“Oh! pour cela! Ce ne sera pas une pauvre femme qui comblera les vides! Les roses sont bien parmi les épines et dans les jardins clos. Je lui sers de mère et je le lui ai imposé.”

“Alors, pour la Pâque, elle n’y sera pas?”

“Elle n’y sera pas.”

“Et de deux!” s’écrie Pierre.

“Que dis-tu? Qui: les deux?” demande Judas toujours soupçonneux.

“Rien, rien! Un calcul. On peut compter tant de choses, n’est-ce pas? Même les… mouches par exemple, qui se posent sur mon agneau dépouillé.”

Rentre Marie de Jacob, suivie de Samuel et de Jean qui portent les pains défournés. Élise salue la femme et de même Nikê. Et Élise a une douce parole pour mettre tout de suite la femme à son aise:

“Tu es entre sœurs, dans la douleur, Marie. Je suis seule car j’ai perdu mon époux et mes fils, et elle est veuve. Nous nous aimerons donc car seul comprend celui qui a pleuré.”

566.13 – Mais pendant ce temps Pierre dit à Jean:

“Comment donc es-tu ici? Et le Maître?”

“Sur le char, avec sa Mère.”

“Et tu ne le disais pas?”

“Tu ne m’en as pas donné le temps. Elles y sont toutes, mais vous verrez comme est changée Marie de Nazareth! Elle semble vieillie de plusieurs lustres. Lazare disait qu’elle avait été très angoissée quand on lui a dit que Jésus était réfugié ici.”

“Pourquoi le lui a-t-il dit, cet imbécile? Avant de mourir, il était intelligent. Mais peut-être que dans le tombeau son cerveau s’est écrabouillé et ne s’est pas reconstruit. On ne reste pas mort impunément!…” dit Judas de Kérioth, ironique et méprisant.

“Rien de cela. Pour parler, attends de savoir. Lazare de Béthanie l’a dit à Marie quand déjà ils étaient en route car elle s’étonnait de voir Lazare prendre cette route” dit sévèrement Samuel.

“Oui. À son premier passage à Nazareth, il dit seulement: “Je te conduirai chez ton Fils d’ici un mois”. Et il ne lui a même pas dit: “Nous allons à Éphraïm” au moment de partir, mais…” dit Jean.

“Tout le monde le sait que Jésus est ici. Elle seule ne le savait pas?” demande toujours impoliment Judas en interrompant son compagnon.

“Marie le savait. Elle l’avait entendu dire, mais comme un fleuve de toutes sortes de mensonges coulait en charriant de la boue à travers la Palestine, elle n’accueillait comme vraie aucune nouvelle. Elle se consumait en silence, dans la prière. Mais une fois qu’ils furent en voyage, Lazare ayant pris le chemin qui longe le fleuve pour désorienter les nazaréens et tous ceux de Cana, Sephoris, Bethléem de Galilée…”

“Ah! il y a aussi Noémi avec Myrta et Auréa?” demande Thomas.

“Non, elles en ont eu l’interdiction de la part de Jésus. C’est Isaac qui a apporté cet ordre quand il est revenu en Galilée.”

“Alors… ces femmes aussi ne seront pas avec nous comme l’an passé.”

“Elles ne seront pas avec nous.”

“Et trois!”

“Ni non plus nos femmes et nos filles. Le Maître le leur a dit avant de quitter la Galilée, ou plutôt il l’a répété. Car ma fille Marianne m’a dit que Jésus l’avait dit dès la dernière Pâque.”

“Mais… très bien! Il y a au moins Jeanne? Salomé? Marie d’Alphée?”