“Aucune place de Jérusalem, qui soit une place d’honneur, n’est indiquée pour diminuer l’orgueil et tout autre défaut, dit Jeanne en soupirant. Et elle ajoute: Ni non plus toute autre place d’honneur que ce soit à Jéricho ou à Césarée de Philippe, à Tibériade comme à l’autre Césarée…”

Et elle coud rapidement en penchant son visage sur son travail plus qu’il n’est nécessaire.

“Marie de Lazare a de l’autorité, mais elle n’a pas d’orgueil” observe Nikê.

“Maintenant. Mais avant elle était très fière, à l’opposé de ses parents qui ne furent jamais ainsi” répond Jeanne.

“Quand vont-elles venir?” demande Marie Salomé.

“Bientôt, si nous devons partir d’ici trois jours.”

“Travaillons rapidement, alors. Nous avons à peine le temps de tout finir” dit Marie d’Alphée pour les faire presser.

567.5 – “On a tardé de venir à cause de Lazare. Mais ce fut bien, car beaucoup de fatigue a été épargnée à Marie” dit Suzanne.

“Mais te sens-tu capable de faire tant de chemin? Tu es si pâle et si lasse, Marie!” demande Marie d’Alphée en mettant sa main sur les genoux de Marie et en la regardant avec peine.

“Je ne suis pas malade, Marie, et certainement je puis marcher.”

“Malade non, mais si affligée, Mère. Je donnerais dix et dix ans de ma vie, j’embrasserais toutes les douleurs pour te revoir comme je t’ai vue la première fois” dit Jean qui la regarde avec pitié.

“Mais ton amour est déjà un remède, Jean. Je sens mon cœur se calmer en voyant comme vous aimez mon Fils. Car il n’y a pas d’autre cause de ma souffrance, pas d’autre que de voir qu’il n’est pas aimé. Ici, près de Lui, et parmi vous, si fidèles, je refleuris déjà. Mais certainement… ces derniers mois… seule à Nazareth… après l’avoir vu partir déjà si tourmenté, déjà si persécuté… et entendant toutes ces rumeurs… Oh! Quelle douleur! Mais, près de Lui, je vois, je dis: “Au moins mon Jésus a sa Maman qui le console, qui Lui dit des paroles qui couvrent d’autres paroles” et je vois aussi que tout amour n’est pas mort en Israël. Et j’ai la paix, un peu de paix. Pas beaucoup… car…”

Marie n’en dit pas davantage. Elle baisse son visage qu’elle avait levé pour parler à Jean, et on ne voit plus que le haut de son front que fait rougir une émotion muette… et puis deux larmes brillent sur le vêtement sombre qu’elle reprise.

Jésus soupire et se lève de sa place pour aller s’asseoir à ses pieds devant elle. Là, il abandonne sa tête sur les genoux de Marie, il baise la main qui tient l’étoffe et reste ainsi ensuite, comme un enfant qui se repose. Marie enlève l’aiguille de l’étoffe pour ne pas blesser son Fils, puis elle met sa main droite sur la tête de Jésus penchée sur ses genoux et elle lève son visage en regardant le ciel. Elle prie certainement bien que ses lèvres ne remuent pas; toute son attitude dit qu’elle prie. Puis elle se penche pour baiser son Fils sur les cheveux, près des tempes découvertes.

567.6 – Les autres ne parlent pas jusqu’au moment où Marie Salomé dit:

“Mais comme il tarde Judas! Le soleil va se coucher! Et je n’y verrai pas bien!”

“Peut-être quelqu’un l’a arrêté, répond Jean et il demande à sa mère: Veux-tu que j’aille lui dire de se hâter?”

“Tu ferais bien. Car s’il ne trouve pas l’étoffe pareille, je vais raccourcir les manches, d’autant plus que l’été arrive, et pour l’automne je te préparerai un autre vêtement car celui-là ne peut plus aller, et avec le morceau enlevé, je t’arrangerai ici. Pour aller à la pêche il sera encore bon, car certainement, après la Pentecôte, vous reviendrez en Galilée.”

“Alors, j’y vais, dit Jean, et toujours aimable, il demande aux autres femmes: Avez-vous des vêtements déjà prêts, que je puisse emporter dans nos maisons? Si oui, donnez-les-moi, vous serez moins chargées pour revenir.”

Les femmes rassemblent ce qu’elles ont déjà réparé et le donnent à Jean qui se tourne pour s’en aller.

567.7 – Mais il s’arrête tout à coup en voyant arriver en courant Marie de Jacob.

La bonne petite vieille marche péniblement et s’empresse autant que le lui le permettent ses nombreuses années et elle crie à Jean:

“Le Maître est-il ici?”

“Oui, mère. Que veux-tu?”

La femme répond en continuant de courir: