564.6 – Je suis des campagnes de Jabnia, près de la Grande Mer, mais je suis allé en Galilée, le long du rivage, jusqu’à Césarée. Je suis allé ensuite à Nazareth car je suis malade ici (il se frappe l’estomac) d’un mal que personne n’a su guérir et qui m’empêche de travailler la terre.

Et je suis veuf avec cinq enfants… Quelqu’un de nos régions, car je suis originaire de Gaza, né d’un père philistin et d’une mère syro-phénicienne. Un des nôtres, qui suivait le Rabbi de Galilée, est venu avec un autre parmi nous, pour nous parler de ce Rabbi. Moi aussi je l’ai entendu et quand je me suis senti si malade, j’ai dit:

“Je suis syrien et philistin, une ordure pour Israël. Mais Hermastée disait que le Rabbi de Galilée est bon autant que puissant, et moi, je le crois et je vais le trouver”.

Et à peine venu un meilleur temps, j’ai laissé les enfants à la mère de ma femme, j’ai rassemblé le peu de ressources que j’avais, car la maladie en avait absorbé beaucoup, et je suis venu pour chercher le Rabbi. Mais l’argent s’épuise vite en voyage, surtout quand on ne peut pas manger de tout… et séjourner dans les auberges quand les douleurs m’empêchaient de marcher. À Séphoris j’ai vendu mon âne car je n’avais plus d’argent pour moi et pour donner au Rabbi ce qui Lui est dû. Je pensais qu’une fois guéri, j’aurais pu manger de tout en route et revenir bientôt à la maison et là, par le travail dans mes champs et d’autres, refaire ma situation… Mais le Rabbi n’est pas à Nazareth, ni à Capharnaüm. Sa Mère me l’a dit. Elle m’a dit:

“Il est en Judée. Cherche-le chez Joseph de Séphoris à Bézéta ou au Gethsémani. Ils sauront te dire où il est”.

Je suis revenu en arrière à pied. Le mal grandissait et l’argent diminuait. À Jérusalem, où l’on m’avait envoyé, j’ai trouvé des hommes mais pas le Rabbi. Ils m’ont dit:

“Oh! ils l’ont chassé depuis longtemps. Il est maudit par le Sanhédrin. Il s’est enfui, nous ne savons où”.

Moi… je me suis senti mourir… comme aujourd’hui. Et même plus qu’aujourd’hui. Je suis allé demander à des centaines de gens à travers la ville et dans les campagnes. Personne ne savait. Certains pleuraient avec moi. Plusieurs m’ont frappé. Puis un jour que je m’étais mis à mendier en dehors des murs du Temple, j’ai entendu deux pharisiens qui disaient:

“Maintenant que l’on sait que Jésus de Nazareth est à Éphraïm…”

Je n’ai pas perdu de temps et, faible comme j’étais, je suis venu jusqu’ici en mendiant mon pain, de plus en plus déchiré et de plus en plus malade. Et n’étant pas au courant, je me suis trompé de route…

Aujourd’hui je viens d’ici, de ce village. Il y avait deux jours que je ne mangeais que du fenouil sauvage Le fenouil sauvage abondant dans ces régions, a des particularités sédatives, mais aussi diurétique et laxative qui ont du accentuer la maigreur de l'homme de Jabnia. et que je mâchais de la chicorée Il peut s'agir de deux sortes de chicorée : la chicorée épineuse (Cichorium spinosum), plutôt maritime ou la chicorée sauvage (Cichorium intybus). et du grain en herbe. Ils m’ont cru lépreux à cause de ma pâleur et m’ont chassé à coups de pierres. Je ne demandais que du pain et que l’on m’indique la route pour Éphraïm… Je suis tombé ici… Mais je voudrais aller à Éphraïm. Je suis si près du but! Peut-il se faire que je ne l’atteigne pas? Je crois au Rabbi. Je ne suis pas Israélite, mais Hermastée ne l’était pas non plus, et Lui l’aimait pareillement. Est-il possible que le Dieu d’Israël appesantisse sa main sur moi pour se venger des fautes de ceux qui m’ont engendré?”

“Le Dieu vrai est le Père des hommes, juste, mais bon. Il récompense celui qui a la foi et ne fait pas payer aux innocents des fautes qui ne sont pas les leurs.

564.7 – Mais pourquoi as-tu dit que quand tu as entendu dire que la demeure du Rabbi était inconnue, tu t’es senti mourir plus qu’aujourd’hui?”

“C’est parce que j’ai dit: “Je l’ai perdu avant de l’avoir trouvé”.

“Ah! à cause de ta santé!”

“Non. Pas pour cela seulement. Mais parce que Hermastée disait de Lui certaines choses, et il me semblait que si je l’avais connu, je n’aurais plus été une ordure.”

“Tu crois donc que Lui est le Messie?”

“Je le crois. Je ne sais pas bien ce que c’est que le Messie, mais je crois que le Rabbi de Nazareth est le Fils de Dieu.”

Jésus a un sourire tout lumineux quand il demande:

“Et es-tu certain que s’il l’est, il va t’exaucer toi, incirconcis?”

“J’en suis certain car Hermastée le disait. Il disait: “Lui est le Sauveur de tous. Pour Lui, il n’est pas question d’hébreux ou d’idolâtres, mais seulement de créatures à sauver, car le Seigneur Dieu l’a envoyé pour cela”. Plusieurs riaient. Moi, j’ai cru. Si je peux Lui dire: “Jésus, aie pitié de moi” il m’exaucera. Oh! si tu es d’Éphraïm, conduis-moi à Lui. Peut-être es-tu un de ses disciples…”

564.8 – Jésus sourit toujours plus et lui conseille:

“Essaie de me demander à Moi, que je te guérisse…”

“Tu es bon, homme. Près de toi, il y a tant de paix. Oui, tu es bon comme… comme le Rabbi Lui-même, et certainement Lui t’aura donné le pouvoir du miracle car pour être bon comme tu l’es, tu ne peux être que l’un de ses disciples. Je les ai tous trouvés bons ceux qui se sont donnés pour tels. Mais qu’il ne soit pas offensant pour Toi, si je te dis que tu pourras même guérir les corps, mais pas les âmes. Et je voudrais que celle-là aussi fût guérie, comme c’est arrivé à Hermastée. Devenir un juste… Et cela, le Rabbi seul peut le faire. Je suis pécheur en plus que d’être malade. Je ne veux pas voir mon corps guéri pour le voir mourir un jour, et l’âme avec lui. Je veux vivre. Hermastée disait que le Rabbi est la Vie de l’âme et que l’âme qui croit en Lui vit pour toujours dans le Royaume de Dieu. Conduis-moi au Rabbi. Sois bon! Pourquoi souris-tu? Peut-être penses-tu que je suis audacieux de vouloir la guérison sans pouvoir donner une obole? Mais une fois guéri je pourrai encore cultiver la terre. J’ai de très beaux fruits. Que le Rabbi vienne à la saison des fruits et je le paierai en Lui donnant l’hospitalité aussi longtemps qu’il voudra.”

“Qui t’a dit que le Rabbi veut de l’argent? Hermastée?”