“Non. Au contraire, lui disait que le Rabbi a pitié des pauvres et qu’il les secourt les premiers. Mais c’est ce qu’on fait avec tous les médecins et… et avec tous, en somme.”
“Mais pas avec Lui, je te l’assure. Et je te dis que si tu sais pousser ta foi jusqu’à demander ici le miracle, et à le croire possible, tu l’auras.”
“Tu dis la vérité?… En es-tu certain? Bien sûr, si tu es un de ses disciples, tu ne peux mentir ni te tromper. Et bien que je regrette de ne pas voir le Rabbi… je veux t’obéir… Peut-être Lui, persécuté comme il l’est… ne veut pas qu’on le voie… il ne se fie plus à personne. Il a raison, mais ce ne sera pas nous qui serons sa ruine. Ce seront les vrais hébreux… Pourtant, voilà. Je dis ici (il se met à genoux avec beaucoup de peine): Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi!”
“Et qu’il te soit fait comme ta foi le mérite” dit Jésus en faisant son geste de commandement sur les maladies.
564.9 – L’homme a une sorte d’éblouissement, c’est-à-dire une lumière imprévue. Il comprend — je ne sais si c’est par ouverture de son intelligence ou par une sensation physique, ou par les deux choses en même temps — il comprend qui est Celui qu’il a devant lui et il pousse un cri si aigu que le pâtre, descendu vers la route, peut-être pour voir, hâte sa marche.
L’homme est par terre, le visage dans l’herbe, et le pâtre dit en le montrant avec sa houlette:
“Il est mort? Il faut autre chose que du lait quand quelqu’un est fini!”
Et il hoche la tête.
L’homme entend et il se dresse debout, fort, en bonne santé. Il crie:
“Mort? Je suis guéri! Je suis ressuscité. C’est Lui qui l’a fait. Je ne souffre plus de la faim, ni des douleurs de la maladie. Je suis comme au jour de mes noces! Oh! Jésus béni! Et comment ne t’ai-je pas reconnu plus tôt?! Ta pitié aurait dû me dire ton nom! La paix que je sentais près de Toi! J’ai été sot. Pardonne à ton pauvre serviteur!”
Et il se jette de nouveau par terre en adorant.
Le berger abandonne ses chèvres et s’en va en courant et en sautant vers le petit village.
564.10 – Jésus s’assoit près de l’homme guéri et lui dit:
“Tu m’as parlé d’Hermastée comme d’un mort. Tu connais donc sa fin. Je ne veux qu’une chose de toi: que tu viennes avec Moi à Éphraïm et que tu racontes sa fin à quelqu’un qui est avec Moi. Puis je t’enverrai à Jéricho chez une femme disciple pour qu’elle t’aide pour le voyage de retour.”
“J’irai si tu le veux, mais maintenant que je suis sain je n’ai plus peur de mourir en route. Même l’herbe peut me nourrir et je n’ai pas honte de tendre la main car ce n’est pas d’une manière crapuleuse mais pour une juste fin que j’ai dépensé mon avoir.”
“Je le veux. Tu lui diras que tu m’as vu et que je l’attends ici, que désormais elle peut venir et que personne ne l’importunera. Sauras-tu dire cela?”
“Je le saurai. Ah! pourquoi te haïssent-ils. Toi, si bon?”
“Parce que beaucoup d’entre eux ont en eux un esprit qui les y pousse. Allons.”
Jésus se met en route pour Éphraïm, et l’homme le suit avec assurance. Seule sa grande maigreur rappelle sa maladie et ses privations passées.
Pendant ce temps du petit village descendent beaucoup de personnes qui crient et gesticulent. Elles appellent Jésus, Lui disent de s’arrêter. Jésus ne les écoute pas, mais au contraire il marche plus vite, et eux le suivent…
Le voilà de nouveau dans le voisinage d’Éphraïm. Les cultivateurs qui se préparent à rentrer dans leurs maisons, car le soleil va se coucher, le saluent en regardant l’homme qui est avec Jésus.
564.11 – D’un sentier débouche Judas de Kérioth. Il sursaute, surpris, en voyant le Maître. Mais Jésus ne manifeste aucune surprise. Seulement il s’adresse à l’homme et lui dit:
“C’est un de mes disciples. Parle-lui d’Hermastée.”
“Eh! c’est vite dit. Il était infatigable pour annoncer le Christ, même après qu’il voulut se séparer de son compagnon pour rester chez nous. Il disait que nous avions plus que tous besoin de te connaître, ô Rabbi, et qu’il voulait te faire connaître à sa patrie, et qu’il serait retourné à Toi quand il aurait proclamé ton Nom dans tous les plus petits villages. Il vivait comme un pénitent. Si par pitié une personne lui donnait un pain, il la bénissait en ton nom. Si on lui jetait des pierres, il se retirait en bénissant aussi, et il se nourrissait de fruits sauvages et de mollusques marins qu’il arrachait des rochers ou tirait du sable. Plusieurs le traitaient de “fou”, mais personne au fond ne le haïssait. Tout au plus on le chassait comme s’il était de mauvais augure. Un jour on l’a trouvé mort sur le chemin, justement près de mon village, sur la route qui entre en Judée, presque à la frontière. On n’a jamais su de quoi il est mort, mais on dit tout bas qu’il a été tué par quelqu’un qui ne voulait pas que l’on prêche le Messie. Il avait une blessure profonde à la tête. On dit qu’il a été renversé par un cheval, mais je n’y crois pas. Il souriait, étendu dans la poussière. Oui, il paraissait sourire aux dernières étoiles de la plus sereine nuit d’elul Eloul = Août pour l'année 29. et au premier soleil du matin. Il fut trouvé par des jardiniers qui allaient, au point du jour, à la ville avec leurs légumes, et ils me l’ont dit quand ils sont passés pour prendre mes concombres. J’ai couru voir: il était dans une grande paix.”
“Tu as entendu?” demande Jésus à Judas. Judas avait remis en cause la fidélité d'Hermastée : EMV 556.3.