“J’ai entendu. Mais ne lui avais-tu pas dit qu’il t’aurait servi et qu’il aurait eu une longue vie?”

“Ce n’est pas exactement cela que j’ai dit. Le temps qui s’est passé brouille ta pensée. Mais ne m’a-t-il pas peut-être servi en évangélisant en pays de mission et n’a-t-il pas eu une longue vie? Quelle plus longue vie que cette conquête de celui qui meurt au service de Dieu? Longue et glorieuse.”

Judas a ce petit rire étrange qui me choque tellement et il ne réplique rien.

564.12 – Pendant ce temps ceux du petit village se sont joints à plusieurs d’Éphraïm et parlent avec eux en montrant Jésus.

Jésus commande à Judas:

“Accompagne l’homme à la maison et finis de le restaurer. Il partira après le sabbat qui commence déjà.”

Judas obéit et Jésus reste seul et il marche lentement en se penchant pour observer les tiges des blés qui commencent à former des épis.

Des hommes d’Éphraïm Lui demandent:

“Il est beau ce blé, n’est-ce pas?”

“Beau, mais pas différent de celui des autres régions.”

“Certainement, Maître. C’est toujours du blé! Et il doit forcément être pareil.”

“Vous le dites? Alors le blé est meilleur que les hommes. En effet, pourvu qu’il soit semé comme il faut, il donne le même fruit ici qu’en Judée ou en Galilée, ou, disons, dans les plaines le long de la Grande Mer. Les hommes au contraire ne donnent pas le même fruit. Et la terre aussi est meilleure que les hommes. Parce que, quand on lui confie une semence, elle est bonne pour elle, sans faire de différence que la semence vienne de la Samarie ou de la Galilée.”

“C’est vrai. Mais pourquoi dis-tu que la terre et le blé sont meilleurs que les hommes?”

“Pourquoi?…

564.13 – Tout à l’heure, un homme a demandé un pain, par pitié, aux portes d’un village. Et on l’a chassé, les gens, le croyant de quelque endroit de Judée. Chassé à coups de pierres et au cri de “lépreux” qu’on lui attribuait à cause de sa maigreur, mais qui était dit à cause de sa provenance. Et cet homme a failli mourir de faim sur la route. Donc les gens de ce village, ces gens-là qui vous ont envoyé pour m’interroger et qui voudraient venir à la maison où je réside pour voir le miraculé, sont plus mauvais que le blé et la terre parce qu’ils n’ont pas su, bien que je les travaille depuis longtemps, donner le même fruit qu’a donné cet homme qui n’est ni juif, ni samaritain, qui ne m’avait jamais vu ni entendu, mais qui a accueilli les paroles d’un de mes disciples et a cru en Moi sans me connaître.

Et parce qu’ils sont plus mauvais que ces terres, puisqu’ils ont repoussé l’homme parce qu’il était d’une autre semence. Maintenant ils voudraient venir pour satisfaire leur faim de curiosité, eux qui n’ont pas su satisfaire la faim de quelqu’un qui n’en pouvait plus. Dites à ces gens que le Maître ne satisfera pas cette curiosité inutile. Et apprenez tous la grande loi de l’amour, sans laquelle vous ne pourriez jamais me suivre. Ce n’est pas l’amour pour Moi, ce n’est pas cela seulement qui sauvera vos âmes, mais l’amour de ma doctrine. Et ma doctrine enseigne l’amour fraternel sans distinction de race, ni de fortune. Qu’ils s’en aillent donc ces gens au cœur dur qui ont affligé mon cœur, et qu’ils se repentent s’ils veulent que je les aime. Car, rappelez-vous-le tous, si je suis bon je suis juste aussi, si je ne fais pas de différence et si je vous aime autant que les autres de Galilée et de Judée, cela ne doit pas vous rendre sottement orgueilleux d’être des préférés, et la permission de faire le mal en ne craignant pas mes reproches. Je donne des louanges ou je fais des reproches, selon que la justice le veut, à mes parents et à mes apôtres comme à toute autre créature, et dans mes reproches il y a de l’amour. Car je le fais parce que je veux la justice dans les cœurs pour pouvoir récompenser un jour celui qui l’a pratiquée. Allez-le-leur rapporter et que la leçon donne ses fruits en tous.”

Jésus s’enveloppe dans son manteau et se dirige rapidement vers Éphraïm en laissant ses interlocuteurs qui s’en vont, plutôt penauds, répéter les paroles du Maître aux gens du petit village qui n’ont pas eu pitié.