas tes actions, car tu n’as pas besoin de pécher pour te séparer de Moi. Tu peux le faire, te dis-je. Je te le dis depuis Nobé, quand tu es revenu vers Moi dans une pure matinée, souillé par le mensonge et l’impureté, comme si tu étais sorti de l’enfer pour tomber dans la fange des porcs, ou sur la litière de guenons libidineuses Cf. EMV 511. . J’ai dû faire effort sur Moi-même pour ne pas te repousser avec le bout de la sandale comme un chiffon dégoûtant et pour arrêter la nausée qui me bouleversait non seulement l’esprit, mais aussi les entrailles. Je te l’ai toujours dit, même avant de te recevoir, même avant de venir ici. Alors, c’est vraiment pour toi, pour toi seul, que j’ai fait ce discours. Mais tu as toujours voulu rester. Pour ta ruine. Toi! Ma plus grande douleur!
Mais voilà que tu penses et que tu dis, ô hérétique, chef de file de beaucoup qui viendront, que je suis au-dessus de la douleur.
Non. Je ne suis au-dessus que du péché, que de l’ignorance: au-dessus du péché puisque je suis Dieu, au-dessus de l’ignorance car il ne peut y avoir d’ignorance dans une âme qui n’est pas blessée par la Faute d’Origine. Mais je te parle comme Homme, comme l’Homme, comme l’Adam Rédempteur venu pour réparer la Faute d’Adam pécheur, et pour montrer ce qu’aurait été l’homme s’il était resté dans l’état où il fut créé: innocent. Parmi les dons de Dieu à cet Adam n’y avait-il pas peut-être une intelligence intacte et une science très grande, puisque l’union avec Dieu versait les lumières du Père tout Puissant dans son fils béni? Moi, nouvel Adam, je suis au-dessus du péché par ma propre volonté…
567.20 – Un jour, dans un temps lointain, tu t’es étonné que j’ai été tenté, et tu m’as demandé si je n’avais jamais cédé EMV 69.5. . Tu t’en souviens? Et je t’ai répondu… Oui, comme je pouvais te répondre…
Car toi, dès ce moment, tu étais ainsi… un homme tellement déchu, qu’il était inutile de te mettre sous les yeux les perles très précieuses des vertus du Christ. Tu n’en aurais pas compris la valeur et… tu les aurais prises pour… des cailloux, tant leur grandeur était exceptionnelle. Dans le désert aussi, je t’ai répondu en te répétant les paroles EMV 80. , le sens des paroles que je t’avais dites en allant vers le Gethsémani. Si cela avait été Jean ou même Simon le Zélote à me répéter cette question, j’aurais répondu d’une autre manière, car Jean est un pur et il ne l’aurait pas faite avec la malice avec laquelle tu la faisais, plein de malice comme tu l’étais… et parce que Simon est un vieux sage et, sans ignorer la vie comme Jean, il est arrivé à une sagesse qui sait contempler tout événement sans en être troublé dans son moi. Mais eux ne m’ont pas demandé si je n’avais jamais cédé aux tentations, à la tentation la plus commune, à cette tentation. Car dans la pureté intacte du premier, il n’y a pas de souvenirs de luxure, et dans l’esprit méditatif du second, il y a une si grande lumière pour voir resplendir la pureté en Moi
Tu as demandé… et je t’ai répondu, comme je pouvais. Avec cette prudence qui ne doit jamais se séparer de la sincérité, l’une et l’autre, saintes aux yeux de Dieu. Cette prudence qui est comme le triple voile tendu entre le Saint et le peuple, tendu pour cacher le secret du Roi Le secret du Roi, comme en Tobie 12, 7. . Cette prudence qui règle les paroles selon le sujet qui les entend, selon sa capacité intellective de comprendre, sa pureté spirituelle et sa justice. Car certaines vérités, dites à des gens souillés, deviennent pour eux objet de risée, non de vénération…
567.21 – Je ne sais si tu te souviens de toutes ces paroles. Moi je m’en souviens, et je te les répète ici, en cette heure où toi et Moi sommes tous les deux sur le bord de l’Abîme. Parce que… Mais il n’est pas besoin de dire cela. Je l’ai dit dans le désert EMV 80. en réponse au “pourquoi” que ma première explication n’avait pas apaisé: “Le Maître ne s’est jamais senti supérieur à l’homme pour être le ‘Messie’. Au contraire, sachant qu’il était l’Homme, il a voulu l’être en tout sauf pour le péché. Pour être maître, il faut avoir été élève. Moi, je savais tout comme Dieu. Mon intelligence divine pouvait me faire comprendre même les luttes de l’homme, par puissance intellective et intellectuellement.
