“Oui.”
Un “oui” très faible.
“Mais comment as-tu pu te mettre en voyage, tout seul, dans cet état? N’as-tu personne?”
L’homme fait signe que si, mais il est trop faible pour répondre.
Jésus regarde autour de Lui. Il n’y a personne dans les champs, c’est un endroit vraiment désert. Au nord, presque au sommet d’une colline, une poignée de maisons; à l’ouest, dans la verdure de la pente qui en gravissant d’autres mamelons se change de champs en prairies et bosquets, il y a des pâtres au milieu d’un troupeau de chèvres agitées. Jésus abaisse de nouveau les yeux sur l’homme. Il lui demande:
“Si je t’aidais, te sens-tu capable d’aller à ce village?”
L’homme secoue la tête et deux larmes coulent sur ses joues si flétries qu’elles en paraissent rugueuses comme s’il était âgé, alors que sa barbe noire montre qu’il est jeune encore. Il rassemble ses forces pour dire:
“Ils m’ont chassé… Peur de la lèpre… Je ne suis pas… Et je meurs… de faim.”
Il meurt de faiblesse. Il se met un doigt dans la bouche et il en sort une bouillie verdâtre:
“Regarde… J’ai mastiqué du grain… mais il est encore en herbe.”
“Je vais trouver ce berger. Je vais t’apporter du lait tiède. J’aurai vite fait.”
Et en courant presque, il se dirige là où se trouve le troupeau, à environ deux cents mètres au-dessus de la route.
Il rejoint le berger, lui parle, lui indique où se trouve l’homme. Le berger se tourne pour regarder, indécis, se demandant s’il doit écouter la demande de Jésus. Puis il se décide. Il détache de sa ceinture l’écuelle de bois qu’il porte comme tous les bergers, et il trait une chèvre pour donner une tasse pleine à Jésus, qui descend avec précaution la pente, suivi d’un enfant qui était avec le berger.
564.5 – Le voici de nouveau près de l’affamé. Il se met à genoux près de lui, lui passe un bras derrière les épaules pour le soutenir et approche le bol, où le lait écume encore, de ses lèvres. Il lui fait boire de petites gorgées, puis il pose le bol sur le sol en disant: “Pour l’instant, c’est assez. Tout en une fois cela te ferait du mal. Laisse ton estomac se ranimer en absorbant le lait que je t’ai donné.”
L’homme ne proteste pas. Il ferme les yeux et se tait, observé par l’enfant tout étonné.
Après un moment, Jésus lui offre de nouveau le bol pour qu’il boive plus longuement, et il fait ainsi avec des pauses de plus en plus courtes, jusqu’à ce que le lait soit fini. Il rend le bol à l’enfant et le congédie.
L’homme se ranime lentement. Il cherche avec des mouvements encore incertains à se rendre présentable. Il a un sourire de reconnaissance en regardant Jésus qui s’est assis sur l’herbe près de lui. Il s’excuse:
“Je te fais perdre du temps.”
“Ne t’afflige pas! Ce n’est jamais du temps perdu le temps que l’on emploie à aimer ses frères. Quand tu iras mieux, nous parlerons.”
“Je vais mieux. La chaleur revient dans mes membres, et la vue… J’ai cru que j’allais mourir ici… Mes pauvres enfants! J’avais perdu tout espoir… Et jusqu’à présent, j’en avais eu tant!… Si tu n’étais pas venu, Toi, je serais mort… ainsi… sur une route…”
“Cela aurait été très triste, c’est vrai. Mais le Très-Haut a regardé son fils et l’a secouru. Repose-toi un peu.”
L’homme obéit pendant un moment, puis il rouvre les yeux et dit:
“Je me sens revivre. Oh! si je pouvais aller à Éphraïm!”
“Pourquoi? As-tu là quelqu’un qui t’attend? Es-tu de là?”
“Non.