Élise lève son visage ridé où brillent des larmes, et elle dit:
“Rappelez-vous. Vous me l’avez promis! Répétez votre promesse!”
“Nous te le promettons, femme.”
“Mes chers fils! Maintenant vous me plaisez! Je vous retrouve bons. Maintenant que mon angoisse est calmée, et que vous êtes redevenus purs, après cet amer levain, préparons-nous à recevoir Marie. Qu’est-ce qu’il faut faire?” dit-elle en finissant de sécher ses yeux.
“Vraiment… On l’avait fait, comme des hommes. Mais Marie de Jacob nous a aidés. C’est une samaritaine, mais elle est très bonne. Tu vas la voir. Elle est au four à surveiller le pain. Elle est seule. Ses enfants: morts ou oublieux, ses richesses évanouies, et pourtant elle n’a pas de rancune…”
“Ah! vous voyez! Vous voyez qu’il y en a qui savent pardonner, même chez les païens, les samaritains? Et ce doit être terrible, sachez-le, de devoir pardonner à un fils!… Plutôt mort que pécheur!
566.11 – Ah! Êtes-vous sûrs que Judas n’est pas là?”
“S’il n’est pas devenu un oiseau, il ne peut être ici, car les fenêtres sont ouvertes, mais les portes sont fermées, sauf celle-là.”
“Alors… Elle a été à Jérusalem, Marie de Simon, avec son parent. Elle est venue pour offrir des sacrifices au Temple, et puis elle est venue chez nous. Elle semble une martyre. Comme elle est affligée! Elle m’a demandé, elle a demandé à toutes, si nous ne savions rien de son fils. S’il était avec le Maître, s’il y avait toujours été.”
“Qu’a-t-elle cette femme?” demande André, étonné.
“Elle a son fils. Ne te semble-t-il pas que cela suffise?” demande le Thaddée.
“Je l’ai réconfortée. Elle a voulu revenir au Temple avec nous. Nous y sommes allées toutes unies pour prier… Puis elle est repartie, toujours angoissée. Je lui ai dit: “Si tu restes avec nous, d’ici peu nous allons trouver le Maître. Ton fils est près de Lui”. Elle savait déjà que Jésus est ici. Cela s’est su jusqu’aux confins de la Palestine. Elle m’a dit: “Non, non! Le Maître m’a dit de ne pas être à Jérusalem au printemps. J’obéis, mais j’ai voulu, avant l’époque de son retour, monter au Temple. J’ai tant besoin de Dieu”. Et elle a dit une étrange parole… Elle a dit: “Je suis innocente, mais j’ai l’enfer en moi, et j’y suis tellement torturée”… Nous l’avons longuement interrogée, mais elle n’a pas voulu en dire davantage. Ni ses tortures, ni la raison de l’interdiction de Jésus. Elle nous a recommandé de ne rien dire ni à Jésus ni à Judas.”
“Pauvre femme! Elle ne sera donc pas ici à Pâque?” demande Thomas.
“Elle n’y sera pas.”
“Si Jésus le lui a imposé, c’est qu’il a ses raisons… Vous avez entendu, hein! On sait vraiment partout que Jésus est ici!” dit Pierre.
“Oui. Et celui qui le disait, appelait au rassemblement en son nom pour se soulever “contre les tyrans”, disaient certains. Et d’autres que Lui est ici parce qu’il sait qu’il est démasqué…”
“Toujours les mêmes raisons! Ils doivent avoir dépensé tout l’or du Temple pour envoyer partout leurs émissaires” observe André.
566.12 – Des coups à la porte.
“Les voici!” disent-ils, et ils courent ouvrir.
Au contraire, c’est Judas avec ses achats. Matthieu le suit. Judas voit Élise et Nikê, et il les salue en demandant:
“Êtes-vous seules?”
“Seules. Marie n’est pas encore venue.”
“Elle ne vient pas des régions du midi, Marie, et donc elle ne peut être avec vous. Je demandais s’il n’y avait pas Anastasica.”
“Non. Elle est restée à Bet-Çur (Béthsur).” Anastasica, une jeune femme répudiée, avait été éloignée de l'entourage de Judas, soupçonné d'esprit luxurieux (EMV 528.1).
“Pourquoi? Elle aussi est disciple. Ne sais-tu pas que c’est d’ici que l’on ira pour la Pâque à Jérusalem? Elle devrait être ici. Si les femmes disciples ne sont pas parfaites et aussi les fidèles, qui le sera? Qui escortera le Maître, pour détruire la légende que tous l’ont abandonné?”