Mais un jour quelqu’un de mes pauvres amis aurait pu me dire: ‘Tu ne sais pas ce que cela veut dire d’être homme et d’avoir les sens et les passions’. Le reproche aurait été juste. Je suis venu ici pour me préparer non seulement à la mission, mais aussi à la tentation, à la tentation satanique, car l’homme n’aurait pas pu avoir de pouvoir sur Moi. Satan est venu à la fin de mon union solitaire avec Dieu, et j’ai senti que j’étais l’Homme avec une vraie chair sujette aux faiblesses de la chair: la faim, la lassitude, la soif, le froid. J’ai senti la matière avec ses exigences, le moral avec ses passions. Et si par ma volonté, j’ai dompté dès leur naissance toutes les passions qui ne sont pas bonnes, j’ai laissé croître les saintes passions”. Te souviens-tu de ces paroles?
Et j’ai dit encore, la première fois, à toi, à toi seul: “La vie est un don saint et alors elle doit être aimée saintement. La vie est un moyen qui sert à la fin, qui est l’éternité”. J’ai dit: “Donnons alors à la vie ce qui lui sert pour durer et pour servir l’esprit dans sa conquête: continence de la chair dans ses appétits, continence de l’esprit dans ses désirs, continence du cœur dans toutes les passions qui appartiennent à l’humain, et élan sans limites vers les passions du Ciel: amour pour Dieu et le prochain, volonté de servir Dieu et le prochain, obéissance à la voix de Dieu, héroïsme dans le bien et dans la vertu”.
567.22 – Et tu m’as dit, alors, que Moi je le pouvais parce que j’étais saint, mais que toi tu ne le pouvais pas, parce que tu étais un homme jeune, plein de vitalité. Comme si la jeunesse et la vigueur étaient une excuse pour le vice, comme s’il n’y avait que les vieux ou les malades, par suite de l’âge ou de la faiblesse, impuissants pour ce que tu pensais, brûlé comme tu l’es par la luxure, qui fussent soustraits aux tentations des sens! J’aurais pu te répliquer tant de choses, alors. Mais tu n’étais pas en état de les comprendre. Tu ne l’es même pas maintenant, mais au moins maintenant tu ne peux sourire de ton sourire incrédule si Moi je te dis que l’homme sain peut être chaste, s’il n’accueille pas de lui-même les séductions du démon et des sens.
La chasteté est une affection spirituelle, c’est un mouvement qui se répercute sur la chair et l’envahit toute entière, l’élève, la parfume, la préserve. Celui qui est saturé de chasteté n’a pas de place pour les autres mouvements qui ne sont pas bons. La corruption n’entre pas en lui. Il n’y a pas de place pour elle. Et puis, la corruption n’entre pas du dehors.
Ce n’est pas un mouvement de pénétration de l’extérieur dans l’intérieur. Mais c’est un mouvement qui de l’intérieur, du cœur, de la pensée, sort pour pénétrer et envahir l’enveloppe: la chair. C’est pour cela que j’ai dit que c’est du cœur que sort la corruption J'ai dit en EMV 301.5. sous toutes ses formes Matthieu 15,18 | Marc 7,21. . Tout adultère, toute luxure, tout péché sensuel, il n’en est pas dont l’origine soit à l’extérieur, mais il vient de l’activité de la pensée qui, corrompue, revêt d’un aspect excitant tout ce qu’elle voit. Tous les hommes ont des yeux pour voir. Et comment arrive-t-il alors qu’une femme qui laisse indifférents dix hommes qui la regardent comme une créature semblable à eux, qui la voient même comme une belle œuvre de la Création, mais sans pour cela sentir se soulever en eux des attraits et des imaginations obscènes, trouble-t-elle le onzième homme et l’amène-t-elle à des désirs indignes? C’est que ce onzième a corrompu son cœur et sa pensée et où dix voient une sœur, lui voit une femelle.