565.11 – Et maintenant allons. Samuel, précède-nous un peu et avertis Jean que nous serons bientôt au village.”
Samuel s’incline et s’en va vite.
Jésus commence à descendre. Le sentier est si étroit qu’ils doivent avancer l’un derrière l’autre, mais cela n’empêche pas Judas de parler:
“Tu te fies trop à cet homme, Maître. Je t’ai dit ce qu’il est: c’est le plus exalté et le plus exaltable des disciples de Jonathas. De toute façon, maintenant, c’est trop tard. Tu t’es mis entre ses mains. C’est un espion près de Toi. Et Toi, qui plus d’une fois et les autres plus que Toi, avez pensé que moi je l’étais! Moi, je ne suis pas un espion.”
Jésus s’arrête et se retourne. La douleur et la majesté se fondent dans son visage et dans son regard qui fixe l’apôtre. Il dit:
“Non. Pas un espion. Tu es un démon. Tu as dérobé au Serpent sa prérogative de séduire et de tromper pour détacher de Dieu. Ton comportement n’est ni pierre ni bâton, mais il me blesse plus qu’un coup de pierre ou de bâton. Oh! dans mon atroce souffrance, il n’y aura pas de chose plus grande que ton comportement pour faire souffrir le martyre au Martyr.”
Jésus se couvre le visage de ses mains, comme pour se cacher l’horreur, et puis se met à descendre en vitesse par le sentier.
Judas crie derrière Lui:
“Maître! Maître! Pourquoi m’affliges-tu? Cet homme faux t’a certainement fait des calomnies… Écoute-moi, Maître!”
Jésus ne l’écoute pas. Il court, il vole dans la descente. Il passe sans s’arrêter près des bûcherons ou des bergers qui le saluent. Il passe, salue, mais ne s’arrête pas. Judas se résigne à se taire…
565.12 – Ils sont presque en bas quand ils croisent Jean qui, avec son visage limpide, qu’éclairé son paisible sourire, est en train de monter vers eux. Il tient par la main un enfant qui babille en suçant un rayon de miel.
“Maître, me voici! Ce sont des gens de Césarée de Philippe. Ils ont su que tu es ici, et ils sont venus. Mais comme c’est étrange! Personne n’a parlé, et tout le monde sait où tu es! Maintenant ils se reposent. Ils sont très fatigués. Je suis allé me faire donner par Dina du lait et du miel, car il y a un malade. Je l’ai mis dans mon lit. Je n’ai pas peur. Et le petit Hanne a voulu venir avec moi. Ne le touche pas, Maître, il est plein de miel”
Et le bon Jean rit, lui qui a sur ses vêtements de nombreuses gouttes de miel et des marques de doigts. Il rit en cherchant à retenir en arrière le petit qui voudrait aller offrir à Jésus son rayon de miel à moitié sucé et qui crie:
“Viens. Il y en a des quantités pour Toi!”
“Oui. On est en train d’enlever les rayons chez Dina. Je le savais. Ses abeilles ont essaimé depuis peu” explique Jean.
565.13 – Ils se remettent en route pour arriver à la première maison où retentit encore le tam-tam dont se servent les apiculteurs, je ne sais pas exactement pour quelle raison. Des grappes d’abeilles — elles semblent de grosses pignes d’un drôle de raisin — pendent à certaines branches, et des hommes les recueillent pour les porter aux nouvelles ruches. Plus loin sortent des ruches déjà installées et y rentrent des abeilles qui bourdonnent inlassablement.
Des hommes saluent et une femme accourt avec de très beaux rayons qu’elle offre à Jésus.
“Pourquoi t’en prives-tu? Tu en as déjà donné à Jean…”
“Oh! mes abeilles ont donné une récolte abondante. Cela ne me gêne pas d’en offrir. Pourtant bénis les nouveaux essaims. Regarde: ils sont en train de recueillir le dernier. Cette année nous avons eu deux fois plus de ruches.”
Jésus va vers les minuscules cités des abeilles et les bénit une par une, en levant la main au milieu du bourdonnement des ouvrières qui n’arrêtent pas leur travail.
“Elles sont toutes en fête et aussi toutes agitées. Demeure nouvelle…” dit un homme.
“Et de nouvelles noces. On dirait vraiment des femmes qui préparent la fête nuptiale” dit un autre.
“Oui, mais les femmes bavardent plus qu’elles ne travaillent. Celles-ci, au contraire, travaillent en silence, et elles travaillent même les jours de festin de noces. Elles ne cessent de travailler pour faire leur royaume et y entrer leurs richesses” répond un troisième.
“Travailler toujours pour la vertu, c’est permis, c’est même un devoir. Travailler sans arrêt pour le gain, non. Ne peuvent le faire que ceux qui ne savent pas qu’il y a un Dieu qu’il faut honorer en son jour. Travailler en silence, c’est un mérite que tout le monde devrait apprendre des abeilles, car c’est dans le silence que se font saintement les choses saintes. Vous, soyez comme vos abeilles dans la justice: inlassables et silencieux. Dieu voit. Dieu récompense. Paix à vous” dit Jésus.
565.14 – Et resté seul avec ses apôtres, il dit: