564 – L’homme de Jabnia et la fin d’Hermastée. Reproche aux Samaritains qui manquent de charité
7 février 1947
Le vendredi 7 février 1947.
564.1 – Il s’est passé plusieurs jours. Je dis cela car je vois que les grains, qui dans les dernières visions mesuraient à peine un empan, après les dernières pluies et le beau soleil qui leur a succédé, ont beaucoup grandi et se préparent à former des épis. Un vent léger fait onduler les tiges encore tendres des blés. La brise joue avec les frondaisons nouvelles des arbres fruitiers les plus précoces qui, à peine les fleurs sont-elles tombées ou alors que des pétales voltigent et tombent, ont déjà ouvert leurs petites feuilles d’émeraude clair, tendres, brillantes, belles comme tout ce qui est vierge et nouveau. Plus tardives, les vignes sont encore nues et noueuses, mais sur les sarments enchevêtrés, d’un tronc à l’autre, les bourgeons ont déjà rompu la sombre enveloppe qui les enserrait et, encore clos, ils font voir déjà le duvet gris argent, nid des futurs pampres et des vrilles nouvelles. Les festons ligneux et serpentins des vignobles semblent s’assouplir et prendre une grâce nouvelle.
Le soleil, déjà chaud, commence son travail de coloris et de distillation des arômes végétaux, et pendant qu’il peint de teintes plus vives ce qu’hier était encore pâle, il échauffe, et ainsi dégage des sillons, des prés en fleurs, des champs de céréales, des jardins et des vergers, des bosquets, des murs, du linge étendu à sécher, les nuances diverses des odeurs, pour en faire une unique symphonie olfactive qui durera tout l’été pour s’éteindre dans une violente odeur de moût dans les cuves où les raisins pressés se changent en vin À noter que Maria Valtorta sent aussi les odeurs. Les visions sont en effet obtenues, à l'initiative de Dieu, par extension des cinq sens. .
Tout un concert de chants d’oiseaux dans les feuillages, des moutons et des béliers qui brament doucement dans les troupeaux. Des chants d’hommes sur les pentes, les rires des enfants et les sourires des femmes.
C’est le printemps. La nature aime, et l’homme jouit de l’amour de la nature qui demain le rendra plus riche, et il jouit de ses amours qui s’allument plus vifs dans ce réveil serein. Plus aimée lui paraît son épouse, plus protecteur paraît l’homme à sa compagne et plus chers à tous les deux les enfants qui, maintenant sourire et travail, seront demain dans la vieillesse, sourire encore et protection pour les vieux qui déclinent.
564.2 – Jésus passe à travers les champs qui montent et descendent, en suivant les dénivellations de la montagne. Il est seul. Vêtu de lin, car il a donné à Samuel son dernier vêtement de laine, mais avec un léger manteau d’un bleu plutôt vif, jeté sur une seule épaule puis mollement enroulé sur le corps et qu’il retient avec son bras sur la poitrine. Le pan jeté sur le bras ondule légèrement sous le vent très doux qui parcourt la terre et sur sa tête ondule sa chevelure qui brille au soleil. Il passe, et là où il y a des enfants, il se penche pour caresser les petites têtes innocentes et écouter leurs petites confidences, pour admirer ce qu’ils accourent pour Lui montrer comme si c’était un trésor.
Une fillette qui trébuche encore en courant, tant elle est petite, et s’empêtre dans une robe trop longue pour elle qu’elle a héritée, peut-être d’un petit frère un peu plus âgé, s’amène. C’est tout un sourire qui éclaire ses yeux et découvre les petites incisives entre ses lèvres rosés. Elle tient un bouquet de marguerites Fleurs attestées en Palestine. , un gros bouquet dans ses deux mains, autant que peuvent en tenir des menottes si tendres et si petites, et elle lève son trophée en disant:
“Tiens! C’est pour Toi. Pour maman, ce sera après. Un baiser, ici!”
Et elle frappe avec ses menottes, désormais libérées du bouquet que Jésus a pris avec des paroles d’admiration et de remerciements, la petite bouche. Elle se tient, la tête renversée, se tendant sur ses pieds déchaussés jusqu’à en perdre presque l’équilibre, dans la vaine tentative d’allonger sa minuscule personne jusqu’au visage de Jésus. Il rit en la prenant dans ses bras et va avec elle, accroupie là-haut, comme un oiseau sur un grand arbre, vers un groupe de femmes qui lavent des toiles neuves dans les eaux limpides d’un ruisseau afin de les étendre ensuite pour qu’elles blanchissent au soleil.
Les femmes penchées sur l’eau se redressent pour saluer, et l’une d’elles dit en souriant:
“Tamar t’a dérangé… Mais elle est là depuis l’aurore à cueillir des fleurs avec la secrète espérance de te voir passer. Elle ne m’en a pas donné une seule, car elle voulait d’abord te les donner.”
“Elles me sont plus chères que les trésors des rois, car elles sont innocentes comme les petits et données par une petite, innocente comme les fleurs.”
Il donne un baiser à la fillette en la déposant par terre et la salue:
“Que vienne à toi la grâce du Seigneur.”
Il salue les femmes et continue son chemin en saluant les agriculteurs ou les bergers qui le saluent depuis les champs ou les prés.
564.3 – Il semble se diriger vers en bas, du côté qui mène vers Jéricho, mais ensuite il revient en arrière pour prendre un autre sentier qui monte de nouveau vers les montagnes au nord d’Éphraïm. Ici le sol, bien exposé et à l’abri des vents du nord, a des moissons plus belles. Le sentier entre les deux champs a d’un côté des arbres à fruits à des distances presque régulières et les bourgeons des prochains fruits sont déjà comme autant de perles le long des branches.
Une route qui descend du nord vers le midi coupe le sentier. Ce doit être une route assez importante car, au croisement, elle a une de ces pierres miliaires dont les romains se servent avec une inscription sur la face septentrionale: “Neapolis” Selon Maria Valtorta, Sichem serait donc déjà rebaptisée "Neapolis" (Nouvelle ville) avant sa destruction puis sa reconstruction en 72. et sous ce nom — gravé en grand avec les caractères lapidaires des latins, forts comme eux-mêmes — et en caractères beaucoup plus petits à peine marqués dans le granit: “Sichem”; sur la face occidentale: “Silo-Jérusalem”; et sur le côté tourné vers le midi: “Jéricho”. Du côté du levant, il n’y a pas de nom.
Mais on pourrait dire que s’il n’y a pas de nom de ville, il y a un nom de malheur humain. En effet, par terre, entre la pierre miliaire et le fossé qui côtoie la route, comme pour toutes les routes entretenues par les romains, creusé pour l’écoulement des eaux dans les temps de pluies, il y a un homme tout recroquevillé, un paquet de chiffons et d’os, peut-être mort.
564.4 – Jésus se penche sur lui quand il le découvre au milieu des herbes du bord de la route que les ondées de printemps ont rendues luxuriantes. Il le touche et l’appelle:
“Homme, qu’as-tu?”
Un gémissement Lui répond. Mais le tas de chiffons remue, se tourne, et un visage squelettique, qui pourrait être celui d’un mort, apparaît. Deux yeux fatigués, souffrants et languissants, regardent avec étonnement Celui qui est penché sur sa misère. Il cherche à s’asseoir en s’appuyant au sol avec ses mains squelettiques, mais il est si faible que sans l’aide de Jésus il ne le pourrait pas.
Jésus l’aide en appuyant son dos contre la pierre miliaire et il lui demande:
“Qu’as-tu? Es-tu malade?”