566 – À Éphraïm, le jour de l’arrivée de Marie avec Lazare et les femmes disciples. Le caractère de Pilate
12 février 1947
Le mercredi 12 février 1947.
566.1 – Dans la maison de Marie de Jacob ils sont déjà levés, bien que ce soit juste le point du jour. Je dirais que c’est un jour de sabbat car je vois que sont aussi présents les apôtres qui habituellement sont en mission. On fait de grands préparatifs de feu et d’eau chaude, et on aide Marie à tamiser la farine et à pétrir pour faire du pain. La petite vieille est très agitée, d’une agitation de fillette, et tout en travaillant activement, elle demande à l’un ou l’autre:
“Est-ce vraiment pour aujourd’hui? Et les autres pièces sont-elles prêtes? Êtes-vous sûrs qu’elles ne sont pas plus de sept?”
Lui répond pour tous Pierre qui est en train de dépouiller un agneau pour le préparer à la cuisson:
“Elles devaient être ici avant le sabbat, mais peut-être les femmes n’étaient pas encore prêtes et ont ainsi pris du retard. Mais aujourd’hui elles vont certainement venir. Ah! j’en suis heureux! Le Maître est sorti? Peut-être est-il allé à leur rencontre…”
“Oui, il est sorti avec Jean et Samuel pour aller vers la route de la Samarie centrale” répond Barthélemy qui sort avec un broc rempli d’eau bouillante.
“Alors on peut être certains qu’elles arrivent. Lui sait toujours tout” professe André.
“Je voudrais savoir pourquoi tu ris ainsi? Qu’est-ce qu’il y a de risible dans ce que dit mon frère?” demande Pierre qui a remarqué le petit rire de Judas inoccupé dans son coin.
“Ce n’est pas ton frère qui me fait rire. Vous êtes tous heureux et je puis l’être moi-aussi, et rire même sans raison. Judas s'est fait espion pour le compte du Temple et pense sans doute que Jésus ne sait pas cela, ce qui est faux. ”
Pierre le regarde en montrant ce qu’il en pense, mais retourne s’occuper de son travail.
“Voilà! J’ai réussi à trouver une branche fleurie. Ce n’est pas, comme je le voulais, d’un amandier. Mais elle, quand l’amandier est défleuri, prend d’autres branches, et elle se contentera de la mienne” dit le Thaddée qui rentre, dégouttant de rosée comme s’il avait été dans les bois et avec une brassée de branches fleuries. Un miracle de blancheur humide de rosée qui paraît éclairer et embellir la cuisine.
“Oh! Elles sont belles! Où les as-tu trouvées?”
“Chez Noémi. Je savais que son verger est tardif à cause de la tramontane qui le retarde, et je suis monté là-haut.”
“C’est pour cela que tu ressembles aussi à un arbre du bois. Les gouttes de rosées brillent dans tes cheveux et ont trempé tes vêtements.”
“Le sentier était humide comme s’il avait plu. Ce sont déjà les rosées abondantes des plus beaux mois.”
Le Thaddée s’en va avec ses fleurs et après un moment appelle son frère pour qu’il l’aide à disposer les fleurs.
“Je viens, moi. Je m’y connais. Femme, n’as-tu pas quelque amphore au col élancé, si possible en terre rouge?” dit Thomas.
“J’ai ce que tu cherches et aussi d’autres vases… Ceux qui servaient les jours de fêtes… pour les noces de mes enfants ou autre grand motif. Si tu attends que je mette ces fouaces au four, un instant, je viens t’ouvrir le coffre où sont les choses les plus belles… Ah! il y en a peu désormais, après tant de malheurs! Mais j’en ai gardé quelques-unes pour… me rappeler… et souffrir, car si ce sont aussi des souvenirs joyeux maintenant ils font pleurer car ils rappellent ce qui est fini.”
“Alors il aurait mieux valu que personne ne les demande. Je ne voudrais pas que ce soit comme à Nobé. Tant de préparatifs pour rien…” dit l’Iscariote.
“Si je te dis qu’un groupe de disciples nous ont avertis?! Veux-tu qu’ils aient rêvé? Ils ont parlé avec Lazare. Il les a envoyés en avant exprès. Ils venaient ici pour prévenir qu’avant le sabbat la Mère aurait été ici avec le char de Lazare, et Lazare et les femmes disciples…”
“En attendant, elles ne sont pas venues…”
566.2 – “Vous qui avez vu cet homme, dites: ne fait-il pas peur?” demande la petite vieille en s’essuyant les mains à son tablier après avoir confié ses fouaces à Jacques de Zébédée et à André pour qu’ils les portent au four.
“Peur? Pourquoi?”